venu pour les malades

Chants : ARC 19 ; 430, 1-4 ; 413, 1+3+4 ; 545
Lectures : AT : Jér 9, 22-23
Epître : 1Cor. 9, 24-27  Évangile : Mt 20, 1-16a
PR : Mt 9, 9-13

Jésus voudrait bien avoir la paix au moins dans sa maison. Mais jusque là, des pharisiens le guettent et l’observent. C’est un des motifs de tout ce 9e chapitre de Matthieu : les pharisiens observent Jésus et commentent leurs observations. Ils parlent sur lui entre eux, et ils vont même jusqu’à parler aux disciples. « Dites, votre maître, il est un peu zarbi ! »
Ce comportement contraste avec celui des autres acteurs de ce chapitre. Les disciples du Baptiste, le chef de synagogue que d’autres Évangiles nous nomment Jaïrus, les aveugles – ils parlent à Jésus. Tout comme nous pouvons supposer que les autres malades dont Matthieu nous parle dans ce chapitre, ne sont pas juste arrivés, sans qu’eux-mêmes ou leurs accompagnateurs demandent à Jésus de les aider. Même la femme qui perdait le sang, elle s’est tournée vers Jésus. Et Jésus répond à tous, aux malades, aux gens qui lui amènent leurs malades – il répond même aux pharisiens.
Dans l’école du Christ, on apprend à ne pas parler sur les autres, mais avec eux. A ne pas murmurer dans son coin, accumulant les reproches et la haine, mais à aller vers l’autre, à dire ce qu’on a à dire – et à laisser à l’autre la chance de réagir. Au risque, il est vrai, de prendre une correction, mais n’est-il pas mieux de se faire corriger que de continuer dans l’erreur ?
Et pourtant, c’est une grande tentation dans l’Église, jusqu’aux facultés de Théologie où parfois on confond théologiser (parler sur Dieu – mais c’est un peu « l’art pour l’art », sans bénéfice réel) avec théou-logia, les paroles de Dieu qui nous sont données pour que nous les comprenions et pour que nous les transmettions aux autres. Et théô-logia, les paroles que nous adressons à Dieu, donc nos prières. Saint Augustin d’Hippon l’a compris, il écrit toute sa théologie en s’adressant à Dieu…
Mais regardons un autre aspect de notre passage. Pour l’illustrer, je veux vous raconter une petite histoire, peut-être l’avez-vous déjà entendue. Il y a un homme qui a un fils et un âne. Il est assis sur l’âne, et son fils court à côté. Et les gens disent : « quel père indigne, qui laisse courir son fils, alors que lui-même est sur l’âne ! » Le père descend de l’âne, met son fils sur l’animal et marche à côté. Alors les gens disent : « quel sot, il laisse porter son enfant, et lui, il va à pied ! » Le père monte sur l’âne avec l’enfant, et les gens disent : « quelle maltraitance d’animal ! » Le père descend, le fils aussi, et tous les deux marchent à côté de l’âne. Alors les gens disent : « quels imbéciles, ils ont un âne et marchent à côté ! » Finalement, tous les deux, ils prennent l’âne par les pattes et se le chargent sur le dos. Et là, plus personne ne dit le moindre mot !
Il est donc impossible de suffire à toutes les exigences, aussi contradictoires qu’elles peuvent être. Il faut prendre des décisions, même si elles peuvent paraître ridicules, et il faut surtout suivre des normes qui ne sont pas celles de la rue.
Ce n’est pas la première fois que des gens jugent et condamnent Jésus parce qu’il ne répond pas à leurs attentes à eux, aux normes de la société ou de la religion, parce qu’il fait comme ça ne se fait pas. Vous vous souvenez, sa mère et ses frères et sœurs trouvaient que Jésus était fou à lier et qu’il fallait intervenir pour le séparer de tous ces gens autour de lui qui l’encourageaient dans sa mauvaise voie. Et Jésus leur dit en désignant la foule autour de lui, « ma famille, ce sont les gens qui m’écoutent. » Marie et ses enfants sont rentrés bredouilles…
