Les frères juifs

Chants : ARC 214  ; 80, 1.3.5.6  ; 153  ;
Lectures : AT : Ex. 19, 1-6
Epître : Rom. 9, 1-8.14-16 Évangile : Lc. 19, 41-48

PR : És. 62, 1-12
Aujourd’hui, Dieu fait de la politique. Les lectures de ce dimanche veulent nous inciter à réfléchir sur notre attitude envers le peuple juif, le peuple de la Première Alliance. L’apôtre Paul nous rappelle que si la Loi n’a pas pu apporter le salut – le salut, c’est la paix avec Dieu – Dieu a quand même promis sa fidélité au peuple de la Loi. Il n’y a rien à discuter et rien à débattre, Dieu reste fidèle à Israël. (Rom.3, 3-4 et al.)
Il y a eu des temps que les chrétiens n’acceptaient pas cette fidélité de Dieu. Ils voyaient l’Église comme la nouvelle Israël, qui se substitue au peuple des descendants d’Abraham, Isaac et Jacob. Les juifs auraient perdu tout droit d’existence, et surtout, auraient perdu l’amour de Dieu parce qu’ils n’ont pas accepté Jésus comme le Christ.
Cette idée erronnée eut d’horribles conséquences, de baptêmes forcés jusqu’au génocide organisé – et je ne vous parle pas du Nazisme qui n’avait aucun fondement chrétien  !
Esaïe, ce matin, nous rappelle que la fidélité de Dieu à ses promesses ne concerne pas seulement la pure existence de juifs et du judaïsme sur cette terre (et, accessoirement, dans notre pays). Dieu est fidèle aussi en ce qui concerne la terre promise, le pays Israël.
Nous voyons le contraste entre la Jérusalem pourtant splendide sur laquelle pleurait Jésus, et celle de l’avenir divin. Celle-ci était destinée à la destruction, à l’anéantissement, et appartenait à la terre perdue par l’interdiction des romains qu’aucun juif ne vive plus dans Israël qui fut désormais appelée Palestine.
La nouvelle Jérusalem, ce n’est pas seulement un phénix relevé de ses cendres, c’est une ville qui peut être fière d’elle non pas pour ce qu’elle est d’elle-même, mais parce que Dieu l’a élue. C’est ce que nous avons tous déjà pu voir, lors d’un mariage  : la beauté de la jeune femme qui se marie n’est rien contre le reflet de l’amour du marié qu’on retrouve dans les yeux de la mariée. Serait-elle même toute défigurée, l’amour de son fiancé la rendrait la plus belle de toutes les femmes. C’est d’ailleurs pour moi un questionnement constant pourquoi les femmes investissent des milliers d’euros dans une robe de mariée alors que ce qui leur rend tout l’éclat de beauté, n’est ni dans les habits ni dans les bijoux…
Et Dieu aime son Israël comme un jeune marié aime sa jeune épouse. Et vous savez très bien comment ça se passe avec les jeunes couples, quand un de nos amis est tombé amoureux, nous avons beau nous demander « mais qu’est-ce qu’il lui trouve, à cette… femme ? » ou nous dire « non mais, quelle cruche, celle-là ! » et peut-être souhaiter au jeune homme qu’il trouve mieux. (Avant qu’on m’accuse de sexisme, je ne fais que reprendre l’image de notre texte biblique, bien sûr ça peut se jouer pareil pour le jeune homme sur lequel est tombé l’oeil d’une de nos amies.)
Mais à la fin, il nous faut toujours nous résoudre à ce que savaient déjà nos grand-mères  : Que voulez-vous, c’est l’amour, et l’amour a ses raisons que la raison ignore.
Et, chers amis, ne nous énervons pas trop vite des choix d’amour de ce jeune amoureux, car c’est uniquement par ce même amour irrationnel et fou qu’il nous a choisis nous pour que nous soyons ses enfants.
Donc ne nous accrochons pas à ce choix de Dieu, tâchons plutôt de bien respecter nos frères aînés de Son alliance. Car tout comme nous sommes mutuellement responsables entre chrétiens, nous portons aussi une responsabilité pour les frères juifs. Paul nous la rappelle bien. Quelle est donc notre responsabilité  ?
Tout d’abord, le grand respect que le cadet doit à son aîné. Deux tiers de notre Bible, et les trois quarts si l’on compte les livres apocryphes ou deutérocanoniques, sont Écriture Sainte des juifs, et ni Jésus ni les apôtres des premières Églises connaissaient d’autres Écritures Saintes. Ils sont le peuple de l’Alliance, le peuple que Dieu s’est créé en fécondant un vieux couple qui avait abandonné tout espoir, le peuple que Dieu a libéré d’Égypte des milliers d’années avant qu’il ne nous libère de nos Égyptes à chacun, le peuple qu’il a rassemblé des exiles et disséminations des centaines d’années avant de rassembler les disséminés dans les assemblées du désert, dans les temples clandestins et les granges de prière, le peuple auquel il a recommandé de tenir ses Paroles deux mille ans avant que les colporteurs n’apportent la Bible aux Saintongeais. C’est le peuple qu’il aime comme la prunelle de ses yeux. Ils sont les héritiers qui partagent avec nous un peu de leur richesse – pas le contraire.
Nous leur devons aussi l’Évangile. Ce dans un double sens  :
1° l’Évangile nous vient des juifs. Jésus est né juif, a grandi et vécu juif, est mort juif dissident mais néanmoins juif. Il a célébré les fêtes juives, il a respecté la Loi (certes pas toujours à la lettre, mais selon l’esprit). Paul n’est pas moins juif, circoncis, connaisseur des Écritures, plein de zèle pour le Dieu de la Bible. Que ce soit Paul ou les Évangélistes ou les autres apôtres, ils fondent tout ce qu’ils écrivent dans les Écritures Saintes des juifs. Oui, tout ce que nous sommes, nous autres chrétiens, nous le devons au peuple juif.
2° nous leur devons en même temps notre témoignage de Jésus-Christ, car ils ne l’ont pas tenu, Paul dit qu’ils ne l’ont pas accepté. Ils l’ont laissé filer entre les doigts, si j’ose dire. Cela ne nous demande pas d’envoyer des missionaires, ni peut-être même d’envoyer des colporteurs de bibles en Israël (quoique l’État laïque d’Israël n’en a pas de problèmes, contrairement à tous ses voisins islamiques). Mais soyons, comme pour nos contemporains en général, des témoins par notre vie et seulement en 2e ligne par des tracts, des livres dont des bibles.
Nous leur devons un troisième  : la prière. C’est le soutien le plus puissant dont nous sommes capables, et nos frères juifs en ont besoin. Sur le globe entier, ils sont la cible n°1 d’un Islam radical, mais aussi de tous les nationalismes imaginables. Peu importe à qui on demande  : les juifs sont responsables des maux du monde…
Et avant d’aller leur raconter le Christ, prions pour eux. Prions qu’ils découvrent la vérité sur Jésus, que le Père ne tienne plus leurs yeux fermés et leurs oreilles bouchées. Ça aussi, Paul nous le dit. Prions, portons-les dans la prière comme nous portons nos frères et sœurs selon la nature, nos parents ou nos enfants. Et prions que nous-mêmes ne soyons pas des pierres de trébuche voire même des murs qui les séparent du Christ. Mais qu’avant tout, nous soyons pour eux des témoins de l’amour du Christ, et de véritables frères et sœurs.
Amen.

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