Priez sans cesse !

Chants : ARC 116, 1+5-7 ; 405 ; 608 ; 272
Lectures : AT : Ex. 34, 4-10
Epître : (Eph. 4, 22-32) Évangile : Mc 2, 1-12
PR : Jac. 5, 13-16

En lisant ces lignes, je me suis demandé, juste la durée d’un clin d’oeil, si vraiment je me trouvais encore dans la vénérable Église Réformée de France, cette forteresse du christianisme rationnel et pour le moins non-catholique. Cette Église Réformée qui en même temps, certes non pas dans les déclarations officielles mais dans la pratique et les paroles de ses membres, se défend avec vigueur contre l’Évangélisme. Et que trouve-t-on dans notre passage  ? Un manuel d’actions en toutes circonstances de la vie qui se compose de pratiques évangéliques et catholiques  !
Assez polémiqué, mais il est quand même intéressant qu’en plus de quatre siècles de protestantisme huguenot, nous ayons tant passé à côté de ce petit passage. Et si l’onction des malades ne suffit pas à nos critères de sacrement, elle est quand même un geste recommandé dans le Nouveau Testament, et un geste de grande puissance spirituelle.
Cependant, au cœur de notre passage biblique n’est pas l’onction du malade, mais une pratique que j’ai bien retrouvée dans les récits des anciens, dans les rapports sur les galériens et les protestants persécutés. De nos jours, on en parle moins, et pour certains, cette pratique se limiterait même aux seuls cultes dominicaux. La réunion hebdomadaire de prière est fréquentée par un petit groupe, alors que tout chrétien se voit adressé l’exigence que toute sa vie soit un culte, et que tout ce qu’il fait, qu’il le fasse en priant Dieu.
Jacques, ce matin, y rajoute une petite couche. « Quelqu’un est malade  ? Qu’il prie. Quelqu’un va bien  ? Qu’il chante des louanges. » Toute notre vie doit être vécue en lien étroit avec Dieu  : il ne suffit pas de lui adresser un appel au secours quand vraiment ça va mal, non, Dieu nous demande de toujours garder un lien avec lui.
Dieu, qui nous demande de l’appeler « Père », voire même « papa », ne veut pas être le n° 15 dans notre vie  : celui qu’on appelle quand les moyens de bord ne suffisent plus. Il veut être le n° 1, qui participe à tout, aux joies comme aux peines, et qui se réjouit de nos joies comme il nous aide dans les situations pénibles. Ne dit-on pas  : joie partagée, joie doublée – peine partagée, peine divisée  ?
Donc, partageons notre vie avec Dieu, en priant, en louant, en le remerciant de ce qu’il fait pour nous, en lui cassant les pieds quand nous voulons qu’il agisse.
Mais ce n’est pas tout. A cette relation verticale, s’ajoute la dimension horizontale. Nous ne sommes pas qu’individus, nous sommes encore moins individualistes devant Dieu. Mais, nous sommes membres d’une communauté, celle qu’on appelle Église, et parfois « corps du Christ ». Les membres du corps communiquent entre eux, partagent le bien-être et la souffrance. Et quand l’estomac a mal, c’est la bouche qui mâche quelques feuilles d’herbe, ou qui avale une tisane, pour remédier à la souffrance de l’estomac. Le pied souffrant d’une écharde fait appel à la main pour extraire cette écharde, et c’est encore la bouche et la langue qui disent au médecin que le dos a mal.
Faisons donc pareil entre chrétiens  ! Soyons à l’écoute pour nos frères et sœurs, et surtout, ne soyons pas timides à parler de nos joies et nos peines aux frères et sœurs en Christ  ! Partageons notre vie, partageons la leur, car nous ne sommes pas faits pour la solitude  !
Partager notre souffrance avec la communauté, c’est à double effet. L’un, c’est de partager nos souffrances spirituelles, ce qui s’est posé entre Dieu et nous, nos manquements et nos erreurs. Jacques les appelle péchés. Mais s’il nous appelle à les confesser publiquement devant toute la communauté, je conçois bien que c’est un peu trop demandé. Même dans les couvents et parmi les diaconesses, cela se pratique très peu. Par contre, dans ces communautés organisées, chaque membre a une personne de confiance, avec laquelle il partage tous ses soucis spirituels, qu’on appelle peut-être confesseur dans le monde catholique, et on parlerait d’accompagnateur spirituel dans le monde protestant. En nous recommandant de confesser à haute voix nos péchés, Jacques reprend une tradition juive selon laquelle la repentance doit être dite à haute voix, la langue doit exprimer les décisions du cœur. Et c’est bien vrai, un engagement à haute voix tient beaucoup plus ferme qu’un seul voeu silencieux – ou qu’en est-il aujourd’hui de tous vos bonnes décisions prises dans la nuit du Nouvel An  ?
L’autre effet, c’est que dans la souffrance physique, la communauté est appelée à prier pour nous. Tous les membres de l’Église sont appelés à prier pour chaque membre malade. C’est la raison pour laquelle nous partageons des informations pendant le culte, avant la prière d’intercession  : d’entendre les dernières nouvelles qui nous appellent à la prière. Pour toutes les autres informations, de la fête paroissiale aux heures des prochains cultes, il suffirait de les donner après le culte ou sur une petite feuille (si la paroisse est riche). Mais les informations de qui est souffrant, qui a perdu un être aimé, et pourquoi pas, qui a perdu son travail, qui doit quitter sa maison pour une maison de retraite spécialisée, ce sont des nouvelles que nous devons garder en tête et en cœur pour les porter dans la prière devant Dieu. Pour les porter ensemble, j’insiste sur « ensemble ». Ce n’est pas le fait de marquer un malade d’un peu d’huile qui est efficace, mais la prière unie des anciens, des colonnes de la communauté, réunis autour de son lit. Elle ne remplace pas les soins médicaux, elle les soutient et parfois les dépasse.
Et dans la prière, les deux effets se rejoignent. Tout comme la communauté ou les anciens prient pour le malade et avec lui, celui qui entend la confession de son frère prie avec lui, pour que Dieu lui pardonne ces péchés qu’il vient de confesser. Aux deux, Jacques promet le pardon des péchés, non pas pour la foi de l’intéressé, mais pour la foi de l’intercédant et pour l’insistance de sa prière.
Que dire donc  ? Prions, prions, prions  ! Et pourquoi pas prendre pour exemple ces hommes barbus, aux chapeaux et costumes noirs, qu’on croise parfois dans certains quartiers des grandes villes de France, et qui sont toujours occupés à murmurer des propos inaudibles. Ces frères juifs ne sont sûrement pas fous, au contraire  : ils prient. Du matin au soir, ils sont en contact avec Dieu, discutent leur vie, le quotidien comme le moment passé avec le Père de tout homme. Vivons comme eux, dans la conscience d’avoir à tout moment à nos côtés le meilleur ami qui soit. Vivons dans la prière, et que toute notre vie soit une prière, que pas un moment de notre vie se passe sans que nous soyons conscients de la présence de Dieu  !
Amen.

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