camarade ou ami

Chants : ARC 66  ; 252  ; 228  ;
Lectures : AT : Gen. 1, 1-4a.26-2,4a
Epître : 1Jn 5, 1-4 Évangile : Jn 15, 1-8
PR : 2Cor 4, 16-18

A lire le premier verset, on pourrait croire que Paul chante l’éloge du vieillissement  : le corps se dégrade, l’esprit gagne en sagesse. Pour la première partie, c’est peut-être une consolation que Paul aussi connaissait les petits soucis du vieillissement, les yeux qui baissent, les articulations douloureuses, l’arthrose, le surpoids, l’oreille un peu dure… et ce qu’il y a d’autres petits bobos et grands soucis dûs à l’âge.
La seconde partie serait plutôt une consolation, si le corps fait de moins en moins comme nous le souhaitons, au moins l’esprit gagne en sagesse, nous arrivons à de meilleurs résultats tout en ayant moins de forces parce que nous savons bien faire.
Or, là, Paul nous arrête. C’est un langage un peu inhabituel qu’il emploie dans cette 2e lettre aux Corinthiens, à cette jeune communauté si zèlée à servir le Christ, et si menacée de rater la cible. Au lieu de parler de la vie du monde présent et de celle du monde futur, il parle de l’homme extérieur et de l’homme intérieur. Il lui est important de souligner pour les Corinthiens qu’il n’y a pas d’avant et après, mais que tout en restant dans ce monde, nous sommes aussi dans le royaume du Christ. Le royaume du Christ n’est pas la chose à attendre, ou encore l’événement qu’il faudrait faire avancer, le royaume du Christ est présent parmi nous. Il est là, et nous sommes déjà hommes nouveaux et femmes nouvelles, tout en étant encore dans ce monde des tables et chaises, comme disait un cher collègue. Nous restons dans le monde matériel, alors que nous évoluons déjà dans le monde spirituel. Mais le corps matériel se détériore (nous en sommes témoins, chacun pour soi-même), alors que l’homme spirituel, qui habite ce corps matériel, devient de plus en plus concret, de plus en plus dominant.
Ne nous trompons pas  : cette croissance de l’homme spirituel n’est pas due à dame nature. Elle n’est pas non plus le fruit d’exercices spirituels, de jeûnes et rites. Elle est un cadeau de l’esprit-Saint. Mais, si ce cadeau nous est offert, nous pouvons prier pour le recevoir plus vite, en de plus fortes doses. Et nous pouvons prier pour d’autres, pour qu’ils le reçoivent également.
C’est ce que font Paul et ses compagnons de route. Ils prient pour les amis de Corinthe. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour que les chrétiens corinthiens grandissent spirituellement. Et ils n’arrêtent pas, ne fatiguent pas à prêcher l’Évangile de Jésus-Christ partout où ils vont.
En prêchant, ils rencontrent beaucoup de gens. Les uns apprécient leur engagement, ils se laissent toucher par le message libérateur de l’Évangile et se joignent à la communauté chrétienne. Les autres, non. Ils ne sont pas appelés par l’Évangile, ils sont plutôt contre cette prédication. S’il s’agit d’hommes puissants, ils feront tout pour que Paul et ses camarades ne puissent pas continuer leur mission, ils les font incarcérer – et les prisons d’époque sont de vrais trous à rats – et plus d’une fois les menacent de la peine capitale.
Dans notre pays, la peine capitale est abolie. Heureusement. Il y règne une certaine paix religieuse, mais en même temps on peut se demander si les représentants de la République n’ont pas autant peur des chrétiens croyants que les dirigeants du temps de Paul. Certains parmi eux sont très fervents à empêcher toute parole religieuse dans l’espace public, alors que cette restriction serait complètement contraire à la laïcité et la liberté religieuse qu’impose la constitution.
Aujourd’hui, les catéchètes dont nous allons reconnaître le ministère dans quelques minutes, sont peut-être les missionnaires comme Paul et ses compagnons à l’époque. Ce sont eux qui rencontrent un certain nombre de personnes pour leur parler de Dieu, pour leur enseigner l’Évangile et susciter, avec l’aide de Dieu, en eux l’amour pour le Christ. Ces personnes sont nos enfants, nos adolescents. Souvent, ils sont contents de pouvoir apprendre de Dieu. Mais parfois, nos catéchètes se trouvent confrontés à des oppositions. Non pas qu’ils soient menacés de prison et de mort, comme Paul, heureusement. Ils se trouvent confrontés, et notamment avec les adolescents, à ce mélange explosif de désintérêt ostentatif, de recherche d’un vrai ami et confident, soumis à un code de ce qui se fait ou ne se fait pas qui est propre aux adolescents et impénétrable pour les adultes tout comme les codes des adultes semblent inaccessibles pour les jeunes…
