Libérés pour ne pas s’enfouir…

Chants : NCTC 33, 1.2.5  ; 149  ; 98  
Lectures : AT : Es.12, 1-6
Epître : Col. 3, 12-17 Évangile : Mt. 11, 25-30
PR : Ac 16, 23-34
Pendant la lecture, les catéchumènes vont mimer la scène, et la prédication a été élaborée avec leurs apports.
Lecture du texte
Il y a un miracle. Ça, nous étions tous d’accord. Qu’est-ce qu’un miracle  ? Un miracle, c’est quand Dieu est à l’oeuvre. Et Dieu est à l’oeuvre dans notre passage, sans aucun doute. Mais nous n’étions pas si sûrs à quel moment se situe le miracle, s’il n’y en a pas deux… par contre, une chose est certaine  : là où Dieu est à l’oeuvre, nous risquons d’être surpris.
Et notre histoire ne manque pas de moments surprenants. Bon, tout au début, Paul et Silas se font rosser puis jeter au trou, les pieds au bloc. Ça n’a rien de miraculeux, c’est tout simplement douloureux. Si nous avions du mal à accepter que Paul se vante de ne pas se vanter des supplices qu’il endure pour le Seigneur – relisons ce passage. Nous vivons des temps paradisiaques, par rapport à Paul.
A minuit, nous trouvons Paul et Silas, les pieds dans le bloc, qui ne gémissent pas, mais qui louent Dieu et chantent Alléluia à tue-tête. C’est déjà bien plus miraculeux, plus surprenant que de les voir arrêtés. Les autres détenus les écoutent  ; apparemment, personne ne réclame de pouvoir dormir…
Peu après, un tremblement de terre, une violente secousse ébranle les fondements de la prison. Les portes dégondées, les blocs cassés, les chaînes sortis des murs – les prisonniers sont libres. Miracle, pas miracle  ? Des tremblements de terre arrivent. Mais n’est-il pas dans le plan de Dieu que la terre tremble juste à ce moment-là  ? Le gardien, le geôlier, réveillé par le bruit, voit sa prison en ruines. Mon Dieu, les prisonniers se sont enfuis  ! Les juges vont me demander de répondre à leur place, de porter leurs condamnations. Mieux vaut mourir tout de suite, que de vivre le supplice, la torture  !
Au moment de se tuer avec son arme de service, il entend la voix tonitruante de Paul  : « ne te fais pas de mal, nous sommes tous là ! » Voilà un autre miracle  ! Le geôlier va voir ce qu’il n’arrive pas à croire, et comme tout est vrai, il se met à soigner les blessures de Paul et Silas. En même temps, il cherche un soin de son âme. Lui, qui exécute les peines des autres, cherche maintenant à être sauvé, délivré. Et eux, dont il a lavé, nettoyé, désinfecté et purifié les plaies du châtiment, ils le baptisent avec toute sa famille. Encore un miracle, sinon deux.
L’action de Dieu se manifeste donc de plusieurs façons, mais toujours avec le même motif  : libérer un être humain de ce qui l’attache, et lui offrir une liberté inouïe, jamais vue.
D’abord la liberté physique. Elle est offerte à Paul et Silas, libérés de leurs chaînes et blocs, ainsi qu’à tous les autres prisonniers. Sans demander s’ils sont coupables ou pas, Dieu leur offre la liberté inconditionnelle. Et, par là, la vie, car à l’époque les peines d’incarcération n’existaient pas  ; les prisonniers attendaient la mort.
Mais ils trouvent encore une autre liberté, une liberté telle que les murs, les chaînes, les entraves ne peuvent plus leur faire peur. Ils sont tellement libres qu’ils peuvent, volontiers, rester sur place. Et ainsi sauver la vie du geôlier, qui ne voulait pas être libéré de la prison qu’il devait garder, et encore moins être privé de ses prisonniers. Ces derniers sont libres de toute peur, de l’oppression des juges, libres de la crainte de la prison, et peuvent librement participer à la libération du geôlier.
Ses chaînes à lui, ses entraves bien à lui sont d’autre nature. Invisibles. Il est enfermé dans la peur des stratèges, dans le pouvoir que les stratèges lui donnent sur les prisonniers, dans tout un système de contrôle total, d’emprise, de violences. Il est pris dedans, et il ne sait plus comment en sortir. Ce qu’il sait, c’est que ce système ne le mène à rien. Et donc, sa première question quand il se rend compte de sa situation, est « qu’est-ce que je dois faire pour être sauvé ? » Qu’est-ce que je dois faire pour être délivré de la peur, du pouvoir que les autres ont sur moi  ?
La réponse est aussi simple à dire que difficile à réaliser  : Crois au Seigneur Jésus. Et ce qui suit ne peut pas s’être passé tout en même temps, et quand même l’auteur nous le raconte « en même temps ». Le geôlier, le commandant de la prison, devient écolier, discipline, catéchumène des deux prisonniers qui lui apprennent les bases de Jésus-Christ. Il lave les plaies des deux hommes, nettoie, purifie leurs blessures, il les lave des traces du châtiment, de la prison. Eux, ils le baptisent, le lavant ainsi de toute sa vie antérieure, de tout ce que la Bible appelle péché, qui le sépare de Dieu. De tout châtiment infligé par le Mal.
Avec les confirmands, nous avons, hier et la semaine dernière, réfléchi sur le sens, je devrais dire les sens du baptême. L’histoire de Paul et Silas dans la prison de Philippes nous donne bien des indices. Il nous invite à réfléchir au sujet de notre propre baptême. Quelle importance dans notre vie quotidienne d’être baptisés  ? Est-ce que le Christ a pu nous libérer de tout ce qui nous enchaîne, de tout ce qui nous fait peur, de tout ce qui nous tient à poings de fer  ? Libérés à toutes bonnes choses, comme les prisonniers de cette prison qui peuvent rester sur place pour sauver la vie d’un homme, même au risque de perdre la leur  ?
Mais aussi  : quelles sont les contraintes, les obligations, les devoirs que nous nous imposons nous-mêmes, parce que nous croyons que c’est comme ça qu’il faut faire, ou parce que nous croyons que si nous ne le faisons pas, le monde s’arrêtera de tourner  ? Qu’en est-il des coups dont nous nous flagellons parce que nous avons encore échoué, parce que encore nous n’avons pas réussi à suffire à nos propres exigences  ?
Dieu peut nous libérer de tout cela, encore et encore. Il peut. Encore faut-il que nous le laissions faire. Un bon début serait de ne pas nous étaler en plaintes sur notre état et combien nous allons mal, mais de le prier, de lui adresser nos demandes, et surtout de ne pas oublier de le louer pour tout ce qu’il fait pour nous, pour tout ce qu’il est pour nous.
Amen.

Publicités