prenez garde des gardiens !

Chants : ARC 23  ; 457  ; 622, 1-4  ;
Lectures : AT : Ez. 34, 1-2.10-16.31
Epître : 1Pi 2, 21b-25 Évangile : Jn 10, 11-16(27-30)
PR : 1Pi 5, 1-4

« J’exhorte donc les anciens qui sont parmi vous », écrit l’apôtre. En lisant ces mots et tout ce passage, j’ai presque peur que la plupart de vous ne se sentent pas concernés… car visiblement, les « anciens », ce sont les conseillers presbytéraux, et peut-être l’un ou l’autre parmi vous se souvient-il que « presbytéral » veut dire « ancien ».
Et vous n’auriez pas tort, car Pierre s’adresse d’abord aux hommes portant la responsabilité pour la communauté. C’est à eux qu’il recommande de veiller sur la communauté, de le faire de bonne volonté et non pas par obligation, à contre-coeur. C’est à eux qu’il défend d’exercer leur ministère comme un pouvoir, comme une gouvernance, et qu’il demande d’être les modèles pour tous les autres.
En vous appuyant sur ce passage, vous êtes donc tous en droit de demander aux conseillers presbytéraux de nos deux Églises s’ils répondent bien à cette exhortation, cette exigence.
Mais attention, car vous n’avez pas tout lu… D’une, dans le verset qui suit, Pierre demande que les jeunes se soumettent aux anciens, et nous recommande cette soumission mutuelle dans l’humilité, que nous retrouvons dans les textes liturgiques pour la reconnaissance des différents ministères d’Église. Et puis, notre passage n’est que la fin, ou presque la fin de toute une lettre qui ne traite que du relationnel  : de la relation avec Dieu, la non-relation avec le Mal, de la conduite des chrétiens face aux non-croyants, du respect entre employeur et employé, du respect mutuel dans le couple et dans la communauté chrétienne. Et après un passage sur les persécutions, notre petit paragraphe. Tout s’inscrit donc dans la vie avec le Christ, qui, lui, est le berger du troupeau, le vrai chef et guide de l’Église.
Ne l’oublions pas  ! Tout ce qui se passe dans l’Église doit être conforme à la volonté du Christ. Le conseil presbytéral n’est pas un conseil d’administration qui décide du bien-être d’une entreprise. Le conseil presbytéral n’est pas un gouvernement, n’a pas le pouvoir du patron. Il n’est que conseil exécutif d’une autorité autre. Il n’a qu’à exécuter ce que le Christ lui commande. Ni plus ni moins.
C’est donc quand même un passage qui ne s’adresse qu’aux conseils presbytéraux  !
Eh bien… non. C’est vrai, c’est la ligne de conduite pour le conseil, c’est l’ordre de marche pour le gouvernement humain de l’Église – d’ailleurs, cela ne se limite pas aux CP, les synodes et les conseils régionaux et national sont tout autant concernés, ainsi que les évêques d’autres Églises. Mais tous ces conseils n’existent pas juste pour exister. Ce n’est pas le conseil pour le conseil, l’art pour l’art comme notre professeur de musique ne fatigait pas de répéter. Ce sont des institutions qui dirigent notre Église, pour notre bien, et qui se renouvellent et se ressourcent par nous tous.
Autrement dit  : un conseil presbytéral ne peut pas exister sans la communauté, sans nous tous. Il a besoin de nous parce qu’il recrute ses membres parmi nous, et il a besoin de notre soutien.
Qu’est-ce que nous pouvons donc faire pour notre conseil presbytéral  ?
Tout d’abord, et c’est certainement le service le plus important (et souvent oublié)  : priez pour votre conseil presbytéral. Je vous suggère même de nommer devant Dieu chaque membre du conseil, de prier donc nominativement pour chaque conseiller. Priez également pour le conseil régional et pour le conseil national, même si vous ne connaissez pas les noms de tous les membres de ces conseils.
Si vous portez ainsi votre conseil presbytéral dans la prière quotidienne, vous en faites déjà beaucoup et certainement de loin le plus important. Cependant, vous pouvez faire plus.
Car si les conseillers sont – ou devraient être – des membres expérimentés de la communauté et assidus aux cultes et rencontres de l’Église, ils ne peuvent pas tout savoir, et ils n’ont pas toujours les idées qu’il faut. C’est bien le sens d’être communauté et pas seulement troupeau de bêêê-tail, que chaque membre d’Église apporte ses capacités, ses connaissances, ses idées pour faire avancer l’Église. Donc, parlez à votre conseil, exprimez vos soucis et vos joies, dites-leur merci pour le bien qu’ils font à l’Église, et dites-leur quand vous avez l’impression qu’il faut corriger le tir. Parlez-leur de vos idées, et engagez-vous. Proposez votre aide, vos idées, vos observations. C’est de la décision du conseil comment il en tient compte, mais c’est de votre responsabilité de proposer. Le conseil en a besoin pour pouvoir accomplir sa mission.
Et, c’est tout aussi important  : respectez les décisions du conseil. Même si vous n’êtes pas d’accord. Surtout si vous ne partagez pas ces décisions, respectez-les. Le conseil a ses raisons de prendre telle ou telle décision, et sauf preuve du contraire, vous êtes appelés à croire que ces décisions sont guidées par l’Esprit Saint.
Vous êtes tenus de rappeler fraternellement le frère qui s’égare, mais acceptez aussi le rappel que peut vous exprimer le conseil presbytéral. C’est aussi de sa compétence et même de son devoir. Un devoir difficile à exercer, je vous l’assure. Facilitez la tâche à votre conseil.
Et la paix de Dieu, qui dépasse toute raison humaine, gardera vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.

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