Tout est permis… mais tout ne fait pas bien !

Chants : ARC 24, 1-5  ; 232  ; 534  ;
Lectures : AT : Es. 2, 1-5
Epître : Eph. 5, 8b-14 Évangile : Mt 5, 13-16

PR : 1Cor 6, 9-20
Ce sont des drôles de paroles que l’apôtre nous adresse ce matin. Nous sommes donc tous des gens corrects et modestes, et menons une vie bien honorable. Débauche, luxure, prostituées – ce n’est pas notre monde. Est-ce que je me trompe  ?
Et pourtant… Paul semble nous en accuser. Or, essayons de prendre ce discours par le sens figuré et aussi dans son contexte. Nous verrons plus clair.
En fait, Paul ne parle pas de ce qui a pu se passer avant que nous ayions connu le Seigneur. Que nous ayons été notables ou malfaiteurs, peu importe. Fils de bourgeois ou fils d’apôtre, fils de César ou fils de rien… tous nous sommes enfants de Dieu, et le passé ne compte plus.
C’est après que ça se complique, parce que nous ne vivons pas dans un sérail protégé de toutes les tentations, et s’il est vrai qu’il n’est pas primordial de faire ou ne pas faire, mais d’être, être enfant de Dieu, nous ne devrions quand même pas faire n’importe quoi.
Paul rappelle ce que Jésus disait déjà  : il n’est pas important ce qu’on mange, ça ne fait que transiter, et c’est tout aussi naturel et donc périssable que tout notre corps. Mais en même temps, notre corps périssable est voué au Christ comme le Christ s’est donné non seulement pour notre âme, mais tout autant pour notre corps. Corps et âme, le Christ s’est donné pour nous, corps et âme nous sommes sauvés par lui, corps et âme nous existons pour lui.
Il n’est donc pas anodin ce que nous faisons de notre corps. Car ce corps fait partie de nous, et parce que nous sommes à notre tour membres du corps du Christ, tout ce que nous faisons de notre corps, nous le faisons au corps du Christ. Nous maltraitons notre corps – le corps du Christ en souffre. Nous mutilons notre corps – le corps du Christ en est mutilé.
C’est là que nous retrouvons la prostituée.
L’acte sexuel, dans la Bible, est signe d’un engagement très profond  : deux êtres deviennent un seul. Même notre langage séculier parle d’union sexuelle. Deux deviennent un, ce qui arrive à l’un est ressenti par l’autre, il y a un lien indissoluble. Un lien qu’il convient de préserver et de protéger – c’est ce qu’on appelle la fidélité.
Or, la prostitution est l’opposé absolu de la fidélité. Comme une mouche qui se pose tant par-ci, tant par-là sans s’attacher, mais qui en même temps traîne sur ses pieds des traces de tous les détritus qu’elle a visités… (C’est à des années lumière de « ni putes ni soumises », mais d’une n’oublions pas que ces lignes sont écrites il y a 2000 ans, et d’autre permettez-moi de douter qu’il soit possible d’offrir son corps – même en location – sans vendre son âme.)
Maintenant, la prostituée tient lieu ici de tout ce qui est mauvais et contraire à Dieu. Et Paul nous rappelle qu’il est impossible de s’engager avec le Mal pour une demie-heure sans qu’il y ait des conséquences. Qu’on le veuille ou non, on se lie, et on lie donc tout le corps du Christ au Mal. Est-ce que c’est ce que vous voulez  ?, nous demande l’apôtre. Personne n’engagerait le Christ avec la prostituée, donc n’engagez pas son corps avec ce qui est l’adversaire de Dieu.
Vous remarquez que Paul, ici, ne met pas en question notre état d’enfants de Dieu. Il parle de péché, certes, mais plutôt en marge de son argumentation, et il nous faut relever que ce péché dont parle Paul, n’est pas un péché contre Dieu. Les comportements mauvais dont il parle sont susceptibles de nuire au corps du Christ, donc à l’Église, mais avant tout ils nuisent à nous-mêmes. Paul dit bien « il pèche contre son propre corps ».
La débauche, luxure, adultère, vol, rapt, addiction, calomnie et tout ce que Paul a pu énumérer comme mauvais, ne peuvent donc pas vraiment s’interposer entre Dieu et nous. Si nous avons accepté l’offre de Dieu d’être ses enfants, c’est une fois pour toutes et nous restons enfants de Dieu – à moins de volontairement renier sa paternité sur nous.
Mais vous savez ce qu’il en est des héritiers d’un roi, des princes et princesses. Il y a des magazines qui ne traitent que d’eux… et même si vous ne lisez pas ces magazines-là, si vous vous en abstenez même dans la salle d’attente de votre médecin, vous n’ignorez pas certains faits et gestes des membres des familles royales. Et d’avantage ceux qui paraissent déplacés.
Oui, il y a des choses qu’un prince ou une princesse ne fait pas. L’un de nous a passé une soirée un peu arrosée et chante à tue-tête en rentrant – soit. Mais un prince qui fait pareil, ça nuit à l’image de la famille royale. Une de nos filles « topless » à la plage – à chacun d’en penser ce qu’il veut. Une princesse royale qui montre ses seins nus, ça ne va pas, ça nuit à l’autorité de la royauté.
Eh bien, quelle surprise, parfois il n’y a pas tellement de différence entre le Royaume de Dieu et nos petites principautés de cette terre. Les princes qui se croient tout permis, ça ne passe pas. Les princes et princesses qui vivent dans la luxure et la débauche, sans se soucier de la vie des gens normaux, font certes la une de la presse people, mais auront du mal à gagner de l’autorité une fois qu’ils auront quelque chose à dire.
Les gens comme vous et moi savent très bien, en règle générale, ce qu’ils attendent d’un prince (ou, puisque nous vivons en République, de la famille du chef d’état), comment ces gens là-haut doivent se comporter et ce qu’ils ne doivent surtout pas faire. Pareil pour le Royaume de Dieu  : les gens de l’extérieur, les non-chrétiens, ont des attentes bien définies à l’adresse des chrétiens, ils savent très bien ce qu’un chrétien ne fait pas, et comment les chrétiens doivent être.
Car c’est de l’être qu’il s’agit. On a beau porter un nom de noblesse, si l’on n’est pas noble pour trois sous cela ne vaut rien. Il faut qu’à la noblesse de nom, se joigne la noblesse d’esprit. Certes, toutes les attentes et exigences des non-chrétiens ne sont pas justifiées. En fidèles lecteurs de la Bible, nous devrions savoir par nous-mêmes comment doit être un chrétien. Le savoir-vivre chrétien est justement de faire converger le nom et l’être, de ne plus dire « je suis chrétien, mais je me permets… », mais de toujours pouvoir dire « je suis chrétien, et donc je fais ceci et je refuse cela. »
Ne perdons pas de vue que ce n’est pas parce que nous nous comportons de la sorte que nous sommes chrétiens, mais au contraire parce que Dieu nous a choisis et a fait de nous ses enfants. Et par conséquence de cette adoption, nous adaptons notre comportement à ce que nous sommes déjà, avec l’aide du Saint Esprit qui habite en nous, et auquel nous nous préparons en saint temple.
Chers amis, nous sommes des princes et princesses. Sans couronne autre que la couronne d’épines, mais intégrés dans la noblesse la plus haute et inscrits dans un Gotha tout particulier, le Livre de la Vie. Vivons cette noblesse au quotidien, suivant l’image que le Christ nous a donnée.
Et la paix de Dieu, qui dépasse toute raison humaine, gardera vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.

Publicités