Sortez des cabines

Chants : ARC 96 ; 178 ; 364 ; 353
Lectures : AT : Es. 49, 13-16
Epître : 1Jn 1, 1-4 Évangile : Lc 2, 25-38
PR : Jn 12, 44-50

Aïe. À peine passé la Nativité, et déjà nous sommes bombardés d’un discours dogmatique. Mais Jésus nous dit en principe deux informations : la première, qu’il est étroitement lié au Père, si bien qu’il est impossible de considérer Jésus sans le Père, et le Père sans le Fils. La deuxième, qu’il est venu non pas pour juger le monde mais pour le sauver.
À quelques jours de Noël, alors que le sapin est encore monté et la crèche tient sa place dans les salons, Jésus nous rappelle à la réalité : c’est beau la naissance d’un petit bambin, mais voir Jésus c’est voir le créateur du monde, et se fier à Jésus est se fier à Dieu. Ce qui risque de freiner toute notre envie de cajoler le poupon, ou même de faire des confidences à Jésus comme on pourrait en faire à un bon camarade, sous le sceau du secret. Le petit Jésus n’est pas n’importe qui, c’est le fils du patron et l’héritier !
Le bébé de la crèche donc, ne nous trompons pas, est Dieu le Fils, dans toute sa gloire et toute sa magnificence. Avec Dieu, on ne plaisante pas, ne l’oublions pas face à cet enfant.
Mais heureusement, cette histoire fonctionne aussi dans l’autre sens, et c’est là toute la merveille de Noël : en cet enfant, ce bébé tout exposé, tout livré à la merci des humains, se révèle le Dieu de l’Univers, prend notre nature et notre taille. Il ne se contente pas de prendre forme d’adulte – non, il passe par ce qui est de plus petit, de plus démuni, de plus impuissant, de plus vulnérable dans l’existence humaine. Lui, le Verbe en personne, se prive même de la parole, du moins pour un temps. Il devient enfant dans une société où les enfants n’ont rien à dire, n’ont pas de droits. L’enfant de la crèche n’est pas un Messie en l’herbe, c’est Dieu en mission.
Désormais, Dieu ne nous parlera plus d’en haut. Il n’aura plus besoin de prêtres et prophètes pour que les humains puissent entendre sa voix. Il s’est mis à notre échelle. Et donc, nous aussi nous pouvons lui parler comme à un des nôtres, comme à un collègue ou un ami. Plus besoin de nous prosterner devant lui pour surtout ne pas risquer de le voir – maintenant nous pouvons le rencontrer debout. Assis. À table. Au lit.
Désormais, Dieu connaît nos soucis et nos joies, non pas comme un scientifique connaît la vie de ses rats de laboratoire ou comme nous connaissons peut-être la vie de nos chats, chiens et autres oiseaux de compagnie, mais il connaît notre vie pour l’avoir vécue, en chair et en os. Il a pleuré la mort d’un ami, il s’est réjoui du mariage d’un autre, il s’est disputé avec sa mère, il a travaillé, il a été fatigué, il a dû prendre la fuite pour sauver sa vie, il est mort en une terrible agonie.
Désormais quand nous racontons notre vie à Dieu, il dira « oui, je connais » parce qu’il connaît, parce qu’il a souffert comme nous, parce qu’il a connu les mêmes joies comme nous.
Encore mieux, Jésus n’est pas venu pour nous juger. Il est venu pour nous apporter la lumière. Mais qu’est-ce que la lumière ? Il me semble que nous ne nous rendons compte de l’importance de la lumière que quand elle nous manque. Qui n’a jamais essayé de traverser une pièce de sa maison sans allumer la lumière ? Ou en cas d’une panne de courant ? Et qui en faisant cet exercice n’a jamais heurté un meuble qui pour sûr n’y était pas, hier soir ? Sans lumière, nous sommes désorientés, nous tatonnons pour trouver notre chemin. Sans lumière, nous sommes privés de lecture et donc de nos petits pense-bête et autres béquilles de mémoire, que nous griffonnons rapidement sur un bout de papier pour surtout ne pas oublier… Sans lumière, nous ne pouvons pas voir les yeux de nos proches, ni de ceux que nous croisons, et nous risquons carrément de passer à côté d’eux ! Par contre, qu’est-ce qu’on est heureux pour un rayon de lumière au bout du tunnel, pour la bougie allumée lors d’une panne de courant, pour la petite lampe qui éclaire le chemin et nous fait voir où il faut poser le pied et ce qui pourrait nous faire trébucher et tomber.
