Choisis la vie !

Chants : ARC 84, 1+3+4 ; 588, 1-3 ; 588, 4+7+8 ; –
Lectures : AT : És. 54, 7-10
Epître : (2Cor. 1, 3-7)  Évangile : Jn 12, 20-26
PR : Jn 6, 47-51

Vous avez déjeuné ce matin ? J’imagine que vous avez mangé du pain. Ah, qu’est-ce que nous ferions sans pain, sans notre baguette au matin, au déjeuner et au souper… Mais il y a des gens qui n’ont pas le pain quotidien. Philippe et Domi et tous ceux qui aident à la banque alimentaire, peuvent en témoigner. De plus en plus d’hommes, femmes et enfants ont faim.
Jésus, ce matin, se déclare pain de vie. Mais avant cela, il dit « celui qui croit a la vie éternelle ». Qu’est-ce que ça fait dans le pain ? Faut-il manger ou croire ?
Notre passage est au milieu du 6e chapitre de Jean, qui commence par la multiplication des pains. C’est ce qui séduit les foules, ils en veulent plus, ils veulent que Jésus soit leur roi. Mais Jésus parle de Dieu. Alors, ils lui rappellent que Dieu a donné, jadis dans le désert, la manne pour que leurs pères puissent manger.
Oui, dit Jésus, mais tout en mangeant de la manne, ils sont tous morts. Et cette mort dont il parle ne se résume pas à la mort physique, c’est bien évident que les hommes et femmes d’il y a mille ans sont morts. Mais il parle aussi d’une mort spirituelle. Car cette manne ne les a pas empêchés de se révolter contre Dieu. Dieu leur offre tout ce qu’il leur faut pour vivre, mais ils se mettent régulièrement à murmurer, comme l’exprime la bible. À marmonner dans leurs barbes ou à râler entre eux – remarquez que ce mot est toujours employé pour dire « ils ne parlent pas à Dieu ». Ils ne lui font pas confiance. Et donc, se coupent de celui qui peut et veut les faire vivre.
Jésus se propose pain de la vie. Il n’attend rien d’autre, en fait, que ce que Dieu demandait au peuple d’Israël dans le désert : de lui faire entièrement confiance. Croire.
Le mot croire sort un peu du contexte des autres termes en lien avec la foi. Foi, confiance, se fier, se confier, fidélité, fiancé, et d’autres. Croire en Jésus, ce n’est pas supposer qu’il dit vrai. Enfin si, c’est un premier pas. Ou déjà le deuxième pour nous, puisque nous ne le voyons pas et que nous avons en premier pas déjà à accepter son existence. Penser qu’il est là, penser qu’il dit vrai – c’est le début mais l’essentiel manque. Une dalle n’est pas une maison, c’est ce qu’on saura à la première tempête. Et une assiette sur une table ne nourrit pas.
Jésus nous dit maintenant que l’assiette est pleine, et nous invite à ne pas nous contenter d’admirer le décor et de contempler les porcelaines, mais de manger, de nous nourrir de tout ce qu’il nous propose, en fait de sa personne toute entière.
Le pain, nous l’avons vu, est notre nourriture de base. Et Jésus se nous propose justement comme la nourriture de base, le mets essentiel. Mangez du pain et vous avez ce qu’il vous faut pour vivre la journée, nourrissez-vous du Christ et vous avez ce qu’il vous faut pour vivre la vie.
Vous êtes choqués que Jésus nous invite à le manger ? D’autres l’étaient ; si vous connaissez Marcel Pagnol et ses souvenirs d’enfance, il y a là l’oncle Jules qui ne fait pas grand’chose, mais qui tous les matins court à l’église pour assister à la messe. Et régulièrement, le père Pagnol, instituteur républicain des pieds jusqu’aux pointes des moustaches, ironise : « vous avez encore mangé votre Dieu ? »
Mais oui, c’est cela. Jésus n’a rien dit d’autre que cela. Mangez ma chair, ce qui me rend fort et qui me fait bouger et agir. Buvez mon sang, le siège de la vie. Je vous donne ma force, je vous donne ma vie. Toute mon existence pour vous.
Il va mourir, il le sait et l’annonce dès le début, et il va mourir pour nous offrir sa vie. Parce qu’il mourra, lui, nous tous avons droit à la vie éternelle, parce qu’il s’est donné à nous. C’est faire allusion à une pensée très ancestrale selon laquelle on participe à la force d’un adversaire vaincu en mangeant sa chair, et à sa vitalité en buvant son sang. Une pensée interdite dans la Bible.
Mais Jésus, ce matin, veut choquer pour nous faire comprendre à quel point le choix est important. Et il faut choisir, on ne peut pas jeûner et manger, on ne peut pas nager sans se mouiller. On ne peut pas un peu croire, soit on se confie à Jésus, soit on laisse tomber. Ou pour le dire avec un mot bien français, il faut choisir entre le beurre et l’argent du beurre.
Sans trop le dire, Jésus renvoie ici à un autre épisode de l’Exode, de cette migration d’Égypte vers la terre promise. C’est quand le peuple devait faire un choix, de continuer avec Dieu ou sans lui, de choisir le bien ou le mal. Garizim ou Ebal, deux monts l’un près de l’autre, symbolisent ce choix. Choisissez entre avec Dieu et sans Dieu, entre bien et mal, entre la vie et la mort.
Autour de Jésus, sont probablement plein de gens qui sont venus par curiosité ou parce qu’ils ont été entraînés par des amis, des voisins, des parents. Jésus dit des paroles choquantes pour les amener à faire un choix. Car il sait très bien que si le cœur n’y est pas, il n’y a pas foi. Il y a peut-être croyance, mais pas foi.
La question de vie et de mort se pose à nous, ce matin. Je suppose que vous avez fait le choix, un jour, mais je me trompe peut-être. Et puis, ce n’est pas parce qu’on a fait le choix un jour qu’il n’y a plus rien à faire. Comme il faut manger régulièrement pour se nourrir, pour ne pas mourir de faim, il nous est demandé de régulièrement affirmer le choix pour Jésus. De faire, refaire le choix entre la vie et la mort, la vie avec le Christ ou la mort des pères dans le désert. Une vie nourrie en profondeur ou une existence superficielle, peut-être bien plus agréable sur le moment mais vide de sens dans son ensemble.
De manger du pain qui rassit d’un jour à l’autre, comme la manne qui pourrit pendant la nuit, ou de manger du pain qui reste bon, frais, nouveau tous les matins.
Choisis, entre la banalité et le sens, entre la mort et la vie.
Et si tu le choisis, tu participeras à la vie du Christ, qui s’est donné dans la mort pour nous faire vivre mais qui vit et qui règne d’une éternité à l’autre éternité.
Amen.

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