le baptême – et après ?

Chants : ARC 67  ; 562  ; 574  ;

Lectures : AT : Es. 43, 1-7

Epître : =pr. Évangile : Mt. 28, 16-20

PR : Ac 8, 26-39

C’est bien de lire la bible  ! Rassurez-vous, je ne vais pas vous demander si vous ouvrez votre bible tous les jours, et combien de temps vous passez avec elle. Je vais partir de l’idée que vous l’ouvrez de temps en temps au moins, que vous y lisez un passage, et que vous essayez de comprendre ce que vous lisez et ce que Dieu veut vous dire par ce passage. Au minimum, il y aurait la lecture biblique du culte du dimanche.

L’homme au centre de notre épisode, c’est un homme qui s’intéresse énormément à la Parole de Dieu. Il n’est pas juif, car la Loi de Moïse interdit à tout juif la castration, même du bétail, et interdit d’accepter des prosélytes eunuques. Néanmoins, notre homme a fait un grand voyage pour être au plus près possible des cultes du Temple. Et il a acheté un livre, le livre du prophète Ésaïe. Ésaïe n’est pas le premier prophète, même pas le premier parmi ceux qui donnent leurs noms à un livre, mais son livre est le plus gros de tous les livres des prophètes, et ses paroles peuvent être considérées comme les plus importantes en vue du Christ. C’est le prophète le plus cité dans les lectures du dimanche, que ce soit selon les lectures avant le concile ou selon les lectures actuelles.
Et donc, il lit. Est-ce qu’il a appris l’hébreu, ou est-ce qu’il a acheté une copie en langue grecque, faisant partie de cette traduction qu’on appelle « Septante »  ? Nous n’en savons rien. Luc, dans son récit, cite la Septante qu’il connaît, mais ce n’est pas un indice. Nous citons bien les traductions Segond ou TOB que nous connaissons bien, ou Luther en allemand, ou en anglais peut-être la King James Bible, et en néerlandais – je vous prie de me pardonner les erreurs de prononciation – la Statenbijbel ou la Nieuwe Vertaling… des traductions bibliques qui font partie de notre tradition, de notre patrimoine. Qui sont peut-être aussi expression d’une identité confessionnelle, car les Églises protestantes utilisent souvent d’autres traductions que l’Église catholique romaine.
De nos jours, les traducteurs et les éditeurs se donnent beaucoup de mal pour traduire la Bible dans une langue au plus proche de notre langue quotidienne. Mais que ce soit la Bible en Français Courant ou Hoffnung für Alle ou Bijbel Levensecht, souvent ce n’est pas la traduction qui nous empêche de comprendre ce que nous lisons, mais un manque de connaissances. Car souvent, l’auteur d’un passage biblique connaît bien d’autres textes bibliques auxquels il se réfère, et fait allusion à un tas de choses bien connues aux lecteurs de son époque mais que nous ignorons. Que savons-nous du comportement d’un mouton qu’on amène à la tonte  ? Quelles sont nos connaissances de la culture de vignes  ? Quand j’étais jeune, je n’avais jamais vu un figuier, je vivais dans un pays trop froid. Les vignes, c’est bien ailleurs qu’on les cultive…
Notre ministre éthiopien a un autre problème, semble-t-il. Il comprend les mots qu’il lit, mais il n’en perçoit pas le sens théologique. Ce qui n’étonne guère, ces paroles – une partie du 2e chant du serviteur de Dieu – bouleversent l’image qu’on peut se faire des hommes qui servent Dieu. On aurait tendance à les croire prospères, de bonne santé, porteur de tous signes extérieurs de la bénédiction de ce Dieu qu’ils servent.
Mais Ésaïe nous dit bien le contraire. Et le ministre est irrité. Philippe, qui passe par hasard, et comme souvent le hasard est fruit de l’intervention de Dieu, Philippe ne tarde pas à mettre le doigt dans la plaie  : c’est bien de lire, mais est-ce que tu comprends ce que tu lis  ? La réponse va un peu à l’encontre de cette thèse bien réformée selon laquelle chaque lecteur de la Bible est capable de la comprendre. « Je ne peux pas la comprendre, puisque je n’ai personne pour me l’expliquer », dit le ministre.
Et voilà. Heureusement que Philippe est là, qu’il passait par là… et le ministre ne sait pas que toute une organisation divine a été nécessaire pour amener Philippe à cet endroit. Philippe est là, et sur ce char, cette voiture lourde de voyage ministériel, Philippe fait ce qu’on peut qualifier d’une des premières études bibliques de l’Église chrétienne.
