lumière transfigurée

Chants : ARC 97 ; 367A ; 648 ; 637
Lectures : AT : Ex. 3, 1-10 (11-14)
Epître : 2Cor 4, 6-10 Évangile : Mt 17, 1-9
PR : Jn. 12, 34-36 (lu plus tard)

Parfois, la fin arrive bien trop vite. C’est ce qu’on peut dire du temps de l’Épiphanie, cette année, puisqu’il n’a que deux dimanches, alors qu’en d’autres années, il en a jusque six. La semaine prochaine, nous entrerons en pré-carême.
Jésus vient de déclarer publiquement que sa présence auprès des hommes ne durera plus très longtemps – nous sommes au milieu de la semaine sainte ! – et se trouve questionné par la foule. Nous lisons dans l’Évangile selon Jean, au 12 chapître les versets 34 à 36.
Pour la foule qui entoure Jésus, cette annonce vient bien trop tôt, ne devrait même jamais arriver. Il devrait rester sur terre. Il semble que parmi eux se trouvent quelques scribes, ou comment des gens normaux peuvent-ils arriver à une telle connaissance des Écritures pour pouvoir questionner Jésus sur ce sujet ?
Nous pourrions donner une réponse à leur question, et Jésus le fera plus tard, quand il parlera du paraclèt qui prendra sa place auprès de nous. Mais ici, Jésus s’abstient de toute réponse. Il fait plutôt comme nos hommes politiques, il feint de répondre mais dit en fait tout autre chose. Car en fait, ils n’ont pas saisi le vrai défi qu’il leur pose. Leur réaction est humaine, et nous avons tous tendance à faire comme eux, mais elle n’est pas la bonne. Ils ne doivent pas se soucier de ce départ et du pourquoi – ni d’ailleurs de ce qui viendra après, comment ils vivront sans lui. Là n’est pas le souci d’aujourd’hui ! Non, tant qu’il est encore avec eux, Jésus les encourage à profiter au mieux de cette présence au lieu de déjà se lamenter de son absence. Mais les gens font comme ma grande-tante qui dès notre arrivée chez elle pouvait se lamenter qu’elle ne nous voyait que si peu et que nous allions encore rester seulement pour un court moment… elle n’a jamais su profiter de notre présence !
Il s’agit de plus que de se réjouir de la présence de Jésus. Jésus nous appelle à suivre son chemin tant qu’il est là pour nous l’indiquer, à apprendre de sa bouche tout ce qu’il peut nous dire sur le Père au ciel. L’image qu’il utilise pour parler de lui, nous la retrouvons dans l’introduction de l’Évangile et également au centre de la 1ère Épître de Jean. Cette image nous a accompagnés durant les semaines passées : celle de la lumière. Tant que nous avons de la lumière, nous savons où mettre nos pieds ; dans le noir nous sommes perdus – à moins de connaître par cœur le chemin à prendre. Ou d’être lumière à notre tour. Car être enfant de lumière, qu’est-ce que c’est d’autre que d’être lumière à son tour ? Le feu d’une alumette transmet sa lumière et sa chaleur à une mèche de bougie, ou peut allumer un feu de cheminée. Une seule alumette peut incendier un village ou une forêt…
Mais pour cela, il faut qu’elle soit tout proche de la bougie ou du bois de cheminée, on n’allume pas un feu à distance. Et il faudra aussi qu’on ne réfléchisse pas des heures durant si l’alumette est faite en bois de pin ou en bois de sapin – là nous risquons de nous brûler les doigts et nous retrouver dans le noir.
Jésus est la lumière vivante. La lumière éclaire le chemin, mais elle fait encore bien plus que ça. Les catéchumènes, hier après-midi, ont réfléchi sur un tout autre thème, mais ont aussi trouvé que la lumière est importante :
Freud raconte une histoire : Un enfant a peur du noir. Il s’adresse à sa tante qui est dans la pièce à côté : « Parle-moi car j’ai peur. » La tante répond : « À quoi cela te servirait-il, puisque tu ne me vois pas ? » Alors l’enfant dit : « Il fait plus clair lorsque quelqu’un parle. »
Les ténèbres, la nuit, sont symboles de la peur. Non seulement pour Sigmund Freud, mais aussi dans le récit biblique. La peur, peut-être causée par le froid et par le manque d’orientation, mais aussi parce que nous n’arrivons pas à voir ce qui vient vers nous, à prévoir et à nous protéger. La nuit protège les malfaiteurs, les prédateurs, les esprits. Dans la nuit noire, nos yeux commencent à fantasmer, à nous livrer des images qu’ils n’ont pas pu voir.
Jésus veut chasser la nuit noire, il veut combattre et battre les forces qui nous font peur et qui dans le langage biblique portent des noms comme Diable, Adversaire, Malin, Satan – et j’en passe. Pour ce faire, il faut qu’il aille affronter le Diable dans son règne, dans le règne de la mort. Il lui faut mourir pour que la vie puisse vaincre la mort. Ça paraît un langage hautement symbolique, mais décrit la vérité divine. Nous avons connaissance de cette vérité depuis longtemps, mais elle ne cesse de nous irriter. Alors que des générations de théologiens et de pasteurs nous ont expliqué comment tout cela devait être… nos questions, nos doutes persistent.
D’autant plus, les contemporains de Jésus sont dans l’incompréhension. Ils restent dans les idées qu’ils connaissent, et même s’ils sont de grands connaisseurs de l’Écriture, ils ne peuvent pas se libérer de la tradition qui transmet une certaine lecture de ces passages. Ils croient que le Messie, le Christ, une fois venu sur terre, restera pour toujours et ne les quittera plus. Les chants du serviteur que nous transmet Ésaïe, pour eux, n’ont rien à voir avec le messie. Et il a fallu probablement l’expérience de la croix pour que les disciples de Jésus arrivent à lire ces chants d’une façon nouvelle.
La tradition ancienne de l’Église occidentale se rappelle, en ce dernier dimanche avant la montée vers Jérusalem, quelques moments particuliers de transcendence entre le monde de Dieu et le monde des humains. Elle se souvient de l’épisode du buisson ardent, qui pendant longtemps fut le symbole de l’Église Réformée de France, ce moment où Dieu fait irruption dans la vie d’un meurtrier fugitif pour faire de lui le libérateur de son peuple. Et elle se rappelle la Transfiguration, comme nous l’avons entendu à l’instant. Jésus est monté sur la montagne pour faire une expérience particulière, pour se trouver quelques instants durant dans la sphère de Dieu. Il lui faut redescendre de la montagne, tout comme les disciples privilégiés qui l’accompagnent, mais il reste marqué de la gloire de Dieu.
C’est une contre-image de ce qui l’attend à Jérusalem. Là, il ne montera pas dans la gloire, mais descendra aux abîmes, il n’ira pas se ressourcer auprès du Dieu et Père vivant, mais ira mener un combat mortel. Mais la conséquence de ce combat mortel sera la victoire sur la mort. La victoire sur le noir des tombeaux, sur le noir de nos nuits. Il y aura toujours une voix dans nos ténèbres pour nous rassurer, pour nous accompagner. Et le chemin est ouvert pour que nous aussi, nous puissions rencontrer Dieu de face, comme jadis Adam au paradis. Comme Jésus sur la montagne.
Notre passage clôt en disant que Jésus se retire et se cache. Il est peut-être caché à nos yeux, c’est vrai. Mais il entend nos cris et nos soupirs, et s’il y a une chose qu’il ne sait pas faire, c’est faire l’oreille dure. Au contraire, il nous tirera tous vers lui.
Amen.

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