Jésus donc est venu pour être lumière du monde. Pour nous éclaircir le moral, pour nous indiquer la voie et la direction et pour nous aider à avancer. Il veut éclairer nos idées, illuminer nos esprits, il veut faire de nous des enfants de lumière. Parce qu’il est la Lumière grand L, Lumière comme Dieu le Père est Lumière.
Il est venu pour nous être lumière, et il n’est pas venu pour nous juger. Bonne nouvelle, encore. Quand nous lui parlons, ce n’est donc pas comme parler au gendarme où on n’est pas toujours sûr qu’il ne nous dira pas « mais, mon ami, là c’est toi qui es fautif, et comme tu viens gentilment de l’avouer, je te redige un P.V. » Non, parler à Jésus est vraiment parler à un ami, une sorte de grand ami, de parrain, de grand frère. Celui qui veille sur nous, que nous pouvons appeler au secours et auquel nous pouvons demander tout conseil dont nous aurions besoin.
Mais tout comme le grand frère des petits écoliers, Jésus ne nous laisse pas faire n’importe quoi. Non, il ne nous tombe pas dessus. Il ne nous tape pas sur les doigts, ni ne nous passe de paire de gifles. Mais il nous avertit. Et ne dit-on pas qu’un homme averti en vaut deux ?
Jésus ne nous juge pas, il vaudrait peut-être mieux dire il ne nous condamne pas car il a certainement une opinion sur ce que nous faisons et ce que nous omettons. Mais ce n’est pas lui qui nous accuse, et ce n’est pas lui qui dira le verdict.
Le verdict est, au contraire, dans les paroles du Christ. Dans ces paroles qui veulent nous être lumière sur le chemin, guide sur la route, se trouve la condamnation pour ceux qui vont dans l’erreur ? Est-ce possible ?
Si Jésus nous invite à le rejoindre pour trouver la lumière, il nous dit implicitement que là où il n’est pas, où nous le fuyons pour suivre nos propres chemins, là il n’y aura pas de lumière. Là, nous ne trouverons que les ténèbres, la tristesse, le dégoût. Si nous ne cherchons pas à être proches de Dieu, nous serons loin de lui. Et c’est peut-être toute la condamnation, d’être loin de Dieu et devoir le rester, parce que le délai de retour est passé. De devoir continuer éternellement ce qui nous paraissait si alléchant à un moment, d’avancer sans Dieu, sur nos propres idées et chemins… de devoir continuer alors que le plaisir était furtif et commence sérieusement à nous ennuyer. Quand le plaisir du moment devient une addiction durable, addiction qui nous empêche de faire ce que nous voulons vraiment faire, qui nous empêche d’être nous-mêmes, qui nous sépare de plus en plus de ceux qui nous sont chers – c’est peut-être un avant-goût de l’enfer.
Cet enfer, Jésus veut nous l’éviter. Mais la décision nous appartient. Et d’une certaine façon nous y sommes comme les membres d’une équipe de sport : dans la cabine, l’entraîneur leur donne toutes les consignes, mais une fois sur le terrain, il leur faudra les mettre en œuvre, et ce dans des situations inattendues. Là, ce matin, nous sommes en cabine. Mais tout à l’heure, nous sortirons à nouveau. A nous donc de suivre les consignes de l’entraîneur !
Amen.

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