cohérents ?

Chants : ARC 127  ; 181  ; 427  ; 528
Lectures : AT : Gen. 2,4b-15
Epître : 1Pierre 5, 5c-11 Évangile : Mt. 6, 25-34
PR : Gal. 5, 25-6, 10

Quel filou, ce Paul  ! Il vient juste de nous expliquer que dans la relation avec Dieu, tout se joue par la grâce, par l’amour du Christ, et que les oeuvres de la Loi ne valent rien de rien – et maintenant, à la fin de sa lettre, toute cette morale lourde revient. Il a même fait, quelques lignes plus haut, une longue liste de comportements interdits, et continue en énumérant ce qu’il faut faire. Non, pire  : comment il faut être  ! Parce que sinon, adieu paradis, bonjour l’enfer  ! Alors, la grâce seule, oublions-là  ! Nous n’avons que le choix entre l’enfer de ce monde ou l’enfer du monde à venir…
Stop  !
N’allons pas trop vite, et surtout ne passons pas trop vite sur le début de notre passage  : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit  ! »
Hein  ?
Une autre traduction dit  : « L’Esprit nous a donné la vie laissons-le donc aussi diriger notre conduite. »
Ah, d’accord. Là, je comprends mieux. En fait, il nous est demandé de faire correspondre notre vie à celui qui nous fait vivre. Plus bref encore  : ce que vous faites et ce que vous êtes doivent aller de pair.
Il est donc clair et évident que tout ce que Paul nous demande d’installer dans notre façon de vivre, et tout ce qu’il nous demande d’éliminer dans les versets précédents, tout cela ne peut point servir à nous acheter le ciel. Au contraire. Cette question-là est derrière nous, nous avons passé le seuil et faisons partie de la famille de Dieu. Mais maintenant…
En fait, nous ne devrions pas en être surpris. Quand on s’engage dans un mouvement, peu importe lequel, on s’oblige à un certain comportement. Que ce soient les « scouts » ou Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France, que ce soient les jeunes sapeurs pompiers, que ce soient les membres de la Croix Rouge, d’amnesty international ou d’un parti politique. Porter la chemise des scouts ou l’enseigne d’amnesty et crier des paroles racistes – ça ne va pas ensemble. Porter l’uniforme jsp et tourner la tête quand on aperçoit une personne en détresse – inimaginable. Sur les réseaux sociaux circule actuellement une photo montrant un hôtel de ville allemand – devant la porte principale, des membres du groupe parlementaire des Verts se font montrer des véhicules écologiques, probablement électriques comme on sait les faire en Poitou-Charentes. Il suffit de faire quelques mètres pour voir sur l’entrée secondaire, les limousines de service de ces députés, et leurs chauffeurs. Le covoiturage – très peu pour eux. Là, l’exigence écologique de ces hommes et femmes de politique ne correspond pas à leur comportement. En allemand, on parle de « prêcher l’eau en buvant du vin », en français on dit « fais ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Ça, dit Paul, ça ne va pas.
C’est pourquoi il nous met en garde de certains égarements auxquels nous cédons facilement.
La vanité, l’orgueil, la bienveillance prétendue mais en fait arrogante… au contraire, Paul nous recommande deux choses, qui sont importantes l’une comme l’autre non seulement pour le bien-être spirituel de l’individu, mais et surtout pour le bien-être de la communauté  : d’une, de porter le fardeau de notre frère ou notre sœur. D’autre, que chacun n’évalue que lui-même.
Qu’est-ce que c’est  ? C’est de partager les soucis, matériels et immatériels. Lors de l’offrande de chaque dimanche, nous disons qu’elle est un signe de notre engagement. Eh bien, que cet engagement soit réel, que nous soyons vraiment là pour aider à porter. Ça peut être pris au sens littéral, quand nous proposons à quelqu’un de lui faire les courses ou ne serait-ce que de le conduire au supermarché pour qu’il n’ait pas à porter toutes ses commissions. Ou bien plus au sens figuré en assistant une personne en détresse, en souci par exemple pour un membre de la famille gravement malade. Vivre en communauté, vivre en Église, c’est se soutenir mutuellement selon les besoins des uns et des autres, d’autant plus que nous vivons une époque qui se plaît à décréter que « chacun pour soi, Dieu pour tous ». Oui, Dieu pour tous – mais de quelles mains sinon les nôtres  ?
Et l’autre recommandation  : n’examine que ton oeuvre à toi, ne te compare pas à un autre  ! D’une, Paul veut nous éviter l’orgueil  : « je suis tellement bon, j’ai réussi bien plus que d’autres ! » Un orgueil qui peut nous prendre de maintes façons, par exemple « j’ai passé tellement d’heures pour l’Église, et donc beaucoup plus que telle personne ! » et même « pourquoi le pasteur a-t-il remercié Mme X pour ce service, alors que je l’ai fait cent fois et personne ne m’a remerciée ? » Nous avons toujours tendance à vouloir nous comparer à d’autres, mais n’est-il pas tout aussi bien, et même mieux, de pouvoir dire « ah, j’ai enfin réussi ce que je voulais faire depuis des mois »  ? Pourquoi nous chagriner parce que notre voisine de banc arrive à lire un chapitre de la Bible tous les jours, et moi je ne lis que quelques versets  ? L’homme là-bas lit non seulement la lecture continue mais en plus le psaume et les lectures supplémentaires  ! Je n’y arrive pas, moi, je suis nul  ! Eh bien non, dit Paul. Tu fais ce que tu peux et ce qui te sert. Si c’est une corvée de lire un chapitre entier, ce n’est pas bon pour toi. Peut-être que tu passes plus de temps à aider quelqu’un qui a besoin de toi, et c’est bien aussi.
D’accord, me direz-vous, mais… c’est quand même un énorme programme, comment dois-je faire pour réussir tout cela  ? Là, heureusement, j’ai une bonne nouvelle pour vous  : il suffit de bien expirer et vous inspirer. Ouch, le jeu de mots n’était pas fameux… mais il décrit ce que Paul nous dit  : si tu vis par l’Esprit-Saint, donc si tu es mort pour ce monde et vis en Christ, c’est l’Esprit-Saint aussi qui t’inspire comment te comporter. Donc, je ne dirais certainement pas que c’est chose facile, notre nature nous joue souvent des tours. Mais, c’est possible, et celui qui nous donne une vie qui est bien au-delà de notre être terrestre, nous offre également la voie vers ce comportement respectueux du prochain et de nous-même, et la force de marcher sur ce chemin. L’esprit de Dieu nous guidera, si nous voulons bien l’écouter. Ce qui compte, c’est d’avoir trouvé le Royaume de Dieu, et tout le reste s’arrangera.
Amen.

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