une prédication de mariage

PR : 1Jn 4, 7-12.16b
Vous avez choisi ce passage de la Bible pour votre mariage, un texte qui est très profond et qui parle tellement par lui-même que je pourrais me contenter de vous le lire, et relire lentement, et dire, voilà, tout est dit.
Ç’aurait l’avantage que personne ne s’endormirait, personne n’aurait le temps long…
Mais je crois qu’alors, vous me direz que ce n’était pas dans le contrat, et que vous êtes venus au temple pour plus qu’une lecture biblique.
Vous venez de conclure votre mariage. Ce n’est pas tant le début d’une vie nouvelle puisque, comme pratiquement tout le monde aujourd’hui, vous avez scellé par le mariage la vie commune que vous partagez depuis un moment. Et, vu que tous les deux vous avez votre histoire, il est encore plus évident que vous n’êtes pas des débutants de la vie à deux.
Et vous avez choisi ce texte pour votre bénédiction, d’une certaine façon en mot d’ordre pour la vie que vous partagez déjà et que vous voulez continuer à partager. Un texte qui nomme ce qui vous est important pour réussir ce projet, ce défi quotidien.
Il parle d’amour. Ce grand mot, presque gros mot parfois, car qu’est-ce qu’on ne comprend pas tout par « amour ». J’aime les pâtes à la Bolognaise. J’aime les cathédrales gothiques. J’aime la musique baroque. J’aime les voitures anciennes, surtout… mais, pas de pub’  ! J’aime lire, j’aime ne rien faire. J’aime ma femme.
Maintenant, et j’espère bien que ma femme ne me contredira pas, ce n’est pas la même façon d’aimer. Certes, il y a un lien affectif, comme je me sens bien lors d’un concert ou quand je visite une cathédrale, comme je prends plaisir à regarder une voiture ancienne, à admirer ses formes, ses lignes et ses courbes, à l’entendre ronronner ou ronfler au ralenti.
Mais un jour sans musique, un jour sans cathédrale, un jour sans une voiture ancienne, ne fait pas que je suis en manque. Et les pâtes bolognaises, si j’en mange trois fois par jour pendant une semaine, j’en serai guéri pour longtemps.
Aimer, si nous recherchons ce mot dans la Bible, aimer, c’est de l’interactif. C’est de donner et de recevoir. Aimer quelqu’un c’est surtout donner de soi, et recevoir de l’autre. Quand dans le récit de la création, il est dit que l’homme et la femme qui s’aiment s’unissent pour ne plus faire qu’un, ça ne veut pas dire « t’as vu l’un, tu connais l’autre », mais que moi sans toi, je ne suis pas entier. Aimer son épouse, son époux, c’est donner de soi pour que l’autre puisse être lui en vérité. Aimer, c’est aider à devenir, et c’est devenir en l’autre.
L’apôtre Paul, et nous en avons parlé, lie toujours l’amour au respect. Ce respect qui accepte que l’autre est lui-même, qu’il n’est pas le prince de nos rêves, mais qu’il est lui. Parce que les princes et princesses des rêves, ils n’existent que dans les pays fort fort lointain, et parfois ils se révèlent être des ogres – ou des tyrans. Accepter que tu es toi, que tu n’es pas toujours comme je te souhaiterais, que tu laisses la lunette des WC levée, ou le dentifrice ouvert, que tu es maniaque de ménage, lève-tôt ou couche-tard, que tu sois plus laxiste (non, tu dis  : généreux) que moi ou au contraire plus stricte (non, tu dis  : conséquent)…
Je ne parle pas de « fautes ». Ce serait porter un jugement de valeur. Mais ce sont des traits de caractère qui peuvent nous pourrir la vie si nous n’arrivons pas à les accepter, si nous ne faisons pas continuellement de sorte à ce que ces petits traits qui nous dérangent ne se mettent pas entre nous. C’est important dans la vie quotidienne, et ô combien plus dans la vie de couple et de famille  ! La bible, et notre passage en particulier, a un mot pour cela  : le pardon. Le pardon qui est une des bases sur lesquelles se construit et reconstruit, jour après jour, l’amour.
L’amour qui n’est pas qu’un sentiment, sentiment qui peut s’atténuer avec le temps, qui peut s’user au courant des années, l’amour est un art de vivre, et un art à vivre. Littéralement, comme le disait un pasteur du XVIe siècle, chaque matin à nouveau nous sommes appelés à prendre la décision « je veux t’aimer », à la renouveler même en cours de journée.
De quel droit, de quelle source puiser alors  ?
Ah, maintenant nous arrivons au point crucial. La raison pour laquelle vous tenez tant à poser votre union sous la bénédiction de Dieu. L’apôtre Jean l’a écrit dans le passage que nous venons de lire  : nous n’avons pas inventé l’amour. Nous ne sommes pas les premiers à aimer. Et l’amour entre homme et femme ne se nourrit pas seulement l’un de l’autre – là, on va à l’usure. Mais, tant et tant de fois c’est affirmé dans la bible, Dieu nous a aimé longtemps avant que nous sachions ce que c’est. Comme un petit bébé ne sait pas ce que c’est que d’aimer, mais qu’il se sent bien dans les bras de ses parents, au sein de sa mère, et que les parents répondent à ses besoins vitaux. Il apprend à aimer parce qu’il est aimé, et il pourra donner à d’autres ce qu’il reçoit de ses parents, et – plus tard – d’autres personnes. Nous avons tous le droit de puiser dans cet amour de Dieu, et vous avez souhaité qu’il soit présent dans votre vie de couple et de famille. Vous avez décidé de vivre en « ménage à trois », avec Dieu qui vous entoure, qui vous encourage, qui vous console quand les choses ne vont pas comme prévu, qui vous inspire toutes bonnes choses. Vous demandez à Dieu qu’il soit l’amour dans votre maison, et Dieu vous dit oui. Il veut être le troisième de votre union – il veut même en être le premier, pour vous laisser la place 2 ex aequo. Il veut être avec vous, vous ressourcer, vous inspirer, vous encourager, et se réjouir avec vous quand vous vous réjouissez l’un de l’autre. Il veut être là, à tout moment.
Amen.

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