Soyons prophètes !

Chants : ARC 24, 1+4+5 ; 306 ; 303 ; 177
Lectures : AT : Jér. 23, 5-8
Epître : Rom. 13, 8-12 Évangile : (Mt. 21,1-9)
PR : Lc. 1,67-79

Qu’est-ce qu’un prophète ? En posant la question à des catéchumènes, on peut entendre un tas de réponses très diverses. « Quelqu’un qui voit dans le futur. » « Un fou qui raconte des choses incompréhensibles. » « Quelqu’un qui annonce du mal. » « Quelqu’un qui parle de Dieu. »
Des théologiens ont une distinction bien facile à retenir : un prophète parle au nom de Dieu aux croyants, et un prêtre parle au nom des croyants à Dieu. C’est intéressant, parce qu’alors, les pasteurs et prédicateurs sont les deux en même temps : nous prions avec vous, et nous vous annonçons la bonne nouvelle de Dieu.
Dans un groupe de jeunes, un jeune homme avait une idée particulière : un prophète, c’est quelqu’un qui parle au passé de choses qui sont dans l’avenir.
Zacharie, lui, est prêtre. Un prêtre qui n’a voulu voir que le passé, et qui a refusé de croire ce que l’ange de Dieu lui a dit sur l’avenir. Et à cause de ce refus, Dieu lui a interdit de parler en son nom. Et même de parler tout court, on sait jamais. Mais au moment de donner un nom à son fils, Zacharie insiste pour que ce garçon reçoive le nom que Dieu lui a prévu, et Dieu rend la parole à Zacharie. En plus, Zacharie se trouve rempli de l’Esprit Saint. Le prêtre qui porte le nom d’un prophète, et ce nom veut dire « Le Seigneur se souvient », le prêtre commence à prophétiser. Et il parle au passé de ce qui va arriver, de la venue du Christ de Dieu dans le monde et du fait que son fils, Yocan’an ou Jean, sera annonceur de ce Christ, messager de Dieu et prédicateur de la repentance.
Les paroles de Zacharie suivent le style des psaumes et cantiques de l’Alliance ancienne, et Zacharie lui-même, sacrificateur au temple, appartient entièrement à cette alliance. Il est possible de lire ses dires par rapport à l’histoire du peuple juif, l’interdit de son culte et la libération par les frères maccabée. Mais ces paroles ne trouvent la plénitude de leur sens qu’en étant appliquées à Jésus. La libération par le Christ est une autre que celle réalisée par les Maccabées, qui n’a tenu qu’un siècle avant que les Romains ne prennent les choses en main. Zacharie voit en Jésus l’accomplissement des annonces des prophètes, il est donc précurseur de cette lecture de l’Ancien Testament qui de nos jours se voit incriminée de manque de respect pour les amis juifs et la situation dans laquelle ces textes ont été rédigés (ne m’en voulez pas, le terme technique est « Sitz im Leben », même pour les Français, ce qui veut dire situation ou même « assise » dans la vie).
Il nous est dit que Zacharie prophétise. Il voit donc plus loin que les autres, et pour lui s’est déjà réalisé ce qui pour les autres n’est encore que promesse, et même peut-être promesse à l’accomplissement incertain. Zacharie qui a appris dans sa propre vie que son nom se réalise, que Dieu s’est souvenu de lui, Zacharie nomme son fils « Dieu est miséricorde », non seulement parce que l’ange le lui a dit – combien de fois faisons-nous des choses seulement parce que quelqu’un nous a dit qu’il faut faire ainsi, ou parce que « ça se fait comme ça », sans nous soucier du pourquoi du comment ? – mais aussi parce qu’il sait, grâce à l’Esprit Saint, que ce nom qu’il donne à son fils se réalise en ce moment même, bien que personne d’autre ne puisse le voir. C’est le privilège du prophète.