Aujourd’hui ce ne sont pas les autorités familiales qui le guettent, mais les autorités théologiques. Les pharisiens. Remarquons, à la racine les pharisiens sont une sorte de braves protestants de leur temps, ils prennent l’Écriture Sainte au sérieux, ils ne veulent pas que les prêtres leur disent comment vivre avec Dieu mais cherchent eux-mêmes la voie à suivre dans les Écritures. Mais malheureusement, tout en refusant le magister du Grand Pontife, ils succombent à la tentation de se prendre eux-mêmes pour le magister de la compréhension de la volonté de Dieu. De sorte qu’on trouve nombre d’autorités suprêmes théologiques à tous les coins de rue, ou au moins dans tous les lieux de culte.
Oh oui, ils savent ce que Jésus doit faire et ce qu’il ne doit pas faire. Ils savent très bien qu’un docteur des Écritures doit rester avec les gens bien, qu’il doit s’entourer de notables et d’honorables, puisque seul l’homme qui s’entoure de gens bien est un homme bien. Dis-moi avec qui tu passes ton temps, et je te dis qui tu es.
Et Jésus réplique : un médecin ou un infirmier passe son temps avec des moribonds, avec des vieux, des infirmes, même des fous – ça ne veut point dire qu’il est malade et fou à lier, mais qu’il apporte le soin à ceux qui en ont besoin. Un médecin qui refuse d’aller voir les malades, ce serait une farce !
Ne tombons pas non plus dans le piège de remercier Dieu parce que nous ne sommes pas comme ces méchants pharisiens – ils croyaient bien faire, mais ils s’étaient trop attachés à des normes héritées, à des coutumes, à des façons de comprendre l’Écriture comme ils l’avaient apprise de leurs maîtres. Qui sommes-nous pour les en blâmer ? Nous faisons pareil ! Et il nous arrive tout comme à eux, de ne pas écouter Jésus qui nous dit que son plan est autre que nos traditions et coutumes.
Jésus leur dit une phrase qui a dû les blesser : « allez donc apprendre ce que veut dire ‘je veux la miséricorde et non le sacrifice’ ! » Car eux, les pharisiens, ils avaient bien mis la charité et le respect des lois au-dessus des pratiques sacrificielles du temple ! C’est bien d’eux que Jésus tient ce double commandement de l’amour que nous venons encore d’entendre ! Et pourtant, Jésus leur dit qu’ils n’en savent rien, qu’ils sont toujours dans ce courant sacrificiel qu’ils croyaient avoir dépassé.
Oui, ils sont prêts à jeter aux enfers ces pauvres pécheurs, à sacrifier un Jésus qui ne leur correspond pas, et n’ont pas pitié des gens perdus, perdus non pas pour l’éternité mais bien dans ce monde des tables et chaises, perdus à cause de leurs erreurs, peut-être, mais peut-être tout aussi bien à cause de la dureté de cœur des autres. C’est eux que Jésus est venu sauver, parce que les autres, les justes, n’ont pas besoin d’être sauvés. On porte secours à celui qui est tombé dans le ravin, pas à celui qui marche droit !
Le médecin soigne les malades, pas les malades imaginaires – et pas non plus les bien-portants imaginaires, qui refusent tout soin. Le médecin a un devoir aux malades, pas aux caisses d’assurance ou au gouvernement qui veut lui dire qui soigner et qui laisser de côté. Jésus est venu pour les malades de corps, ce chapitre 9 nous en présente toute une série, et pour les souffrants de la vie, qui sont en détresse spirituelle. Comme les secouristes des accidents de la route, il dit, « si vous n’êtes pas impliqués, passez votre chemin. » L’appel à la miséricorde pourtant est une invitation à le rejoindre, l’aider dans le soin des âmes en détresse.
Jésus est venu pour les hommes, femmes et enfants qui ont besoin de lui, qui lui font confiance. Jean le Baptiste disait : « celui-là, c’est celui que vous devez écouter ! » Et j’ajoute, c’est vers lui aussi que nous devons nous tourner avec toutes nos souffrances, parce que les maux et des maladies, et même la mort, ont trouvé en lui leur maître. Et lui, Jésus, saura au mieux comment remédier à tel mal, comment guérir telle souffrance.

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