Comme un disciple

Chants : NCTC 22, 3.6.7  ; 193  ; 302  ;
Lectures : AT : = pr.
Epître : Phil. 2, 5-11 Évangile : Jn 12, 12-19
PR : Es. 50, 4-9

Au peuple en détresse, au Juda amputé de son gouvernement, de ses nobles et de ses meilleurs artisans, Dieu envoie un prophète. Les paroles de ce prophète ont été inscrites dans le livre d’Ésaïe, et elles contiennent des messages de consolation des plus beaux qui soient. Entre autres, il y a plusieurs passages connus comme les chants du Serviteur de Dieu. Notre passage en est un extrait.
La tradition juive prête ces paroles au messie à venir. L’Église ou la tradition chrétienne prolonge cette idée en liant ces chants du Serviteur de Dieu à Jésus le Christ. Sans doute, c’est juste et bon.
Mais on peut aller plus loin.
En 1938, l’écrivain et poète protestant Jochen Klepper écrit  :
Il me réveille chaque matin, il m’éveille lui-même mon oreille. Dieu ne reste pas abscond, il fait monter le jour, afin que, par ses paroles, j’accueille la lumière nouvelle. A la porte de l’aube, il m’est proche, me parle.
Il parle comme au jour de la création. La peur, la plainte se taisent, rien ne compte, sauf son appel. Je vis la parole de fidélité divine que Dieu jure à nous humains, comme l’entend un disciple.
Il veut que je m’abandonne. Je ne me retourne pas, n’ayant suffisance qu’en lui, n’ayant mon bonheur qu’en sa parole. Je ne périrai pas si seulement je l’entends. Dieu me délie, Dieu me fait plaire à lui.
Jochen Klepper n’est pas particulièrement connu comme résistant. Il n’a pas participé aux nombreux attentats contre Hitler, il n’a pas commis de grands actes héroïques. Jochen Klepper était interdit de publication, il a tenté de préserver pendant quelque temps sa femme et sa fille adoptive, juives toutes les deux, avant de choisir la mort par suicide avec elles, quelques minutes avant que les milices ne viennent pour les déporter.
J’ignore si Dietrich Bonhoeffer, pasteur protestant et grand résistant mort au camp de Flossenbürg en avril 1945 quelques jours avant la libération, a pris pour sien ce chant du serviteur  ; il aurait pu.
Mais ne restons pas aux grandes figures. Des figures messianiques, nous en voyons beaucoup notamment en période de campagne, et de grands modèles il n’y a pas de manque. Il est plutôt difficile de distinguer les vrais des faux modèles…
non, le chant du serviteur ne veut pas être le chant de quelques privilégiés seulement, de quelques héros de la foi. Au contraire, il nous invite vivement à le faire nôtre, à le chanter à notre tour en louange de notre Seigneur. Il nous incite à écouter comme un disciple, à transmettre la parole de libération comme le disciple, comme le prophète lui-même.
Nous pouvons dire que le prophète nous enrôle pour sa campagne  : campagne non pas pour lui-même, mais campagne pour Dieu. Soyons donc des militants  ! Avec la même ardeur et verve que les jeunes militants des différents partis et candidats, engageons-nous pour Dieu  ! Soyons multiplicateurs de sa parole  ! Vous verrez, elle est puissante et efficace – vous le verrez parce que vous rencontrerez de la résistance, car à toute force existe une force opposée, c’est une loi de la nature. Mais jour après jour, chaque matin au lever du soleil, Dieu vous reprend à son service, il vous donne sa parole d’abord pour vous-mêmes, et ensuite pour ceux que vous allez rencontrer. Dieu vous appelle à son service, veut faire de vous des messagers. Des anges pour vos contemporains. Il vous accompagnera dans votre service, vous défendra contre ceux qui vous veulent du mal à cause de votre engagement. Il vous fera justice contre les laïcards, les antireligieux, contre les intégristes d’autres religions, contre ceux qui prétendent que c’est mal de servir Dieu. Ils vont user leurs dents sur lui sans arriver à le casser.
Soyons des disciples, des apôtres, des prophètes  ! Oui, des prophètes. Contrairement aux idées reçues, le caractéristique du prophète n’est pas de prédire le futur – il laisse volontiers ce privilège aux cartomanciennes. Un prophète est prophète parce qu’il transmet un message de Dieu. Un message qui n’est pas toujours bien accueilli, mais qui est vérité. C’est mieux d’être messager, porteur de la vérité, que d’être diseuse de bonne aventure, vous ne trouvez pas  ?
Dieu nous appelle en son service  ; ne tardons pas à répondre. Forts ou faibles, vieux et jeunes, nous tous sommes appelés à oeuvrer pour Dieu, à propager le Royaume de Dieu, à dire l’Amour avec un grand A à ceux qui ne sont pas aimés, à dire la parole libérante aux affligés et à ceux qui s’enferment dans leur souffrance, leur chagrin, leur roue de hamster. Chacun à sa place, avec les moyens qui sont les siens et que Dieu lui donnera.
Amen.

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