« Tu es moooort ! » – « Noooon ! »

Chants : ALL 116  ; 34-05  ; 34-16  ;
Lectures : AT : Es. 40, 26-31
Epître : 1Pi 1, 3-9 Évangile : Jn 20, 19-29
PR : Col. 2,12-15

C’est une scène comme nous la voyons souvent sur le petit écran, et que – je l’espère – la plupart d’entre nous n’a pas encore vécu, et ne vivra jamais  : quelqu’un a commis une faute, insulté un autre ou marché sur les plates-bandes économiques de quelqu’un, et entend un inconnu lui souffler dans l’oreille  : « mon pote, t’es moooort ! » Et alors, notre pauvre homme vivra ses derniers jours dans la peur, la terreur, une terreur paralysante, et peu après, son corps sera trouvé soit dans le fleuve, soit dans un parc, soit dans la voiture carbonisée…
Sauf, et souvent dans les films c’est la solution, sauf s’il trouve un autre qui donnera le mort à sa place. Quelqu’un qui prendra la place du moribond pour mourir dans l’incendie de la maison ou dans un accident grave de la route – il faut, bien sûr, un événement qui mutile le corps pour qu’on ne remarque pas la substitution.
L’apôtre Paul nous inscrit dans une situation tout à fait semblable. Puisque nous avons tous commis des fautes, que notre existence n’est pas entièrement inscrite dans l’Alliance de Dieu avec son peuple, nous sommes voués à la mort, nous sommes tellement menacés de la mort imminente que nous sommes déjà comme morts. Des phantômes, des morts-vivants. Autant nous tirer tout de suite une balle dans la tête, au moins le supplice sera-t-il fini rapidement.
C’est là qu’intervient le Christ. Il meurt. Il nous fait passer pour morts à tout ce qui nous accuse, à l’accusateur comme au tribunal, et aussi aux parties civiles. Et comme vous le savez probablement, la mort met fin à toute poursuite. Si l’accusé meurt avant d’être condamné, il ne le sera jamais.
Et nous, nous pouvons vivre. Vivre une vie autre, loin des tentations et des manigances du Mal, loin aussi des exigences et contraintes de la Loi. Nous sommes libres. Libérés à toute bonne chose, comme Paul aime dire. Contrairement aux films hollywoodiens, la meilleure issue de l’histoire n’est pas de retrouver une vie comme avant, sauf que le malin n’est plus là, une vie à un autre endroit mais comme toutes les autres vies.
Car notre substitut à la mort, Christ, ne reste pas dans sa tombe. Il nous poursuit, justement pour nous empêcher de reprendre la même vie qu’avant. Si vous imaginez maintenant une sorte de zombie, un phantôme gris volant derrière nous, je dois encore vous décevoir  : ce n’est pas ainsi. Jésus n’est pas un zombie. Il était vraiment mort, tout mort, et maintenant il est vraiment vivant, tout ressuscité. Pas d’ambigüité, pas de comportements douteux, il est vivant, on peut le toucher, il parle et il mange. Mais cette vie n’est pas la même qu’avant. C’est la raison pour laquelle nos vies, sauvées par la mort du Christ, deviennent également des vies tout autres.
Donc, tu es bien vivant, par la résurrection du Christ. Et tu es moooort. Toutes les charges sont abandonnées, parce qu’il n’y a pas de procès contre un mort. Mais ce n’est pas tout. Pour l’instant, le Mauvais qui voulait ta peau, est encore bien vivant, et croit pouvoir triompher. Certes, ce n’est pas lui qui t’a tué, mais tu es mort, et donc il a eu ce qu’il voulait, n’est-ce pas  ? Il se met en scène… mais Jésus lui casse l’élan. Il l’arrête net, le ridiculise devant tout le monde, le désarme et l’emmène avec lui, menotté et ligoté. Le Mauvais n’est plus qu’un imposteur, il n’est plus rien, n’a plus aucun pouvoir. Paul parle d’un cortège triomphal  ; est-ce qu’il aurait vu les parades de l’empéreur qui rentre d’une campagne militaire, traînant derrière lui d’énormes trésors pillés, mais aussi et avant tout les chefs des troupes vaincues, désarmés, dépouillés et ridiculisés  ? En tous cas, c’est l’image qu’il utilise. Et de notre temps, dans notre histoire télévisée, nous pouvons imaginer le chasseur de têtes, ou encore un inspecteur de police qui rentre au poste, fier d’avoir capturé le méchant malfaiteur, et qui le présente à tout le monde, puis le procureur qui tient une conférence de presse en disant que la police a encore réussi à arrêter un important gangster. Un triomphe claironné dans les rues et sur les toits, parce que cette fois-ci c’est le malfaiteur le plus puissant et le plus important du monde entier qui a été arrêté, stoppé net, désarmé et ridiculisé. Il ne s’en relèvera plus jamais.
Nous n’avons plus rien à craindre. Nous sommes blanchis de tout ce qui peut nous menacer. Si encore quelqu’un veut nous faire peur en nous disant « tu es moooort », nous pouvons lui rire à la figure en lui disant, « non, Christ est mort. Mais il est ressuscité, il est vivant. Et donc, c’est toi qui es mort avec tes menaces ridicules. »
Amen.

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