En ce début d’année d’Église, Zacharie nous invite à lui faire pareil. Il est vrai, la parole prophétique n’est pas donné à tous. Mais Zacharie nous invite à la confiance en Dieu. Lui, il a dû l’apprendre douloureusement, malgré son grand âge. Malgré ou peut-être même à cause du nom qu’il porte et qui lui était devenu tellement familier que Zacharie n’en a plus entendu le sens. Malgré son ministère de prêtre au temple et le privilège de pouvoir entrer au Saint des Saints. Il avait besoin d’apprendre à faire confiance. À croire en les promesses de Dieu.
Et maintenant, en annonçant ce qui n’est pas encore réalité mais en réalisation sans que nous le voyions, Zacharie nous invite à croire. Croire, l’épître aux Hébreux, donc probablement à des gens proches de la vie et des pensées de Zacharie, nous le dira, croire c’est une manière de posséder déjà des réalités qu’on ne voit encore. Tout comme espérer est une manière de voir déjà ce qu’on ne possède pas encore. L’espérance de Zacharie cependant est arrivée à sa fin, Dieu est à l’œuvre maintenant, il ne doit plus espérer mais maintenant il est temps de croire.
Et même si nous sommes toujours enfermés dans les cages de notre temps, dans les obligations de nos agendas, dans les exigences de tous ces gens qui savent ce que nous devons faire, si nous sommes toujours prisonniers aussi de notre santé limitée, de nos forces insuffisantes, de notre fatigue et de notre âge avançant, nous pouvons et devons entendre que déjà Dieu est à son œuvre libératrice, même si nous n’en sentons rien. Dès que le prophète ouvre la bouche, sa parole devient réalité, comme une construction devient réalité déjà quand l’architecte en fait les plans. C’est comme si c’était fait. Parfois un artisan nous le dit quand il prend une commande. Et parfois il faut attendre longtemps avant de récupérer la pièce en question. Dieu aussi se fait parfois attendre. Le Christ doit revenir pour mener à terme tout ce qui est inachevé sur cette terre, et pour faire commencer un temps complètement nouveau, absolument autre. Paul et les premiers chrétiens l’attendaient de leur vivant, et ils sont morts. Nombre de générations ont suivi, et souvent ils ont trouvé que les signes étaient réunis pour la venue du Christ dans la Gloire. Que nenni. Il y a de fortes chances que le 21 décembre passe sans que le monde touche à sa fin. Cependant, il est tout aussi probable ou improbable que la venue du Christ arrive ce soir encore, ou demain matin de bonne heure. Ou le 30 janvier 2013. Le message de l’Avent est « soyons prêts pour sa venue », pour ne pas nous laisser surprendre comme Zacharie, qui ne s’attendait pas à ce que Dieu lui parle. Mais comment être prêts, comment nous préparer si nous n’y croyons pas déjà, si nous ne voyons pas déjà ce que Dieu prépare ? Nous en avons appris beaucoup durant notre catéchisme et notre vie de membre d’Église. Je vous souhaite de plein cœur que vous en avez aussi fait l’expérience, et que vous pouvez croire, compter sur ce que nous ne pouvons pas encore voir mais que Dieu a déjà mis en œuvre.
Zacharie, lui, croit, et parce qu’il croit, il voit l’invisible. Il est rempli du Saint-Esprit, il peut voir en rétrospective ce qui pour d’autres n’est encore qu’un éventuel avenir. L’avenir des autres est pour lui souvenir. Mais nous aussi, nous avons reçu le Saint-Esprit, lors de notre baptême ! Nous pouvons donc voir les choses de la même manière que Zacharie ! Nous aussi, nous avons souvenir de l’avenir du monde, nous aussi avons déjà par la foi ce que d’autres ne voient même pas ! Soyons donc confiants, mais soyons prêts pour la venue du Christ, pour que l’avenir déjà passé ne nous rattrape pas à l’imprévu, faisons dès aujourd’hui la place au Seigneur, mais n’oublions pas de nous joindre à Zacharie pour chanter les louanges de notre Dieu !
Amen.

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