A ce point des réflexions, je trouve qu’il est vraiment dommage que nous n’ayons pas d’Étude Biblique durant les mois d’été. Mais que voulez-vous, c’est une tradition en France d’arrêter quasi toute la vie quotidienne entre le 1er juillet et le 31 août…
Donc, une étude biblique. Et, de plus, une étude biblique particulière, car même si on peut supposer que le cocher du ministre ne peut pas éviter d’entendre les échanges des deux hommes, rien ne dit qu’il y prête une attention particulière. Et il fait ce qui peut horrifier les rabbins de son époque et même quelques pasteurs de nos temps  : il réécrit radicalement l’interprétation de ce texte vieux de 600 ans, et lui donne une signification toute nouvelle en disant que le serviteur souffrant de Dieu, c’est Jésus le Christ.
En partant de ce passage, il brosse donc une grande image du Christ, de sa mort et de sa résurrection et de ce que tout cela signifie. Cet enseignement doit être impressionnant, car pour le ministre, il est évident  : il faut que je sois baptisé. Ah, si nos témoignages avaient autant de résonance, au moins de temps en temps  ! Mais c’est plutôt le grand chagrin des catéchètes, et avec eux des pasteurs, que la plupart des jeunes qui suivent nos catéchèses n’en sont pas très touchés, et que si l’un d’eux demande le baptême, c’est plutôt parce que les autres, lors de leur confirmation, auront beaucoup de cadeaux, ces autres auxquels on n’a rien demandé en les baptisant enfants.
Et souvent, il ne faut pas non plus regarder de trop près les parents qui les amènent au baptême, car leur motivation est loin de celle de notre ministre. Le baptême, pour beaucoup, fait partie des fêtes familiales de passage, et n’a pas de sens au-delà du jour de fête.
Le ministre eunuque, lui, est à l’opposé de cette vision des choses. La parole de Dieu l’a touché, il a commencé à faire confiance à Jésus-Christ, celui qui fut mort et voici, il vit. Puisqu’il est ainsi, il veut être baptisé. Il n’aura ni parrain ni marraine, il n’y aura ni la famille ni les amis, et pas de grand banquet après le culte. Tout simplement, il sera plongé dans l’eau au nom du Christ. Mais, ce baptême le marquera pour toute sa vie. Nous lisons qu’il poursuit son chemin dans la joie, et cette remarque ne se limite certainement pas aux quelques kilomètres jusqu’au motel où il passera la nuit. Toute sa vie a eu une nouvelle lumière, est devenue plus joyeuse. Celui qui jusqu’alors se savait exclu du peuple de Dieu – même si, un peu après le passage qu’il lisait avec Philippe, se trouve un texte qui rend plus de considération aux eunuques – maintenant il est un privilégié. Dans la famille des enfants de Dieu, on ne fait pas de différences pour des handicaps, des estropiés, il n’y a pas d’invalides. Ils sont tous aimés par Dieu, et peut-être aime-t-il même un peu plus ces délaissés de notre société parce qu’ils en ont tant besoin.
Et moi, j’ai quand même un handicap par rapport à cet eunuque  : j’ai été baptisé tellement petit que je n’en ai pas le moindre souvenir. J’imagine que c’est pareil pour beaucoup d’entre vous. Nous ne pouvons donc pas reconforter notre foi par le souvenir de ce moment unique de notre vie. Et pourtant, ce serait parfois nécessaire, comme l’écrit Luther à un ami  : « si le diable te tracasse, renvoie-le en lui disant  : je suis baptisé, je porte le signe du Christ, tu ne peux rien me faire. » Il n’est pas facile de vivre en relation avec un baptême dont nous n’avons pas de souvenirs directs. Certes, il y a peut-être un certificat, peut-être des photos, ou les parents, oncles et tantes qui nous en ont parlé. Mais ce n’est pas pareil. Cependant, Luther n’en a pas de souvenir non plus. Il s’en est créé une conscience. Et c’est possible pour nous aussi. De nous rendre conscients du fait d’être baptisés, de porter le nom du Christ, d’être appelés, de la bouche de Dieu, par notre nom, d’appartenir à lui. La conscience du baptême – elle nous aidera, je l’espère, à continuer notre chemin dans la joie.
Amen.

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