une fois pour toutes

Chants : ALL 22, 1-3.5-6  ; (33-11)  ; 33-02  ;
Lectures : AT : Es. 52, 13-15  ; 53,1-12
Epître : 2Cor 5, 14b-21 Évangile : Jn 19, 16-30
PR : Hébr. 9,15.26b-28

L’Épître aux Hébreux est peut-être la première tentative de rédiger une théologie chrétienne systématique. Elle veut expliquer qui est le Christ, à un groupe qui n’est pas clairement désigné. Certains supposent qu’il s’agit de la communauté essénienne, qui serait à l’origine des écrits trouvés à Qumran en 1947, et dont quelques idées sont proches de Jean le Baptiste ou encore de l’enseignement de Jésus.
Toujours est-il que cette épître s’adresse à des lecteurs bien instruits dans la foi juive de son époque. Ils connaissent à fond les Saintes Écritures que nous appelons « ancien testament », ils connaissent les rites du temple tels qu’ils sont fixés dans les écritures et ils y sont très attentifs. Peut-être ont-ils un regard critique sur la prêtrise du temple, ce qui soutiendrait la thèse qu’ils sont Esséniens. En tous cas, l’Épître qui leur est adressée prend beaucoup de temps pour expliquer que Jésus est le vrai grand-prêtre envoyé par Dieu, celui qui ne fait plus de sacrifices d’animaux à répétition pour accomplir tant bien que mal les préceptes de la première alliance, mais qui a donné sa propre vie pour sacrifice ultime, un seul sacrifice pour remplacer tous les autres et pour marquer le début d’un temps nouveau.
Et notre lecture de ce soir va même plus loin  : la mort du Christ n’intervient pas seulement pour l’instant et les générations futures. Si les rites de l’ancienne alliance avaient suffi à rétablir les relations entre Dieu et les humains comme elle devraient être et comme elles étaient avant la transgression dans le jardin d’Eden, si les rites du temple suffisaient pour réconcilier les hommes avec Dieu – alors, Christ n’aurait pas eu à venir. Mais Christ est venu justement pour pallier au manque d’efficacité des rites de l’ancienne alliance, pour réparer le manque du culte du temple et en même temps s’y substituer. Bien sûr que les chefs du temple ne pouvaient pas accepter qu’il les mette en question. Mais ils ont contribué, sans le vouloir, à rendre leurs cultes obsolètes.
Et maintenant, Christ est venu, il s’est révélé étant le Fils de Dieu, le grand-prêtre par excellence, celui qui ne verse pas le sang d’autres, mais son propre sang pour la réconciliation des humains. Christ est venu, il est venu une fois, il est mort une fois pour tous. Il a aboli le système ancien, il a réglé une fois pour toutes le problème du jugement. Il a vaincu le péché, ce qui rend le jugement tout aussi obsolète que le culte du temple.
C’est là qu’arrive une surprise. Tout homme, dit l’auteur, tout homme meurt une seule fois et pas deux, et après cette une et seule mort, il sera confronté au jugement. Christ pareil, est mort une fois, une seule, et s’est occupé du jugement pour nous, en portant notre péché pour nous. Et quand il reviendra, non seulement il ne mourra plus, mais surtout  : il n’aura plus rien à faire de tout ce qui touche le péché, il n’aura pas à se soucier du jugement – tout cela, il l’a fait une fois pour toutes. Quand il viendra à nouveau, ce sera pour venir à la rencontre de ceux qui l’attendent, et il les prendra avec lui pour qu’au moment de leur décès, ils n’aient même pas à se préparer au jugement.
Une fois pour toutes – c’est un point central de ce chapitre. Il n’y a pas de répétition du sacrifice, il n’y a pas besoin d’en faire un autre, il n’y a pas de rythme à tenir, Jésus s’est sacrifié une fois pour toutes, et c’est tout. Il n’y a pas besoin de plus.
Une fois pour toutes, il a écarté tout ce qui nous sépare du Père, que ce soient nos fautes et nos égarements, que ce soient nos remords et nos tendances à nous flageller et à nous prendre pour pas assez bien – tout cela disparaît une fois pour toutes au moment où Jésus est crucifié. Disparaît parce que Jésus le prend sur lui, parce qu’il se met à notre place. Il a souffert la mort, nous pouvons apprécier la vie. Quelle grâce, et quelle raison de le louer  !
Amen.

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