Irrésistible

Une petite remarque pour les nazis qui croient utile de déposer ici leur merde : la police vous traque déjà. Et jamais, jamais un commentaire de cette sorte ne sera publié.
Kleiner Hinweis an die Nazis, die hier ihre Scheiße absetzen wollen: die Polizei ermittelt bereits. Und euer Dreck wird hier garantiert NICHT veröffentlicht werden.

  • Chants : ARC 127  ; 181  ; 428, 1-5  ;
    Lectures : AT : =pr.
    Epître : Phil. 3, 7-14 Évangile : Mt 25, 14-30
    PR : Jér. 1, 4-10
  • C’est assez perturbant. Jérémie ne se doute de rien quand soudain Dieu s’adresse à lui. Comme toujours, le message de Dieu est important et déroutant.
    « Bien longtemps avant ta naissance, je te connaissais, et même avant la conception dans le ventre de ta mère. Et avant ta naissance déjà, je t’ai consacré, je t’ai destiné à mon service, et tu seras un prophète pour les peuples non-juifs. »
    Là, ça devient délirant, du moins pour nous hommes et femmes du 21e siècle. Dieu a des projets pour des humains bien avant leur conception, avant même que leurs parents se rencontrent pour la première fois. Le libre arbitre que nous aimons affirmer, selon lequel nous choisissons librement notre partenaire de vie – n’est-il peut-être qu’une douce illusion, et en vérité nous sommes guidés par bien des forces et destins que nous ignorons  ? La formule traditionnelle prononcée lors des bénédictions de mariage a-t-elle plus de sens que ce que nous ne voudrions croire  : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mt. 19,4)  ? Je vous laisse réfléchir sur la Loi Veil dans ce contexte…
    Vivant une époque et dans une société qui prône l’autonomie, l’épanouissement de soi, qui nous demande et propose d’être sujets de nos vies et non pas objets, d’être maîtres et non pas esclaves, comment entendons-nous que tout au contraire, nous faisons partie d’un grand plan, que nous sommes appelés à prendre un rôle dans une stratégie dont nous ignorons presque tout, que nous sommes outils et non pas maîtres  ? Maintenant c’est peut-être aussi une question des générations, les anciens acceptent plus facilement qu’ils ne sont pas les maîtres de leur destin simplement parce qu’ils en ont fait l’expérience, pendant la guerre, au service militaire, dans bien des épreuves qu’ils n’avaient pas choisies…
    Ah, le service militaire. Tout soldat sait très bien qu’il n’est maître que de ceux qu’on lui soumet, et que son destin est entre les mains d’autrui. Il doit se résigner à être une petite roue dans un grand engrénage, sans connaître le grand plan, et sans que le stratège lui révèle ce qui ne le concerne pas directement.
    Pour Jérémie, la question n’est pourtant pas là. À son époque, on sait très bien que l’on n’est pas omnipotent, que bien des choses ne dépendent pas de nous mais qu’au contraire, notre bien-être et même tout notre être dépend de Dieu.
    Ce qui ne l’empêche pas de dire non à Dieu. Il ne dit pas « je n’ai pas envie, ça ne rentre pas dans mes projets et ma conception pour ma vie », il n’invoque pas l’envie de fonder une famille – il dit, « je suis trop jeune. » Et, plus important, il dit ce que nous avons probablement tous déjà invoqué quand quelqu’un voulait nous enrôler pour quelque engagement  : « je n’ai pas les connaissances, je n’ai pas le diplôme requis, je ne sais pas comment faire. »
    Soit. Jérémie ne sait pas parler. Peut-être brédouille-t-il ou, horreur, même bégaye-t-il. Cependant, il devrait connaître sa Tora, et se souvenir que Moïse déjà avait invoqué ce handicap, en vain lui aussi. Toujours est-il que le Seigneur Dieu balaye ses refus d’un coup du dos de la main si j’ose dire – et je vous invite à imaginer un instant qu’on vous ferait pareil quand on vous sollicite pour un service à l’Église, et vous dites « je ne sais pas le faire » – tout simplement Dieu n’accepte pas le refus. « Ne dis pas ‘je suis trop jeune’ ! »
    Hou là. Le texte biblique est parfois un brin pudique, et j’imagine bien que sur les objections de Jérémie, Dieu réplique sèchement « foutaises ! » Si le mot n’y est peut-être pas, l’esprit d’autant plus… Et il rajoute, ne tolérant plus la moindre réplique, « Là où je t’envoie, tu y vas  ; ce que je te commande, tu le dis. »
    Mais Dieu ne reste pas seulement sur l’ordre. Nous pouvons découvrir (ou nous rassurer) que Dieu donne des ordres strictes, mais que nous ne sommes quand même pas à l’armée. Devant Dieu, pas besoin de se tenir au garde-à-vous  !
    Car Dieu ajoute à son ordre de quoi nous rassurer. À Jérémie, il rajoute, « n’aie peur de personne, je suis avec toi pour te libérer (d’autres traductions disent sauver), Parole de Dieu ! » C’est important quand Dieu donne sa parole. Le prophète peut le redire à ses auditeurs pour prouver l’authenticité de ses dires, car qui invoque injustement la Parole de Dieu mourra. Mais ici, ce mot a le sens d’un engagement de la part de Dieu. « Je m’engage », comme on dit parfois « parole de Scout ». Quand on a été scout, bien sûr…
    Ainsi, l’ordre devient aussi une promesse  : « partout où je t’envoie, tu pourras y aller  ; tout ce que je te commande, tu sauras le dire. » Tu n’es ni trop jeune ni trop brédouilleur ni trop bégayeur, tu es l’homme destiné à cette charge, et je t’aiderai à l’accomplir.
    Dieu ajoute un geste à ses dires. Nous pouvons penser à l’ordination d’un ministre d’Église, qui reçoit l’ordre par son Église d’annoncer la Parole de Dieu, et qui par l’ordination est habilité à parler au nom de son Église. Pareil pour Jérémie, qui reçoit cet ordre et cette habilitation directement de la main de Dieu. Désormais, Jérémie a une carte de mission venant de Dieu, une lettre d’envoi, et ses paroles sont tout aussi puissantes que celles que Dieu prononce directement. Quand Dieu parle, ce qu’il annonce commence déjà à devenir réalité. Quand Jérémie parle, la réalisation de ses dires est inévitable. Même le message de ses gestes porte déjà en son sein la réalisation. Ainsi, Jérémie a autorité sur les nations et les royaumes, par la puissance de sa langue et de sa parole, il peut détruire et démolir, mais aussi bâtir, construire et planter.
    Et même si nos bouches ne sont pas touchées par la main de Dieu, si nous n’avons pas le pouvoir de faire tomber des régents par notre seule parole, nous avons le droit – et sommes en devoir de prendre pour nous la promesse de Dieu que pour les charges qu’il nous a réservées, et auxquelles il nous a destinés depuis bien avant notre naissance, il nous donne aussi les capacités, les talents nécessaires. Et une chose est sure  : il y a pour chacun de nous une mission dans l’Église. Elle peut être grande et visible, comme celle des catéchètes, des organistes, des pasteurs. Elle peut être modeste comme celle de préparer le temple pour le culte. Elle peut être physique ou intellectuelle. Mais chacun a une mission. Ouvrons les yeux et les oreilles, et surtout les cœurs pour entendre l’appel de Dieu  ! Et ne craignons rien, car le Seigneur Dieu nous promet de nous munir de ce qu’il nous faut pour accomplir la tâche dont il nous charge.
    Amen.

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