prédestinés…

Chants : NCTC 99  ; 253  ; 240  
Lectures : AT : Es,6 . 1-13
Epître : Rom. 11, 33-36 Évangile : Jn. 3, 1-8
PR : Eph. 1, 3-14

En ce début de l’Épître aux Ephésiens, l’apôtre récapitule l’enseignement chrétien en une phrase. Vous ne l’avez pas remarqué, car tous les traducteurs français découpent cette phrase en plusieurs, mais Paul a vraiment écrit tout ce que vous venez d’entendre d’un seul trait, en une seule phrase. Quelle maîtrise du grec qui n’est pas sa langue maternelle – et quel souffle pour celui qui doit lire ce texte devant l’assemblée d’Ephèse  !
Une seule phrase pour redire toute l’histoire du salut, non pas de façon historique, en l’an x telle chose est arrivée, mais par motifs théologiques. Dieu nous a bénis en Jésus dans les cieux  ; il nous a choisis avant la création du monde (que personne ne me dise que Dieu ne fait pas de projets avec les humains  !), il a décidé de faire de nous ses enfants adoptifs. Encore en Jésus il nous a comblés de grâce et nous a pardonné les péchés. Il nous a transmis sa volonté, ses plans pour préparer la 2e venue du Christ, dans la gloire et comme roi du monde entier. Il nous a rendus héritiers du royaume, il nous a annoncé son Évangile. Vous avez remarqué combien de faits se sont produits avant que nous ayons eu le premier contact avec Dieu, avec l’Évangile de Jésus-Christ  ? Nous sommes au verset 13, onzième de notre passage, et c’est seulement maintenant que l’annonce de l’Évangile que nous avons entendue est mentionnée. Puis, nous avons cru, et nous avons été marqués du sceau de l’Esprit, donc du baptême. Et à la fin, nous prendrons effectivement possession de l’héritage qui nous est destiné.
Dieu a fait tout cela pour nous. Et pourquoi  ? A quoi tout cela lui sert-il  ? Pourquoi nous offre-t-il sa grâce, ses bienveillances que nous n’avons pas méritées  ? Au verset 10, nous lisons la fin du grand plan divin  : réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.
Donc, tout ce qui se passe entre Dieu et les hommes, vise cette fin de l’histoire. C’est énorme. Peut-être pas pour tout le monde, et peut-être cette idée est-elle tellement gravée dans vos mémoires qu’elle ne vous dit pas grand’chose de nouveau. Mais pour beaucoup d’hommes et femmes, ce fait est inouï. Car ils n’ont aucune idée à quoi pourrait servir leur existence, et ne vivent qu’au hasard. Vivre ainsi sans avenir, c’est pire que le grand âge qui n’attend plus rien, sauf justement la fin. Vivre sans avenir, c’est le désespoir incarné. Tous les jours se ressemblent, et tu ne sais pas pour quoi ou pour qui tu fais tout ce que tu fais. Si tu ne vas pas travailler, ça intéresse qui  ? Si tu meurs, qui pleurera  ? A condition que du sois trouvé, on entend de plus en plus souvent que des gens restent morts dans leurs appartements pendant des semaines où personne ne s’en soucie…
Dieu nous donne un but à viser, un à-venir. L’à-venir le plus merveilleux qui soit, son fils Jésus-Christ. Il nous donne un sens pour notre vie, une orientation, nous n’avons qu’à l’accepter et suivre…
Nous lisons aussi dans notre texte que Dieu n’a pas fait tout ça rien que pour nous, qu’il a bien pensé à lui-même. Car plusieurs fois, nous lisons qu’il a fait ce projet à la louange de sa gloire, que nous sommes prédestinés à la louange de sa gloire.
Nous n’avons pas à sauver le monde. Nous n’avons pas à être des dieux. Nous n’avons pas à nous faire des nuits blanches pour tout le mal qui est fait dans ce monde, ou à cause de tous les soucis que nous pouvons nous faire pour nos proches, nos enfants, nos parents. Nous n’avons pas à gouverner la terre. Ce n’est pas là notre destin, sauf si nous insistons à vouloir faire ce que Dieu ne nous a pas inscrit dans le cahier des charges.
Serait-ce une incitation au quiétisme  ? A nous retirer dans nos temples pour chanter des cantiques pour lire la Bible, et pour laisser le monde dehors faire et devenir ce qui bon lui semble  ? N’avons-nous point de responsabilité pour les autres  ? Ah, ce serait trop beau – et trop diabolique. Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde, vous vous souvenez  ? Certes, il se peut que quelques personnes soient appelées à ne rien faire d’autre que de chanter les louanges de Dieu. Mais ils sont l’exception à la règle. Nous avons vocation et destination à une vie dans le monde, en contact avec le monde qui ne connaît pas Dieu. Ce monde si fade et si terne sans avenir a besoin de nous pour l’épicer et pour l’éclairer. Dieu veut de nous pour toucher un monde qui ne veut pas être touché par Dieu. Il veut que nous soyons témoins de sa gloire et de sa grâce. Or, je ne sais pas si vous connaissez « Speakers’ Corner » à Londres. C’est un endroit où n’importe qui peut se poser, peut tenir un discours aux passants et essayer de les intéresser. A condition de ne pas parler de la reine. Bien sûr, il peut parler de Dieu. Paul a fait pareil à Athènes. C’est une façon de parler de Dieu aux gens, mais je crains qu’elle ne soit plus très efficace de nos jours. Ce qui compte beaucoup plus aux yeux de nos contemporains, c’est le témoignage par notre vie et notre être. Le témoignage par un engagement responsable, par un engagement fiable pour le bien des humains, dans le respect des autres et notamment des faibles. Témoignage par notre disponibilité, par notre présence réelle, par notre aide, par une parole sur laquelle on peut compter.
Voilà notre part dans le grand projet de Dieu pour la création. Maintenant, c’est à chacun de trouver sa place dans cette fourmillière, à trouver la tâche qui lui est particulièrement destinée. Ce n’est pas forcément facile à trouver, c’est vrai. Mais en priant Dieu, nous avons sa promesse qu’il nous répondra d’une façon ou d’une autre.
Et nous avons une tâche commune. La louange et la gloire de Dieu ne se disent pas uniquement par nos actes dans la société, dans la famille, entre amis. Elles se disent aussi par les prières et les chants de louange. C’est donc notre charge noble, et j’espère une joie pour nous, de chanter la louange de Dieu, de le bénir comme il nous a bénis déjà avant la création du monde.
Amen.

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