un serpent qui fait vivre

Chants : ARC 43  ; 430  ; 427  ;
Lectures : AT : Gen. 22, 1-13
Epître : Hébr. 5, 7-9 Évangile : Mc 10, 35-45
PR : Nb 21, 4-9

C’est une de ces histoires que nous avons aimées à l’École Biblique, ou que nous avons racontées à nos enfants. Le peuple est menacé par des serpents, Dieu demande à Moïse de faire un serpent en airain, et il suffit de regarder ce serpent d’airain pour que les morsures ne soient plus mortelles.
Sauf que… sauf que c’est pas comme ça que ça s’est passé. Car la Bible ne nous raconte pas les contes pour les enfants, où il y a un gentil et un méchant, le gentil ici le peuple d’Israël et le méchant les serpents, et le méchant menace la vie et le bien-être du gentil, mais à la fin, le gentil l’emporte, et il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, et s’ils ne sont pas morts c’est qu’ils vivent encore à ce jour.
Non, la Bible ne raconte pas de conte de fées. Elle nous parle de vrais humains, qui sont comme nous au fond, parfois humains, parfois très humains et parfois… parfois dépassés par la situation.
Et donc, nous découvrons une situation toute autre, loin des schémas de bon et mauvais, mais d’une humanité frappante.
Depuis des années, ce peuple erre dans le désert. Il est parti sur une énorme boucle « pour contourner le pays d’Edom », comme le texte nous dit, qui habite le Neguev, le sud de l’Israël de nos jours. Donc, des promenades qui ne finissent plus, avec, bien sûr, le bagage de marche sur le dos. Et pour une énième fois, ils en not marre. En Egypte, nous avons travaillé comme des mulets, mais au moins nous avions à manger. Ici, nous allons tous mourir, nous n’avons rien à manger et rien à boire, et nous sommes écoeurés par cette manne et ces cailles, c’est toujours le même menu, nous n’en pouvons plus  !
Nous découvrons un Dieu très humain  : il a aidé et guidé ce peuple, il les a nourris pendant des années, et ils n’ont pas mieux à faire que se plaindre, souhaiter retourner dans le pays de l’esclavage  ! Dieu pique une colère. Il envoie des serpents brûlants qui piquent les gens, qui les mordent dans les pieds. La malédiction d’Ève se réalise  : le serpent pique ses enfants dans les pieds, et ils en meurent.
Dieu ne se laisse pas faire. Quand il se sent offensé, il réagit, et il peut réagir assez violemment. Là où il tape, il y a de la cassure. En même temps, il faut avouer que les Israélites avaient été forts aussi. Ils n’avaient pas juste râlé sur la mauvaise qualité de la cantine et pourquoi le cuistot ne change pas un peu ses menus de temps en temps. Ils auraient rêvé de brioches pour le petit dèj’ et d’une bonne côte de porc pour le dîner, Dieu n’aurait pas piqué de colère. Ce qu’ils ont fait est nettement plus grave. Car ils ont renié le plan salutaire de Dieu. Ils ont dit à Moïse, « toi et ton Dieu, vous ne voulez pas notre bien, vous voulez juste nous faire mourir tous dans ce désert. Depuis le début, vous nous avez trompés, vous nous avez menti sur toute la ligne. » C’est ça qui met Dieu hors de lui, ce rejet de son plan, de sa personne, qui renie la bonne volonté de Dieu et l’Alliance qu’il a conclue avec Abraham, Isaac et Jacob et qu’il a affirmée au Sinaï en donnant les tables de la Loi. Et là, Dieu dit  : « ben, si vous voulez que je vous fasse mourir ici, libre à vous. Votre espèce a déjà une certaine expérience avec le serpent qui vous a montés contre moi et mon commandement, on va s’en souvenir un peu. »
Et là, dans le désert, les choses se passent un peu selon un schéma connu  : le peuple s’irrite de la longueur du chemin, râle contre Dieu et Moïse, Dieu réagit, le peuple se repent, Moïse prie Dieu, et les choses rentrent dans l’ordre. À peu près comme dans notre passage. Les Israélites viennent voir Moïse, ils lui demandent pardon pour leur révolution contre Dieu et contre lui-même, et Moïse prie pour le peuple.
Sauf que cette fois-ci, les choses ne sont pas si faciles. Une fois lâchés dans la nature, les serpents ne peuvent pas simplement disparaître. Si Dieu commence une action, elle est efficace, et même Dieu ne peut pas l’anéantir d’un claquement des doigts. Il faut donc un autre remède.
Et Dieu invente l’homéopathie. Trois mille ans avant Hahnemann, il emploie le principe que le meilleur remède contre les effets d’une chose, c’est cette même chose mais à une dose beaucoup plus petite. Moïse confectionne donc, comme Dieu lui ordonne, un serpent en airain et le fixe sur une perche, bien haut et bien visible. Et quiconque est mordu par un serpent n’a qu’à regarder ce serpent pour être préservé et conserver la vie.
Nous ne savons rien sur les effets secondaires de ce traitement. Ils avaient peut-être d’atroces douleurs dans les jambes pendant quelques jours, ou des tremblements des mains. Enfin, j’invente, car comme je disais, nous n’en savons strictement rien.
Et ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est ceci  : Dieu ne se laisse pas injurier. Il ne laisse pas passer les attaques contre sa personne, et au XXIe siècle on parlerait d’atteintes à l’intégrité de Dieu. Non, il ne les tolère pas. Celui qui prend Dieu pour un larbin, il a intérêt à assurer ses arrières parce que là, il peut être sûr et certain que Dieu ne le laissera pas filer comme ça. Mais la colère de Dieu n’est pas éternelle et immuable. Dès que les Israélites lui demandent pardon, il répond par la clémence, il guérit même les conséquences de sa colère. C’est vrai, il ne peut pas faire marche arrière. Il semble que c’est une loi de la nature, que Dieu ne peut pas anéantir ce qu’il a commencé, mais qu’il peut en changer les conséquences. Donc, Dieu ne peut pas faire disparaître les serpents, mais il peut donner le remède infaillible. Un remède qui, certes, demande un peu de participation aux mordus  : il faut qu’ils aient confiance en la promesse de Dieu, qu’ils regardent vraiment ce serpent en airain, et pas qu’ils se disent que de toute façon c’est encore une ruse de Moïse et finalement ne sert à rien. Ça, c’est l’attitude qui tue. Il faut croire, un petit peu au moins, ne serait-ce que de ne pas déclarer impossible l’effet guérissant de ce serpent d’airain. Même avec le doute, tant qu’on se fie un tant soit peu à la promesse dont est chargé ce serpent artificiel, même dans le doute on peut trouver guérison.
A celui qui ose se confier à lui, Dieu promet de le sauver de la mort et de la souffrance. L’offre est là, il faut juste la saisir. Il suffit de lever le regard.
Amen.

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