plein de grâce

Chants : ARC 136, 1-5  ; 136, 1-10  ; 577  ;
Lectures : AT : 2Sam 12, 1-10.13-15a
Epître : Eph. 2, 4-10 ou pr. Évangile : Lc. 18, 9-14
PR : Gal. 2, 16-21
Aujourd’hui, le grand thème – THE thème, comme disent les jeunes – est la grâce. Ah, comme si nous n’en parlions pas toute l’année durant  ! Enfin, nous en parlons beaucoup, c’est vrai, nous n’en parlons pas assez, surtout nous n’en vivons pas toujours.
Nous avons entendu le fameux épisode du pharisien et du collecteur d’impôts. De celui qui croyait être en règle avec Dieu, et ne l’était pas, et de celui qui se savait hors des clous et que Dieu a régularisé. De celui qui croyait ne pas avoir besoin de la grâce de Dieu et n’en eut rien, et de celui qui n’implorait que la grâce de Dieu et en reçut abondamment.
Le récit du roi David nous montre un homme qui reçevra ce qu’il mérite… mais en implorant la grâce de Dieu, il est gracié. Ce n’est pas une amnistie, car une souffrance lui est réservée, mais la sentence originelle est rejetée.
Mais qu’est-ce que c’est que la grâce  ? L’émission « Karambolage » sur arte y a consacré quelques minutes, l’an dernier. Malheureusement, je n’ai pas tout retenu. Mais il est facile de voir que grâce et merci sont étroitement liés. Être à la merci de quelqu’un veut dire dépendre de sa grâce. Rendre grâce est dire merci. En anglais, la grâce s’appelle mercy, et notre merci à nous se dit grazie en italien.
La grâce est aussi liée au charme, dans son sens classique et innocent bien sûr. Peut-être avez-vous vu les jeunes gymnastes, ou les nageuses synchronisées, lors des jeux olympiques  ? Ne parle-t-on pas de la grâce de leurs gestes et mouvements, d’une silhouette grâcieuse, d’un sourire grâcieux même  ? La grâce de ces jeunes femmes nous parle, nous interpelle – mais pas de façon rationnelle, c’est que les voir nous charme. On aime bien les voir.
Tout ça n’est qu’une entrée en sujet, mais nous voyons déjà que la grâce n’a rien à voir avec le mérite. Car ce qu’on mérite ne nous fait pas dire merci. Pas de mérite donc, mais alors  ?
Alors, tout comme le mérite est, au sens large, un terme commercial, car il s’agit de recevoir à la juste valeur, ainsi la grâce est un terme relationnel et émotionnel. L’acteur du mérite, c’est moi. J’ai mérité quelque chose, parce que j’ai fait ceci et cela.
Pas pour la grâce. L’acteur de la grâce est quelqu’un d’autre. C’est Dieu qui offre sa grâce. En même temps, on peut considérer que Dieu n’est pas seul maître de sa grâce, mais qu’il est pris et ne peut qu’offrir sa grâce, comme une maman qui veut gronder son enfant qui a dévasté la cuisine, mais ne peut que sourire et le prendre dans les bras quand il lui présente le fruit de ses efforts  : « pour toi, ma maman chérie ! » Il n’y a rien de rationnel, rien de calculable. Et la grâce se passe, si j’ose dire, toujours entre deux ou plusieurs. La première jeune femme à qui nous pensons en entendant « pleine de grâce » – et ce peut-être malgré nous, en bons parpaillots que nous sommes, est Marie. Les traductions modernes, protestantes ou oecuméniques, cherchent d’ailleurs à éviter le terme de grâce, mais il est bel et bien dans le texte grec. Or, Marie situe bien l’origine de cette grâce, « parce que Dieu a porté son regard sur son humble servante », tout comme sa cousine Élisabeth disait que « Le Seigneur … a jeté les yeux sur moi ».
La grâce du Seigneur, c’est donc que Dieu nous regarde comme ses enfants bien-aimés – et ce parce que Jésus nous lui montre comme ceux qu’il doit concerner comme ses enfants. Tout est dans ce regard  ! Nous n’avons donc pas à marchander notre justice avec Dieu, nous n’avons pas à nous justifier de nos actes, nous n’avons pas à acheter la considération de Dieu – nous ne le pourrions pas   !
Et donc, nous dit Paul, soyons entièrement enfants, et ne retombons pas à tout moment dans les habitudes anciennes. Le comptoir des mérites et des fautes n’est plus là. Notre entrée dans la maison de Dieu n’est pas l’entrée des clients, gardée par un comptable, la salle des guichets où il faut montrer patte blanche ou un livret d’épargne bien garni, notre entrée est l’entrée privée, l’entrée de famille.
Mais nous avons tendance à ériger les comptoirs même devant l’entrée de famille, pour les autres enfants, mais également pour nous-mêmes, nous voulons montrer notre mérite et à quel point nous valons être enfants de Dieu. Je ne sais pas si c’est tout simplement notre nature humaine de vouloir nous valoriser, nous montrer mieux que l’autre, être apprécié pour ce que nous faisons de bien… toujours est-il que cela nous fait retomber dans le temps avant d’être enfants de Dieu, dans le temps quand nous étions sous l’emprise du péché et de la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas suffire.
Ne faites pas ça, nous crie Paul. En établissant à nouveau les comptoirs entre vous et Dieu, vous reconstruisez tout ce qui vous séparait de lui et qui a été détruit par Jésus. Vous péchez en vous séparant ainsi du Père  ! Au contraire, vous devriez voir la situation comme suit  : quand le Christ est mort pour vous, vous êtes morts vous aussi, morts pour le péché. Morts pour la comptabilité des bonnes et mauvaises actions. Les comptables qui vous faisaient régulièrement le bilan de vos réussites en vous notant « insuffisant, peut faire mieux, non admis en classe supérieure », ils pourront bien faire leur bilan final mais peu vous en importe, parce que vous êtes morts. Ils ont clos vos comptes au moment que vous êtes morts avec le Christ. Vous êtes ressuscités avec le Christ aussi, pour vivre avec Dieu, mais maintenant vous êtes inconnus des services comptables, pour ainsi dire vous ne vivez plus qu’à l’étage et n’avez plus à passer par les comptoirs.
Si pourtant vous vous remettez aux comptoirs, nous dit Paul, vous allez y faire ouvrir de nouveaux livrets à votre nom, et vous faites savoir par là que la mort du Christ n’était pas nécessaire pour vous.
Mes chers amis, nous ne pouvons donc pas faire les choses à moitié. Soit nous gardons notre livret de compte, avec les bilans de toutes nos actions, soit nous nous confions au Christ, avec le certificat de mort pour le monde des comptables du péché, mais en étant inscrits dans le Livre de la Vie par le Christ. Soit nous sommes des clients au mérite, soit nous sommes de la famille de Dieu. Il n’y a que l’un ou l’autre, nous ne pouvons être que dedans ou dehors, mais pas un peu de tout. Ce n’est pas de notre ère où l’on aime bien prendre un peu de tout, mais où l’on évite volontiers de se décider, mais Dieu n’est pas non plus de notre ère. Il était, il est, et il sera quand notre ère sera bien passée. Donc, décidons-nous, une fois pour toutes  ! Mais, je vous assure qu’il est mille fois mieux de quitter le monde du devoir et du mérite, pour ne plus être qu’enfant bien-aimé, sous le regard charmé du Père qui nous observe plein d’amour.
Amen.

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