Va, lève-toi !

Chants : ARC  33, 1.2.5  ; 415  ; 212  ;
Lectures : AT : =pr
Epître : 1Cor 1, 18-25 Évangile : Lc. 5, 1-11
PR : Gen. 12, 1-4a (lu pendant la prédication)

Avant de vous lire le texte de prédication, je veux vous poser une question. Je crois que parmi nous, il y a des personnes qui sont nés ici à Saint Palais, à Vaux, à Saint Sulpice, à Breuillet, à Saint Augustin ou encore à Royan. Si vous pouvez lever la main  ?
Et qui est né dans un rayon de 50km  ?
En Poitou-Charentes  ?
En France  ?
Qui est né à plus de 1000km d’ici  ? (Moi.)
Et, comme ce n’est pas la même chose d’aller loin pour des vacances, ou d’émigrer dans un pays inconnu  : Qui habite à plus de 1000km de sa maison d’enfance ?
Ecoutons un bref récit du livre de la Genèse, au 12 chapitre  : lecture du texte de prédication
D’après l’information qui suit notre petit passage, Abram a 75 ans quand il quitte Harran. Il a donc passé la première jeunesse, même si l’on veut croire que les années de la Genèse ne correspondent pas tout à fait à nos années à nous. Avec son père, il était venu à Harrân quand il était jeune homme, il s’y était installé. Maintenant, à un âge mûri, Dieu lui demande de quitter sa famille, de quitter tous les liens qu’il avait tissé avec son père, son frère et son neveu.
C’est une loterie pour Abram. Quelqu’un vient vers lui, lui demande un engagement et lui propose le ciel et la terre en récompense – au sens propre des mots. Alors, Abram doit choisir.
D’un côté, il y a la famille, l’entreprise familiale, le nom et la renommée qu’il s’est créés durant ces années à Harrân, la protection du status de citoyen, un avenir prospère – mais sans héritier, car sa femme Saraï est stérile.
De l’autre côté, il y a un avenir plus qu’incertain, la solitude, le statut de migrant exposé à tous et à tout, sans la moindre chance de pouvoir appeler en aide sa famille ou ses amis. Mais il y a la promesse de Dieu, promesse de protection et de bénédiction – et attention, à l’époque, on pesait ses mots en parlant de bénédiction, la bénédiction d’un Dieu puissant, c’est plus fort que toutes les armes humaines  ! – et en plus, la promesse d’une descendance  !
Il y a beaucoup à perdre, et tout à gagner. Mais quand je dis « tout », c’est que vraiment rien n’est acquis d’avance, du pain quotidien à la sécurité de la nuit, du respect des seigneurs des alentours au droit d’accès à l’eau.
Abram se décide à relever le défi. Il oublie ce qui est derrière lui, il laisse son père et son frère, il prend ses brics et ses bracs, sa femme, son bétail et aussi son neveu, et il part. Il part vers un destin inconnu mais promis. Abram n’est pas un homme qui croit tout, qui accepte tout, qui se laisse manipuler. Mais il fait confiance à la parole de Dieu.
C’est à cette confiance, à cette foi que Jésus fait allusion quand il dit du centurion romain, « je n’ai pas trouvé telle foi parmi les enfants d’Israël ». Le centurion, lui, ne demande ni preuves, ni gestes, ni même la présence physique de Jésus  : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! » Nous autres protestants avons parfois reproché aux frères catholiques d’avoir retourné cette phrase dans leur liturgie en disant « dis seulement une phrase, et mon âme sera guérie ». Mais n’est-ce pas là l’état d’esprit d’Abram  ? Sa vie est figée, elle a des racines et de belles fleurs, mais elle est condamnée à rester sans suite, sans descendance, sans progéniture. Et là, Dieu vient vers lui et ne lui dit qu’une parole  : Lève-toi, prends ce qui t’appartiens, et vas vers la terre que je t’indique. Et Abram se lève, en sachant que par cette seule parole de Dieu, sa vie sera guérie. Elle aura une fin, un sens, car à quoi bon travailler et gagner beaucoup si on n’a personne à qui le transmettre  ? A quoi bon acquérir beaucoup de connaissances et d’expériences, si on n’a personne à qui les partager  ?
C’est là que nous sommes questionnés. Si nous sommes réunis ce matin dans ce temple, je suppose que chacun de nous a entendu, à un moment de sa vie, l’appel de Dieu. Mais la question s’impose  : où en sommes-nous  ? Est-ce que nous avons eu le courage, comme Abram, de laisser derrière nous une vie ancienne, et de partir vers de nouveaux horizons  ? Je ne parle pas forcément de distances en kilomètres, car je peux bien témoigner qu’à des centaines de kilomètres de chez soi, on peut bien trouver la même situation qu’à la maison. Non, la question est plutôt  : où en est notre cœur  ? Est-il parti sur la piste de l’appel de Dieu, ou est-il resté figé chez lui, comme dans un bon fauteuil bien agréable  ?
La question s’adresse aussi à nous, paroisse de Saintonge-Océan. Je suis probablement le dernier arrivé dans la paroisse, je n’en connais pas vraiment l’histoire et les origines, mais j’ai déjà pu voir qu’il y a un patrimoine important. Cinq temples qui fonctionnent, un sixième qui ne sert plus comme tel, une maison paroissiale, un magnifique presbytère… et beaucoup de souvenirs, des temps de jadis, des pasteurs d’autrefois, d’activités auxquelles on participait, de compagnons de chemin qu’on ne voit plus… tout un Harrân pour nous. Mais si les anciens ne voulaient pas appeler « église » les lieux de prière, c’était pour nous rappeler constamment que l’Église n’est pas quelque chose de figé, de taillé dans le marbre, qu’au contraire elle est toujours vivante comme un être humain, et qu’elle n’existe qu’en vivant. Et pour vivre, nous ne devons pas rester dans notre temple. Une Église vivante n’en reste pas aux dimanches. Ses membres, ses organes vitaux si j’ose dire avec l’apôtre Paul, doivent sortir des quatre murs, aller à l’air frais. Dieu nous demande le courage de quitter nos lieux. Jésus nous demande, comme il l’a demandé aux pêcheurs, de mettre en question nos occupations habituelles. La grâce de Dieu se renouvelle tous les matins, comment pouvons-nous insister pour garder nos habitudes d’hier  ?
Dieu ne nous demande cependant pas de laisser derrière nous tout ce qui nous est cher. Comme Abram prend tout son ménage, nous pouvons avancer avec nos souvenirs, nos expériences et pourquoi pas les cinq temples, le presbytère et la maison paroissiale  ? Tant que tout cela peut nous servir, autant l’utiliser. Ce n’est pas parce qu’on peut boire dans la main creuse qu’Abram jette les gobelets. Mais la cruche que la tante utilisait, mais qui aujourd’hui est fendue et cassée, rien ne nous oblige à la garder. Elle nous encombrerait sur le chemin sans pouvoir nous être utile. Ne nous lions pas à ce qui ne peut plus servir  ! Soyons disponibles à l’appel du Dieu vivant aux membres vivants du Christ  !
Amen.

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