Sautez de joie !

Chants : ARC 81, 1+2+4+8 ; 301 ; 302 ; 305
Lectures : AT : (És. 63,15-64,4)
Epître : Jac. 5, 7-8 Évangile : Lc 21,25-33
PR : És. 35,3-10

Le livre du prophète Ésaïe contient d’horribles visions de punition divine, de dépeuplement du pays, même de désertation entière. Mais ces visions noires alternent avec des visions d’apaisement, de paix et de prospérité. Notre passage aujourd’hui est particulièrement encourageant, et semble s’adresser d’abord aux malades et aux personnes âgées. Ça nous parle : les mains qui n’ont plus de force, les jambes qui ont du mal à tenir, le cœur affaibli, les yeux qui ont du mal à lire et à voir, les oreilles qui n’entendent plus.
A cette jeunesse retrouvée, s’ajoute un paysage qui fut désertique et maintenant devient paradisiaque. La terre fertile est irriguée par de nombreux ruisseaux, et on y trouve toutes sortes de plantes qui ont besoin de beaucoup d’eau. Ce pays magnifique est traversé par une route. Sur cette route, le voyageur est en sécurité, à l’abri des lions et autres animaux sauvages qui jadis menaçaient sa vie, et certainement aussi à l’abri des chauffards qui de nos jours mettent en danger la vie d’autres usagers des routes.
Quelle promesse pour un pays auquel le prophète vient d’annoncer la destruction et la désertification de ses champs ! Quelle promesse aussi pour nous qui avons passé la fleur de l’âge, qui, en entendant le grincement des articulations, hésitons si nous devons nous en attrister parce que nous sommes vieux, ou au contraire être contents parce que les oreilles n’entendent pas encore si mal que ça. Que seulement la vision du prophète se réalise…
Et puis, on s’aventure un peu dans le Nouveau Testament. Et là, on lit que les disciples de Jean-Baptiste viennent voir Jésus pour lui demander s’il est le messie promis, le Christ. Et Jésus répond : « Les sourds entendent, les muets parlent, les aveugles voient, les estropiés marchent, avez-vous besoin d’autres indices ? » Oui, qu’est-ce qu’il nous faut d’autres indices. Lui-même est le Christ, promis par les prophètes, et même si le centre de sa mission est un autre, le fait d’accomplir les promesses prophétisées prouve qu’il est celui qu’attendait Israël et qui devait délivrer le monde. Devant lui, ils ont dansé, le jour des Rameaux, comme David jadis devant le tabernacle entrant dans la Ville Sainte. Ils ont dansé, jeté les jambes de joie parce que Dieu lui-même venait s’approcher d’eux.
Mais aujourd’hui… les cris de joie se sont tus, les pieds ne dansent plus, nos cris d’allégresse se font attendre, nos visages sont plus marqués par les souffrances que par les joies. Le message que nous exprimons par notre être est souvent tout aussi desséché que le désert du Neguev… et pourtant, Dieu est là ! Il est présent dans ce monde, son Royaume est déjà là. Qu’est-ce qui nous manque pour nous en réjouir ? Qu’est-ce qu’il nous faut pour que la présence de Dieu dans le monde devienne réalité dans nos vies ? Qu’est-ce qu’il nous faut pour déborder de joie ?
Je vais me lancer dans une hypothèse : nous avons vu tellement de signes que tout s’accomplirait, que le Christ reviendrait pour prendre les rênes du monde et mettrait fin à toute souffrance – que nous en sommes fatigués. Encore une guerre, encore une catastrophe naturelle… et Jésus a beau parler du figuier, là au moins on sait que quand il montre les bourgeons, dans trois mois ce sera l’été. Trois mois, pas douze ou vingt ou cent. Alors que de guerres et catastrophes… on en a vu, on en a vu bien trop, mais après, la Croix Rouge a rangé les débris et soigné les blessés, et puis le Christ se fait toujours attendre. Peut-être que les promesses de la Bible sont hors du moindre doute, mais celle des Maya, au moins, donne des indications précises. Et il se peut aussi que nous avons pris l’habitude de fixer le regard sur ce que nous pourrions perdre à la fin de ce monde, au lieu de regarder ce qui nous attend dans l’autre.
Ce qu’il y a de commun entre l’annonce des Maya et ce que nous possédons, c’est que nous nous attachons au concret. Une date concrète, lisible, appréhensible, c’est bien. C’est comme la date limite de la déclaration des impôts, on la connaît, on peut s’y fier. Que dire par contre d’une date comme Jésus la donne, une bonne dose de « vous verrez, et quand le moment sera venu, vous le saurez » mélangée avec du « mais soyez prêts dès maintenant ». N’est-ce pas comme ce colis que ma fille devait recevoir de ses grands-parents, l’an dernier, et qui lui était promis pour la Saint-Nicolas – et à Nouvel An il n’était toujours pas arrivé ? Quand fin janvier le facteur a sonné à notre porte, plus personne ne croyait qu’on verrait encore ce colis…
Et même si on y croit, au colis… même si dans la tête, on garde précieusement l’info que le Christ viendra tout changer…
alors, il est quand même loin. Loin du cœur, loin de nous réjouir plus longtemps qu’un soir de Noël, et encore… car cet enfant de Bethléem, il est né loin de nous, et nous ne pouvons pas monter sur nos grands chameaux pour aller le voir. Il est né loin de nous, comme tant d’enfants dans nos familles. Combien d’entre vous ont des petits-enfants ou des arrière-petits-enfants que vous n’avez encore pas vu, pas pu prendre dans vos bras ? Moi, j’ai une nièce qui aura deux ans le mois prochain, mais je ne l’ai encore jamais vue. Certes, de nos jours on a des photos, mais des photos de bébé on en a vu…
Mais là, Jésus nous rattrape. Redressez-vous, et relevez la tête, car votre délivrance approche ! Ne regardez pas toujours devant vos pieds, comme un vieux cheval de traîne, levez la tête, regardez au loin, regardez et voyez ! Redressez-vous ! Voyez ce que voit le prophète ! Voyez Dieu qui entre dans votre vie, d’une façon toute inattendue !
Et je n’ose pas vous promettre que dès que vous levez le regard, vous jetterez vos cannes, vos médicaments et vos appareils auditifs, mais en levant le regard sur le Christ, vous verrez que votre monde change. Vous le verrez avec d’autres yeux. Vous l’entendrez avec d’autres oreilles, et vous y marcherez de pied sûr, sans hésitations et sans trembler ou trébucher. Tout en étant encore dans ce monde des prothèses, des ersatz et des substituts, vous serez déjà entrés dans ce monde autre, du vrai, du véridique et du véritable, de la vérité en personne. Ce monde auquel on accède par cette route sainte, qui n’est pas la via sacra de Jérusalem, mais plutôt son prolongement au-delà de Golgotha, au-delà du tombeau vide. La route sainte que vous suivrez, les yeux rivés sur le poste de passage, le Relais Voyageurs si j’ose dire où le Christ lui-même nous souhaite la bienvenue, elle vous mènera vers le pays florissant, paradisiaque, le pays de la pleine joie. Oui, c’est une promesse. Mais le prophète la voit, et donc elle est réalité, une réalité que nous sommes invités à voir de nos propres yeux et de nos propres cœurs. Que nous sommes invités à entendre de nos propres oreilles. Oui, la nouvelle création de Dieu est réelle. Oui, elle nous attend. Oui, IL nous attend. Allons, mettons-nous en route, pleins de confiance ! Redressons-nous, la Lumière du Christ vient vers nous !
Amen.

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