Montons à Jérusalem !

PR : Lc 18, 31-34
Ce soir, je vous invite à faire un chemin. Un chemin que vous avez peut-être déjà commencé, ou qui vous paraît connu. Je vous invite à suivre les disciples sur ce chemin que Jésus leur vient d’indiquer.
Ils ont déjà fait du chemin avec lui, c’est indéniable. Ils ont vu des miracles et entendu ses prédications, certains ont participé à la rencontre avec Moïse et Élie que nous appelons communément la transfiguration. Ils ont même été envoyés pour faire leurs premières expériences en tant qu’apôtres, alors qu’ils ne savaient encore que très peu de ce que Jésus avait à leur apprendre. Mais maintenant, il les appelle à monter avec lui vers Jérusalem, ou plus précisément vers Golgotha.
Ce chemin auquel il les appelle, et nous appelle, ces dernières semaines de sa vie, ce ne sera pas un voyage de plaisance. Ce sera le chemin le plus dur possible et imaginable, pour lui bien sûr – il le dit clairement – mais pour eux aussi. Sauf que eux, ils n’ont pas compris.
Et pour nous… pour nous c’est un chemin dur et épineux aussi. Tout en sachant que notre vie n’est pas menacée par les armes de la police du temple, que nous n’avons pas à craindre la prison si on découvre que nous aussi, nous étions avec lui. Mais ce sera la crise de tout une perception du monde.
Parce que notre quotidien fonctionne très bien sans la croix. Jésus, l’ami suprême, notre compagnon infaillible à qui nous pouvons nous adresser à chaque moment du jour et de la nuit, il nous va très bien. Jésus qui nous permet de nous adresser à Dieu le Père sans autre intermédiaire, sans que nous ayons à passer par des prêtres, des sacrifices, des rites bien définis, c’est très agréable. Jésus qui nous fait voir la gloire du Père, quelle joie.
Sauf que tout comme les disciples en ce beau jour galiléen, nous devrons apprendre que cette situation idyllique ne durera pas. Il faut que le Fils de l’Homme endure la souffrance, le mépris, la haine, et même la mort. Il faut que nous quittions le petit paradis que nous avons tendance à vivre avec lui, que nous aussi nous souffrions. Non pas la mort, mais que nous souffrions son absence.
C’est par cette absence, que les disciples deviennent apôtres. Comme des enfants, qui apprennent par une brève absence des parents (quelle horreur pour les tout-petits !) et leur retour apprennent que même si Maman quitte la pièce, elle n’est pas loin, ainsi les disciples apprennent par l’expérience douloureuse des jours de Pâque, jusqu’à la résurrection qu’ils ont tant de mal à croire, que Jésus peut s’absenter, mais qu’il revient. Ils gagnent en assurance pour pouvoir continuer ce qu’il a commencé. Vous auriez imaginé Pierre, simple pêcheur de province, devenir orateur public et même tenir tête aux plus hautes autorités du pays ? C’est là une conséquence de l’expérience pascale, qui elle n’était pas possible sans l’expérience de la séparation, de la mort de Jésus.
C’est le chemin qu’il nous faut prendre, nous aussi. Et qu’il nous faut souvent reprendre, recommencer, parce que souvent, les paroles du grand livre nous restent paroles, les événements qui y sont marqués nous restent loin. Et que si facilement, nous passons à côté, retombons dans notre état de disciple insouciant.
Il nous faut monter à Jérusalem, à Golgotha. Il nous faut nous séparer de ce qui était avant, de notre état de disciple et d’enfant. Et Jésus nous y invite, nous appelle, nous incite à prendre ce chemin.
Lui, il a fait son chemin de Golgotha une fois pour toutes. Il est mort, réellement et cruellement, avec tous les supplices imaginables, dans la honte et la douleur. Il a rencontré la mort, il a combattu le péché et son pouvoir. Il s’est montré victorieux, il est vivant. Une fois pour toutes. Et il n’est plus celui d’avant.
Mais nous… Luther disait, « le vieux Adam est noyé dans l’eau du baptême. Mais le salaud, il sait nager ! » Il faut donc le noyer jour après jour, il nous faut jour après jour nous accrocher à nouveau à Jésus. Redevenir apôtre, et parfois même redevenir disciple à nouveau.
Voici, nous montons vers Jérusalem, où s’accomplira tout ce que les prophètes ont écrit.
Nous montons à Jérusalem, à Golgotha, pour faire le deuil de l’ami Jésus. Parce que l’ami Jésus ne suffit pas. Ce qu’il faut au monde, c’est le Seigneur Christ. Le Sauveur.
Nous montons à Jérusalem, à Golgotha, pour y mourir avec le Christ, et ressusciter avec lui à une vie nouvelle. Nous montons à Jérusalem pour descendre aux abîmes, pour tomber dans le trou le plus profond qui existe, et pour en remonter, ressusciter, nouveaux avec le Christ.
Nous montons à Jérusalem, à Golgotha, pour redescendre – non pas vers Jéricho, mais vers Emmaüs. Pour y rencontrer un Jésus Christ nouveau, et le même d’éternité en éternité, mais d’une face jusqu’alors inconnue. Pour remonter à nouveau vers Jérusalem, au pas de course alors que nous étions descendus en traînant les pieds.
Et nous montons à Jérusalem, à Golgotha, pour pouvoir un jour redescendre non pas vers Jéricho mais sur la route de Gaza, ou sur d’autres routes de ce monde, où nous serons témoins du Christ ressuscité. Alors, comme les disciples, nous saurons, nous comprendrons ce qui nous est arrivé, ce qui est advenu au Christ, et pourquoi il lui fallait souffrir. Et nous pourrons en témoigner à d’autres.
Nous montons vers Jérusalem, nous avons de la route à faire. Le chemin sera dur, et ce qui nous attend, le sera d’avantage. Mais rassurons-nous, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes en groupe, et surtout, le Seigneur nous accompagne. Et il nous garantit qu’au bout du chemin, ce ne sera pas la mort mais la vie. Allons, et montons à Jérusalem, où toutes ces choses s’accompliront !
Amen.

Prédication d’un culte du soir, proposé par la pastorale interprotestante du Pays Royannais.

Le passage biblique de départ est texte de prédication du dimanche estomihi, dimanche avant le carême, en année V. Les lectures assorties seraient alors :
AT : Am. 5, 21-24
EP : 1Cor 13, 1-13
EV : Mc 8, 31-38
pr. Lc 18, 31-43

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