Il arrive !

Chants : ARC 19, 1-3 ; 306 ; 310 ; 307, 1+3
Lectures : AT : Es. 52, 7-10
Epître : Phil. 4, 4-7 Évangile : (Lc 1, (39-45)46-55(56))
PR : Jn 1, 19-28

L’Évangile selon Jean commence par un prologue, une sorte de réflexion philosophique qui interprète, en quelques mots très profonds et parfois difficiles à comprendre, le récit qui va suivre. Notre petite lecture de ce matin est l’entrée dans le récit. Comme Marc, Jean commence son récit par Jean le Baptiste. Mais contrairement à Marc, il ne parle pas du baptême du Christ, et il se passe également de l’appel à la repentance. Ce n’est pas surprenant, Jean nous raconte le ministère de Jésus comme un film, tout est très dense et même parfois presque pressé. Au moment où Jean entre dans son récit, il n’y a donc tout simplement plus le temps pour une procédure de purification et de repentance, pour de longs préparatifs, la venue du Messie est imminente. Préparer le chemin du Seigneur, maintenant, ce n’est plus construire les routes dans le désert, c’est dérouler le tapis rouge.
À ce moment donc, nous raconte l’Évangéliste, des fonctionnaires du temple, des professionnels de la religion, vont trouver Jean, le baptiste. Nous ne pouvons que soupçonner leurs motivations, probablement l’engagement de Jean faisait-il de l’ombre à la pratique du temple. C’est ce qui se passe encore de nos jours, quand il y a une nouvelle communauté qui se fonde et qui attire beaucoup de monde, on va voir, on va inspecter.
Ces hommes donc demandent à Jean : « T’es qui, toi ? » À vrai dire, ils veulent savoir quoi il est, ou ce qu’il prétend être. C’est plus facile de cadrer les gens quand on sait ce qu’ils font, ce qu’ils disent qu’ils sont, dis-moi ce que tu fais et je te dis qui tu es.
L’évangéliste, un peu laconique, nous dit que Jean répond ouvertement, en toute sincérité – mais si nous écoutons bien, nous devons dire que Jean ne répond pas du tout à la question. Car il ne dit pas qui il est. Il dit qu’il n’est pas le Christ. Imaginez un contrôle de police, on vous demande votre identité, et vous dites « je ne suis pas le Président de la République » ou, les dames, « je ne suis pas la Présidente de la Région ». Si le policier n’a pas son meilleur jour, ça risque de vous être imputé d’outrage à agent. S’il est de bonne humeur, il vous dira peut-être que ça, il l’avait déjà compris, mais : vous êtes qui, donc ?
C’est ce que demandent les gens du temple à Jean. Ils font même une proposition : « es-tu Élie ? » Et comme il dit encore non, ils lui demandent s’il est le Prophète, ce que Jean renie aussi. Ils sont sur la même longueur d’onde que Jean, car ils sont à la recherche de prétendus messies, pour les empêcher de nuire. Or, Jean ne leur a toujours pas dit qui il est, ils savent juste qu’il n’est ni le Messie ni Élie ni le Prophète. Au fait, qui est ce prophète ? On peut penser à Moïse, que Jésus rencontrera avec Élie sur le sommet de la transfiguration, ou à un autre prophète du même calibre – ça dépend de l’interprétation qu’on donne à la promesse de Dtn 18 (v. 15 et 18). Mais qui est le Messie attendu ? Pour certains, la réincarnation de David, de ce roi presque mythique qui pour la première et unique fois de l’histoire réussit à unir les 12 tribus dans un seul royaume avec la capitale Jérusalem. Pour d’autres, il est un nouveau prophète qui ouvre une toute nouvelle ère de communication entre Dieu et les hommes. Ce dernier, les prêtres le craignent car il met en péril le sens de leur existence. Qu’est-ce qu’ils deviendront si Dieu se remet à parler par la bouche d’un prophète, et se passe du temple, des sacrifices, des liturgies ? Tout leur monde pourrait arrêter de tourner !
