Ma parole a de l’effet

Chants : ARC 223, 1+2+5 ; 775 ; 233 ; 119, 3-5
Lectures : AT : =pr.
Epître : Hébr. 4, 12-13  Évangile : Lc 8, 4-8
PR : Es. 55, (6-9)10-12a

Quand ma mère veut dire qu’elle a tout essayé pour convaincre quelqu’un, mais sans succès, elle dit qu’elle lui a parlé comme à un cheval malade. Il y a certainement une expression plus française pour exprimer le même échec. Parler, raisonner, essayer de convaincre – et n’obtenir aucun effet. C’est frustrant.
Ou bien il est dit de quelqu’un qu’il parle, mais qu’il ne fait pas. Que de paroles, mais où restent les actes ?
La Parole de Dieu n’est pas une parole humaine. Elle ne dépasse pas les pensées, elle est véridique et véritable. Quand Dieu parle, sa parole crée une nouvelle réalité. « C’est comme si c’était fait. » Parole de Dieu !
Notre passage s’inscrit dans une grande promesse qui termine le 2e livre d’Ésaïe, une promesse aux déportés à Babylone, promesse de retour au pays, d’une nouvelle prospérité et surtout et avant tout, promesse de la bienveillance de Dieu. Le peuple avait été amputé de ses meilleurs hommes, des forgerons et des intelligents, et maintenant Dieu promet de les faire revenir. A nouveau, on pourra commander des outils agricoles, des socs et des bêches, on pourra défricher les terres laissées à l’abandon depuis le départ de leurs propriétaires.
Dieu, qui semblait avoir abandonné son peuple, qui paraissait l’avoir délaissé comme les terres du pays promis restaient à l’abandon, Dieu revient vers son peuple, et il l’appelle à se retourner vers lui. Je ne suis plus absent, je me laisse trouver par tous ceux qui me cherchent, je suis tout proche de vous pour entendre vos prières – voilà le message de Dieu par la bouche du prophète. Je suis là pour vous, vous n’avez plus qu’à vous adresser à moi.
Certes, la remarque peut faire mal que Dieu, lui, n’agit pas comme les humains, comme nous qui avons du mal à tenir nos engagements, qui oublions souvent nos promesses, et qui cherchons notre profit avant le bien-être du prochain. Mais elle peut faire un mal guérisseur, en nous incitant à agir comme Dieu agirait, à imprégner nos idées et nos pensées des paroles de Dieu. Dieu aura toujours une bonne longueur d’avance sur nous, tout simplement parce qu’il a fait le premier pas, plus d’une fois. Il nous a donné la vie, il nous a envoyé maints appels, il a envoyé son Fils, il a fait en sorte que nous ayons connaissance de lui… et il nous parle toujours et encore, même si de notre côté il y a eu (ou il y a encore, pour l’un ou l’autre parmi nous) un grand silence. Il nous invite même à la table de son Fils, pour que nous puissions littéralement goûter sur nos langues l’amour de Dieu pour nous, pour chacun et chacune personnellement.
Autour de cette table, l’efficacité de la Parole devient visible. Qu’est-ce que nous y trouvons ? Des objets du quotidien, une assiette avec du pain, un gobelet avec du vin. Certes, notre gobelet a une forme particulière qui fait qu’on l’appelle coupe ou calice, mais ce n’est pas la forme du récipient qui opère quoi que ce soit. Un gobelet à bec peut faire l’affaire, et le fera peut-être si on partage la Cène avec des personnes très âgées et affaiblies. Et qu’on ait du vin ou du jus de raisin – ça revient strictement au même.
Qu’il s’agisse de pain levé ou de pain sans levain, ces fameuses hosties qui sont tellement horribles pour quelques réformés de la vieille école – aucune importance. J’avoue que le pain aux noix ou le pain aux sept graines me fait toujours une impression un peu bizarre, tout comme le pain de mie – mais pour l’effet de la Cène, c’est complètement inintéressant. Ce qui fait la différence entre le pain et le vin que partagent des copains sur la plage ou en randonnée ou autour d’une table, et la Cène du Christ, c’est uniquement la Parole qui est dite sur ce pain et ce vin.
C’est parce que sur ce pain et ce vin, la Parole dit qu’en participant à ce repas, nous participons au corps et au sang du Christ, que ce repas nous est particulier. C’est par le commandement du Christ de célébrer la Cène à chaque fois que nous en mangeons et buvons, et de proclamer ainsi sa mort et sa résurrection, que nous nous trouvons non pas à une table quelconque mais à la table du Christ.
C’est parce que Dieu a dit que leur retour se fera dans une joie immense, que les Israélites auxquels parle Ésaïe, peuvent commencer à faire leurs valises. La Parole de Dieu est efficace, si elle est prononcée, c’est que la réalisation est déjà en cours.
Il y a des pièges. Le premier, de croire que Dieu a parlé jadis par les prophètes, mais de nos jours il ne parle plus. Il est vrai, notre Bible est accomplie, elle n’aura pas de nouveaux chapitres, comme elle n’en a pas eu les 1900 ans passés. Mais Dieu nous parle toujours. Chaque dimanche, nous le prions de nous parler à travers les paroles que nous allons entendre, cette prière serait idiote si nous devions penser que Dieu ne parle plus ! Dieu nous parle par les textes bibliques qui sont lus, et, j’espère, par la prédication, il nous parle aussi par les textes liturgiques. Une annonce de la grâce de Dieu n’est pas parole de pasteur, elle n’a aucun sens si elle n’est pas Parole de Dieu. A nous de l’entendre comme telle !
Le deuxième piège : Au début du livre de Samuel, du premier bien sûr, au 3e chapitre nous trouvons le récit de la vocation du jeune Samuel, et comment son maître lui dit de répondre à Dieu : « parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! » S’il est vrai que les messages directs de Dieu aux particuliers sont toujours resté l’exception, Dieu nous parle, mais autrement ! Écoutons donc ce qu’il veut nous dire, mais ne nous attendons pas à une voix tonitruante venant du ciel !
Lors du Synode National 2011, les Églises fiancées, l’ERF et l’EELF, ont lancé ensemble le programme « écoute, Dieu te parle… pour la décennie. C’est dans cet esprit que nous avons pu vivre le Calendrier Vivant de l’Avent cet hiver, et d’autres projets, actions et événements suivront. Justement parce que Dieu nous parle, nous sommes appelés à écouter, à faire peut-être un peu moins de bruit autour de nos propres idées pour mieux entendre les projets de Dieu. Et nous sommes appelés à bouger. Ce n’est pas pendant le repos des fermiers israélites que les ronces laisseront la place aux arbres fruitiers, ils doivent bien mettre la main à la bêche et à la charrue. Déjà ils auront du chemin à faire pour arriver à nouveau en terre promise.
« Écoute, Dieu nous parle… faisons-donc une halte dans nos occupations, nos idées et projets, et laissons résonner en nous la voix de Dieu. Puis, mettons-nous en route, tous ensemble, pour mettre en œuvre les plans de Dieu pour nous, et pour nous rapprocher de la terre promise, du Royaume de Dieu. Dieu donnera la réussite à nos entreprises si elles sont dans son plan, car quand il parle, quand il appelle à entreprendre un projet, c’est comme si c’était déjà accompli. Faisons-lui confiance !
Amen.

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