Pourquoi tu ne me f*** pas la paix ?

Chants : ARC 42, 1+4-6 ; 303 ; 553 ; 475
Lectures : AT : (= pr.)
Epître : Rom. 14, 7-9 Évangile : Lc 17, 20-30
PR : Job 14, 1-6

Même si aujourd’hui il ne fait pas trop gris, le mois de novembre pèse un peu sur le moral. Les nuits sont longues, les jours souvent gris et humides, le mois commence par le souvenir des morts et continue, aujourd’hui même, par l’hommage aux morts de guerre que nul entre nous n’a connus. C’est donc bien un texte pour le mois de novembre que nous venons d’entendre !
Job n’a pas le moral. Pire, il a le moral au plus bas, il déprime. Pas étonnant, toute sa vie s’est écroulée, et ses trois amis essaient de le convaincre qu’il est fautif lui-même, qu’il a sûrement commis une erreur que Dieu punit maintenant.
Il n’en est rien, dit Job. Mais, que vaut l’existence humaine ? À quoi ça sert d’exister, de travailler dur du matin au soir ? Qu’un homme vive ou meure, la terre n’arrêtera pas de tourner. Qu’une femme ait un enfant, les étoiles ne changeront pas de position pour autant. L’univers ne s’intéresse pas à de telles futilités.
L’existence humaine ne fait pas le poids. Comme un grain de sable dans la grande mer, ainsi l’homme se perd et nul ne connaît son chemin.
Mais, maintenant il y a Dieu qui s’intéresse à ce grain de sable, à l’être humain, et qui lui demande des comptes pour ce qu’il fait de sa vie. Dieu qui impose son jugement, qui veut que l’homme lui réponde.
Job s’irrite. L’être humain ne peut pas suffire aux demandes de Dieu, comme un chien ne fait pas de chatons. Sa vie est trop courte pour arriver à quoi que ce soit de bien, ses forces sont trop limitées, jamais il ne pourra faire ce qui plaira à Dieu.
Alors il se plaint, et il demande à Dieu : dis, déjà nous savons tous les deux que je ne suis rien, pas plus qu’une fleur dans les champs ou une mouche sur un fruit pourri. Qu’est-ce que tu me veux que tu me juges, que tu m’assignes en jugement, tu sais très bien que je n’échapperai pas aux limites que tu as posées à ma vie. Qu’est-ce que tu me veux, est-ce que tu ne peux pas aller compter les mouches ou les horties, et me laisser un peu la paix ? Franchement je ne te demande pas de miracles, pas de richesses, juste de pouvoir m’asseoir dans mon fauteuil, mettre les pieds sur la table et dire, « voilà, pour aujourd’hui j’ai fait ce qu’il faut. Demain, je reprendrai. » Le petit repos d’un ouvrier journalier, qu’on emploie le matin et qu’on paie le soir, et ni toi ni moi ne savons si demain tu travailleras à nouveau pour moi. Non, Job ne demande pas beaucoup, mais même ce peu, Dieu ne le lui accorde pas. Et non, Dieu ne lui lache pas les baskets, comme disent les jeunes. Dieu n’arrête pas de regarder ce que fait Job, Dieu ne cesse de lui demander des comptes.
Dieu serait-il un sadique ?
On dirait, hein ? Il se trouve un homme bien dans sa peau et qui réussit dans la vie, et il le détruit systématiquement, détruit sa famille, retourne sa femme contre lui, détruit toute son entreprise jusqu’au dépôt de bilan, le rend malade qu’il ne se supporte plus lui-même, et une fois que cet homme est vraiment au plus bas, qu’il dort entre les poubelles et s’arrache les vêtements parce qu’il ne supporte pas que quelqu’un ni quelque chose lui effleure la peau, là, il lui demande : dis-moi ce que tu as fait de ta vie ! Si c’est pas sadique, ça…
Mais Job, dans sa détresse, ne peut pas comprendre que Dieu ne le cherche pas pour l’enfoncer plus. Non, Dieu le cherche pour l’aider, il le cherche comme un ami. Et comme un conseiller, il demande que les choses soient clairemen mises sur table, afin qu’on puisse voir où commencer pour remettre l’homme sur le rail. Oui, on peut parler de jugement, même si de nos jours, on parle plutôt d’une évaluation. Mais il faut faire le tri, séparer ce qui est bien de ce qui ne l’est pas, pour ne pas construire une situation sur des bases pourries. C’est parfois douloureux, de devoir faire face à sa situation.
Mais le fait que Dieu s’intéresse à la situation de l’homme, qu’il lui demande des comptes, montre clairement que Job se trompe dans son appréciation de la situation humaine. Pour Dieu, nous ne sommes pas comme les grains de sable, comme les fleurs des champs qui fleurissent sans que personne ne les remarque, et qui disparaissent sans manquer à qui que ce soit. Non, pour Dieu, nous avons de la valeur, nous sommes importants.
Dieu s’intéresse à notre sort, jusqu’à compter les cheveux qui tombent de nos têtes. C’est parce que nous sommes importants pour lui, qu’il se préoccupe de nous, de nos actes et actions, et qu’il se met parfois à nous faire mal pour réparer un mal que nous avons causé. Comme un médecin qui doit couper, trancher dans la chair saine pour accéder à la chair malade qu’il faut enlever, Dieu doit parfois passer par les moyens douloureux.
Il y a une petite souris qui fuit le chat. Elle croise une vache qui lui dit, « attends, reste juste là où tu es ». Et la vache se tourne, lève la queue, vise bien et laisse tomber une grosse bouse. Le chat arrive, cherche la souris, voit finalement la pointe de la queue qui dépasse encore de la bouse. Donc, le chat sort la souris de la bouse de vache, la nettoie un peu dans l’herbe et la mange. Moralité : 1° c’est pas forcément celui qui t’emmerde et qui te fout dans la merde à par-dessus la tête qui te veut du mal. 2° c’est pas forcément celui qui te sort de la merde qui te veut du bien. 3° quand tu es en péril, rentre la queue !
Oui, c’est vrai, par moments, nous pouvons dire que Dieu nous … enfin, vous voyez, je ne redirai pas le gros mot. Qu’il nous casse les pieds, nous énerve en nous demandant ce que de toute façon nous ne pouvons pas faire. Nous pouvons avoir l’impression qu’il nous enfonce. Et que dès que nous relevons la tête, il rajoute un coup. C’est vrai qu’il peut nous faire passer par des moments, des phases de notre vie très dures et très difficiles à supporter. Mais ces phases sont peut-être comparables aux phases de chimio qui précèdent un don de moëlle osseuse, don de vie qui seul peut rendre la vie à un malade de leucémie. A la petite différence près que si nous suivons les préscriptions du docteur Dieu, nous avons la garantie de vie.
Et pour ce qui est du jugement, à la fin, nous pouvons faire confiance à la promesse de Jésus que celui qui s’attache à lui, a déjà passé le jugement. Job, lui, ne peut pas appeler Dieu « père », mais nous, nous pouvons ! Nous n’avons donc pas à nous soucier d’un jugement qui à priori ne nous concerne pas, puisque nous ne sommes pas les sujets du juge mais ses enfants. Et parce que nous sommes ses enfants, il ne nous fait pas de mal gratuit, mais au contraire s’il nous inflige une souffrance, c’est pour nous guérir de maux plus grands que peut-être nous n’avons pas encore remarqués.
Amen.

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