le corps du Christ

Chants : ARC 77  ; 525  ; 587  ;
Lectures : AT : Ex. 12, 1.3.4.6.7.11-14
Epître : 1Cor 11, 23-26 Évangile : Jn 13, 1-5.34-35
PR : 1Cor 10, 16-17

Le texte qui nous est donné ce soir pour la prédication se trouve dans la première lettre de l’apôtre Paul aux Corinthiens, au 10e chapitre, et nous l’avons déjà entendu tellement souvent, l’entendrons encore ce soir lors de la célébration de la Cène  :
La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ  ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps du Christ  ? Et Paul ajoute  : Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes nombreux, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain.
En ces quelques mots, Paul nous fait faire le tour du secret de l’Église. En participant à un même pain, qui est communion au corps du Christ, nous devenons un corps. Nous mangeons du pain, nous devenons corps du Christ.
Le corps du Christ est double dans cette réflexion, ce qui ne la rend pas plus facile  : d’une, dans les paroles de Jésus qui dit que ce pain est le corps du Christ, que donc nous mangeons du corps du Christ. Non pas de la vraie chair, mais spirituellement, ce pain nous devient corps du Christ. Nous ne pouvons pas expliquer cela, c’est accessible seulement dans la foi, qu’en mangeant du pain, nous mangeons aussi du corps du Christ.
Et en mangeant donc en croyant que nous y participons au corps du Christ donné à la Croix de Golgotha, nous devenons nous-même corps du Christ, et c’est la deuxième signification du mot « corps du Christ ». Parce que nous croyons que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu envoyé pour nous, donné pour nous, et que nous prenons pour nous ce sacrifice en mangeant de ce pain, nous sommes nous-mêmes corps du Christ.
Compliqué  ? Oui. Mais essayons déjà de garder les deux sens séparés. Et ce soir, ce qui nous intéresse en premier, c’est le deuxième, celui de l’Église étant corps du Christ.
Nous l’avons déjà entendu, Paul en fera, un peu plus loin, un grand discours sur les liens entre les membres. Ici, le souci de Paul est de nous dire que ce corps a une tête, et qu’il ne peut pas en avoir plusieurs. Nous formons un seul corps, tous ceux et toutes celles qui participent à la Cène du Christ, tous ceux et toutes celles qui sont baptisés en son nom, qui mettent leur confiance en lui, dans la vie et dans la mort. Nous formons un seul corps.
Et nous avons un seul Seigneur, qui est la tête du corps et qui fait que le corps est autre chose que du détritus. C’est lui qui, en donnant sa vie, son sang, à son corps, lui permet de vivre. Nous ne vivons ni pour ni par nos différentes activités, nous ne vivons ni pour ni par nous-mêmes, nous vivons uniquement par et pour le Christ.
C’est une lourde charge  : il ne suffit pas d’annoncer, le matin de Pâques, que le Christ est vivant, il faut le tenir en vie. Il faut que le monde voie le corps du Christ vivant, et non pas un corps du Christ mort, en putréfaction parce que coupé de sa tête. Il faut que l’Église soit preuve du Christ vivant par toute sa vie, par tout ce qu’elle est. Il faut que nous vivions pour et par le Christ, et que nous vivions ensemble.
Les séparations dans le corps du Christ sont un contre-témoignage de la Bonne Nouvelle du matin de Pâques. Il est notre devoir de faire tout ce qui est de notre pouvoir, en prière et en actions, pour guérir les séparations entre chrétiens, blessures mortelles du Christ. Tant que nous n’acceptons pas l’autre chrétien comme membre du Christ au même titre et rang que nous, nous le vendons à nouveau aux persécuteurs, nous le livrons à la croix, nous passons nous-mêmes les clous dans ses mains et pieds. Les blessures du Christ ressuscité, ce sont les scissions, les séparations entre chrétiens.
Et je ne peux pas taire cette remarque à l’adresse de nos amis catholiques romains  : l’apôtre Paul dit clairement ici que la participation à la Cène, à l’Eucharistie, au repas du Christ ou comme on veut l’appeler, il y a beaucoup de mots différents pour le même sacrement, cette communion de la table ou de l’autel, c’est ce qui crée l’Église. Vous partagez le pain et le vin en souvenir de la mort et de la résurrection du Christ – et voilà, vous êtes l’Église, l’une et seule, le vrai corps du Christ. Il est peut-être humainement compréhensible pour un grand organisme comme l’Église de Rome, qui a perdu tant de membres par la Réforme, par la séparation anglicane et bien d’autres, de s’attacher à l’unité de l’organisation terrestre et à l’unicité du dogme et du gouvernement humain de l’Église. Mais cela est contraire à la volonté de Dieu exprimée dans les Saintes Écritures. Jamais, pas un seul jour de l’existence de la terre, tous les enfants de Dieu croyant en lui étaient 100% d’accord sur tout ce qu’ils croyaient de lui. Pas un seul jour n’a passé sans que les disciples du Christ n’aient un différend petit ou grand. Depuis le matin de la résurrection, il y avait ceux qui y croyaient dur comme fer et ceux qui avaient des doutes. Il y avaient des chrétiens très judaïsants, et des chrétiens plutôt charismatiques comme Étienne. Et pourtant, ils ont toujours formé un corps tout en appartenant à des Églises différentes, des communautés divergentes dans la pratique mais convergentes dans l’amour pour Christ, ils se savaient responsables les uns des autres, et Paul en est le premier exemple parce qu’il demande justement aux Corinthiens dont les idées et pratiques n’auraient pas manqué de susciter de graves irritations à Jérusalem, à ces Corinthiens il demande de collecter de l’argent pour soutenir les Jérusalémites. Voilà pourquoi j’adresse cet appel insistant à l’Église de Rome  : ouvrez enfin les portes de vos cœurs, acceptez la diversité des rites et organisations justement pour retrouver l’unité perdue  ! Abandonnez l’idée de l’uniformité, elle est un dogme vide même pas réalisé à l’intérieur de l’Église Romaine mondiale. Nous ferons des efforts de notre part, pour apprendre à apprécier d’autres formes liturgiques et de prière, pour apprendre à comprendre qu’une structure épiscopale n’est pas contre la volonté de Dieu, pour vous accueillir pleinement comme frères, tout comme vous nous accueillerez dans la fraternité que plus rien ne séparera.
Et jusqu’à ce que cela se réalise, nous avons bien du travail entre nous-mêmes, à nous accepter entre nous, à vivre en membres du corps du Christ, et à ne vivre que par et pour lui.
Amen.

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