Ils sont conscients que c’est d’eux que dépend si les jeunes d’aujourd’hui garderont un souvenir positif du caté, donc de l’Église et finalement de l’Évangile, ou si c’est, comme pour beaucoup de générations avant eux, le souvenir d’un enseignement parascolaire, où « ça ne rigolait pas », et qui est pour beaucoup dans le fait qu’aujourd’hui les parents de nos catéchumènes se font rares dans les temples.
Paul vous dit  : « ne perdez pas courage ! » Les déceptions ne sont que passagères, et vous n’êtes pas appelés à être copains des adolescents, mais de vrais amis. Or, qu’est-ce qui fait la différence  ? Sur un forum de jeunes, j’ai lu  : « un vrai ami, ce n’est pas celui qui t’engueule quand t’as fait une bêtise, un vrai ami ira te sortir de prison, et tout ce qu’il demandera c’est si tu t’es bien marré. » Or, il n’y a pas plus faux amis que ça. Un vrai ami, au contraire, essayera de te dissuader avant que tu commences une bêtise, il ne cherchera pas le plaisir mais ton bien. Un vrai ami pourra te sortir de prison, mais il ne t’encouragera pas à recommencer.
Parfois, les vrais amis sont difficiles à supporter… mais plus tard, on se rendra compte qu’ils ne cherchaient pas notre amusement mais notre bien. Et si nous portons nos jeunes dans nos cœurs, ils s’en souviendront, bien plus que d’un copain qui faisait ce que les ados attendaient de lui. L’amusement, c’est du provisoire, il fait partie de la vie et c’est bien de partager non seulement l’enseignement catéchétique avec les jeunes, mais aussi les fous-rires, des repas, des corvées de vaisselle. Ce que nous recherchons, par contre, c’est de partager avec eux ce qui ne se voit pas.
L’Évangile, la foi en Christ, ne se voit pas. Nous devons le partager, en paroles et en gestes, et Dieu voulant, nos actions porteront des fruits. Des fruits que probablement nous ne verrons pas, car ils adviendront quand les jeunes d’aujourd’hui seront des adultes, qui vivent ailleurs, dans les six coins de la France ou même au-delà.
Nous devons nous contenter de partager notre foi, d’être vrais en tout ce que nous disons et faisons, et d’espérer que notre homme intérieur, notre existence spirituelle devienne de plus en plus fort et reflète de l’amour de Dieu.
« Souvenez-vous de vos conducteurs, dit l’épître aux Hébreux, souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Considérez quel est le bilan de leur vie et imitez leur foi. » En reconnaissant le ministère de nos monitrices d’École du Dimanche et catéchète, nous sommes appelés aussi à nous souvenir de ceux qui avant eux, avant nous étaient chargés de cette mission, qui nous ont fait connaître l’Évangile et l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Ayons une pensée reconnaissante pour eux, en rendant grâce à Dieu qu’il leur a fait croiser nos chemins. Et n’abandonnons pas à leurs charges nos catéchètes et monitrices d’aujourd’hui  ! Ils ont besoin de notre soutien, par la prière, par les conseils et l’intérêt sincère pour leur service. N’oublions pas non plus qu’au-delà de tout ministère d’Église, nous sommes tous disciples et catéchètes mutuellement, et je veux rendre grâce à Dieu non seulement pour les catéchètes que j’ai pu rencontrer dans ma vie, les enseignants de théologie, maîtres de stage et autres pasteurs, mais pour un grand nombre de chrétiennes et chrétiens qui me sont devenus ce que l’épître aux Hébreux appelle « conducteurs », qui m’ont témoigné de l’amour de Dieu. Des hommes et femmes dont peut-être le corps extérieur était défaillant, mais dont l’existence spirituelle rayonnait de la lumière de Dieu. Que Dieu nous permette d’être des diffuseurs comme eux – non pas pour nous-mêmes, mais pour ces jeunes, pour tous ceux qu’il veut illuminer de son amour  !
Amen.

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