Mais les agents n’ont pas fini. Pourtant, ils sont sur la défensive. « Au moins, donne-nous quelque chose à dire à nos supérieurs, nous ne pouvons pas rentrer les mains vides ! Si tu n’es pas le messie, pas le prophète Élie, pas le prophète de la Tora – qui es-tu ? Que nous puissions dire au moins qui tu es ! » Enfin, Jean parle de lui – tout en restant cryptique : « je suis la voix qui appelle dans le désert : ‘aplanissez le chemin du Seigneur’, comme le prophète Ésaïe l’a dit. » Mais alors, pourquoi baptise-t-il ? Encore une fois, Jean ne répond pas à la question. Vaguement, il indique que l’homme auquel il préparera le chemin, est déjà dans l’assistance, inconnu mais tout proche.
C’est là que se termine cet épisode, et effectivement, le lendemain matin, Jésus viendra le voir. Mais nous n’y sommes pas encore. Nous sommes donc à un moment d’attente, où l’événement attendu est imminent mais pas encore arrivé. Quand à la gare de Royan, vous voyez les barrières se fermer, le train est sur le point d’arriver, même si vous ne le voyez pas encore. Pour Jean, c’est pareil. Il sait que Jésus arrivera, mais il attend.
Un peu comme les enfants avant Noël. Avec impatience, ils attendent les cadeaux, impossible de les calmer ou de détourner leur attention. Nous, adultes, c’est un peu différent, on a encore tant de choses à faire, le dîner et les bougies et… mille affaires à nous occuper, et quand on nous appelle, il nous est souvent trop tôt. N’est-il pas pareil en ce qui concerne le vrai Noël, la venue du Christ en vrai ? N’avons-nous pas tendance à faire comme les fonctionnaires du temple, qui bien sûr attendent le messie, mais de grâce, pas maintenant et pas aujourd’hui, il suffit qu’il vienne dans vingt ou trente ans… mais là, dans l’immédiat, nous avons encore bien des trucs à régler, bien des affaires à mener et à finir, bien des sous à gagner et bien des choses à mettre au sec. Non, faut qu’il vienne plus tard. Et puis, même… là, dans l’immédiat, ça va nous gâcher la fête, alors que le foie gras est au frais et le dindon au chaud, le champagne au froid et le bordeaux bien tempéré… non, ça ne va pas. Ou bien ?
Mais Jean a bien reconnu qu’il ne s’agit pas de lui, et c’est ce qu’il dit aux agents du temple. Il s’agit de la venue du Christ, et lui, Jean, n’y fait pas le poids. Pas plus que nous, d’ailleurs. Il vient, le Christ, et c’est à nous de l’accueillir, lui le Roi de l’Univers. Peut-être qu’il est déjà là, et que seulement nous ne l’avons pas encore reconnu ? Les restaurateurs craignent comme la peste, les critiques qui arrivent sans se présenter pour déguster et pour vivre le service que la maison propose aux clients lambda. Jésus ferait-il pareil ? Ça se peut bien, pensez à son discours du grand jugement dernier. « Ce que vous avez fait à un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait… »
Jean nous lance donc ce matin un appel, et peut-être un dernier appel, de ne pas nous prendre pour les maîtres de la foi, de prendre conscience de l’arrivée imminente du Christ, et de nous focaliser sur ce qui compte vraiment. Rien ne dit qu’il viendra une nuit du 25 décembre, mais rien non plus ne dit qu’il ne viendra pas une nuit du 25 décembre. Ou, qui sait, un soir du 23 décembre ? Ou qu’il est déjà là, parmi nous, à voir ce qui se passe ?
Hier, nous avons terminé le calendrier de l’avent avec l’appel de l’apôtre : « Viens, Seigneur Jésus ! Viens bientôt ! » Est-ce que nous pouvons le dire comme lui, avec conviction ? Je nous souhaite que ces derniers jours, ces dernières heures avant la grande fête de Noël soient vraiment un temps d’attente. Jésus est en route, il est déjà dans les environs, il ne tardera pas !
Amen.

Publicités