Ma vie, c’est le Christ

Chants : ALL 84  ; 44-02  ; 45-05  ;
Lectures : AT : Es. 54, 7-10
Epître : 2Cor 1, 3-7 Évangile : Jn 12, 20-26
PR : Phil 1, 15-21

Paul est en prison. Une situation déjà pas bien agréable en soi, surtout que les prisons de son époque sont encore plus désagréables que celles de nos jours. Paul est en prison. Et il apprend qu’à Philippes, d’autres prennent sur eux d’annoncer l’Évangile. Pas de problème – s’il n’y avait pas le petit détail que certains s’y mettent pour des motifs douteux. De nos jours, il y a parfois des motifs pécuniers en jeu, surtout le statut en Alsace-Moselle est envié par certains – la situation des pasteurs ERF/EELF peut-être bien moins. Les pasteurs allemands ont le même traitement que les professeurs de lycée. Et eux aussi bénéficient d’un status similaire aux fonctionnaires d’état. Les mauvaises motivations dont parle Paul sont d’autre nature  : ces gens-là veulent que l’amour des Philippiens pour Paul soit tourné vers eux maintenant. Ils veulent gagner un peu de l’admiration, de la profonde amitié que les Philippiens portent à l’égard de Paul.
Paul s’en moque. Peu importent les motivations des uns ou des autres, tant que l’Évangile du Christ est annoncé. Que ce soit pour de l’argent ou pour enquiquiner Paul, pour un status ou pour une vengeance personnelle – tant que l’Évangile est proclamé, Paul s’en réjouit. Plus encore, il en gagne pour son propre salut. Non pas que Paul, d’une sorte de folie prisonnière, aurait viré dans le salut par les oeuvres, loin de là. Au contraire, les prières des amis, l’assistance du Saint Esprit et aussi le message que l’Évangile se fait annoncer partout, l’empêchent de sombrer dans la dépression, de douter du Christ, de l’amour de Dieu et du bien-fondé de son destin.
Et il y a de quoi devenir dépressif. Aux yeux de la plupart de ses amis, Paul est condamné dès son arrestation. Les chances de sortir de prison autrement que pour l’exécution de la peine capitale sont minimes. Les amis ne s’attendent plus à le revoir.
Paul reste serein. Les amis prient, l’Évangile est proclamé, qu’est-ce qu’il faut de plus  ? Lui-même, il glorifie Dieu. Il chante des louanges matin et soir, et il sait très bien  : s’il arrive à s’en sortir, ce n’est pas par ses propres forces et qualités, mais parce que le Seigneur l’a tiré d’affaire. Que le Seigneur soit loué, alors, qui a daigné sauver son serviteur  ! Et Paul continuera de vivre pour et par le Christ.
Et si toutes les prières n’aboutissent pas à sa libération, s’il est effectivement déjà condamné à la mort  ? Paul semble même préférer cette issue à la libération. Mourir, c’est affirmer une dernière fois que Christ est plus fort que la mort. Mourir, c’est entrer en communion rapprochée avec le Christ, abandonner sa vie corporelle, tel que Jésus l’a dit dans la lecture d’Évangile, et gagner la vie éternelle dans la plénitude de la présence de Dieu. Mourir, c’est perdre peu et gagner beaucoup.
Est-ce que maintenant ce serait le message à dire à la famille, aux amis et proches d’une personne gravement malade, ou emprisonnée dans un pays qui connaît la peine de mort  ? Serait-ce une consolation pour les parents des trois enfants qui se trouvent à Genève, entre la vie et la mort, après cet horrible accident dans le tunnel de Sierre  ? Serait-ce l’attitude à prendre par la famille de Florence Cassez, qui, depuis sept ans se bat pour son innocence contre l’État de Mexique  ? Faudrait-il dire aux enfants, aux amis du pasteur Youcef Nadarkhani, condamné à mort en Iran pour le seul « crime » si crime en est d’être pasteur chrétien, et aux cinq enfants d’Asia Bibi, chrétienne pakistanaise condamné à mort pour le « crime » de blasphème contre le dieu du Coran (crime qu’elle nie), faudrait-il leur dire, « attendez, il ne perd pas beaucoup, dans l’au-delà il a tellement à gagner »  ? Faudra-t-il continuer en disant à ces enfants qui risquent le même sort, à l’avocat de Pasteur Youcef qui risque gros parce qu’il défend son client, faudra-t-il leur dire, « vous aussi, vous avez beaucoup à gagner, ne cherchez pas à survivre »  ?
Je ne le pourrais pas. C’est une attitude, non je devrais dire un positionnement face à la mort qui n’appartient qu’à Paul. Si quelqu’un veut suivre son exemple, libre à lui et qu’il n’oublie pas de remercier Jésus-Christ pour cette force d’esprit et de cœur qu’il faut pour être tellement détaché et serein. Mais Paul n’en fait justement pas un exemple à suivre, il n’encourage pas à chercher la mort. Il veut consoler ces amis qui s’affollent parce que Paul est menacé. Leur apporter une consolation qui les portera encore quand vraiment Paul se préparera à quitter ce monde, parce que pour maintenant, ce n’est pas le cas. Paul est tout aussi envieux de quitter ce monde que convaincu d’y rester encore pour un bon moment. Je resterai et demeurerai avec vous tous, écrit-il, et vous aurez donc une raison de louer Dieu avec encore plus de fierté en Jésus-Christ. Cette fin n’est pas dans le passage qui nous est donné pour ce matin, mais elle suit directement, et je n’invente donc rien. Relisez vous-même ce premier chapître de l’épître aux Philippiens.
Au fond nous retrouvons donc un message assez répété par Paul – et ce n’est pas surprenant, ce n’est pas parce qu’il aime tellement le redire, mais de son temps il n’y avait pas de mail électronique, ni de photocopieuse pour envoyer le même message à 30000 adresses, les Philippiens ne pouvaient donc pas connaître les lettres envoyées à Corinthe ou Thessaloniki. C’est pourquoi Paul répète  : la vie terrestre a un sens, elle est importante, mais rassurez-vous, le jour que vous mourrez sur cette terre, vous irez dans le monde de Dieu, où vous serez dans un autre corps et vivrez une autre vie, avec Dieu et le Christ mais tout autrement que maintenant. N’en ayez pas peur, ce sera mille fois meilleur que maintenant, mais ne vous jetez pas non plus dans le suicide pour y arriver plus tôt, Dieu a encore besoin de vous ici-bas.
Je souhaite à Asia Bibi et Pasteur Youcef Nadarkhani que le jour qu’on les amènera à l’exécution publique, ce qui malheureusement risque fort proba blement de leur arriver bientôt, ils puissent y aller avec cette conviction reseine  : « Christ est ma vie, mourir représente un gain. » Mais je ne cesserai pas pour autant de me battre pour leur libération de la même sorte que l’ont fait les amis de Paul  : en bombardant Dieu de prières. Je les nomme parce que leurs noms sont imprimés sur la petite croix de prière que l’ACAT a distribuée pour l’avent. Depuis, leur sort ne s’est pas amélioré. Je ne prierai pas moins pour les proches qui semblent ou se croient condamnés par la maladie, et vous invite à me rejoindre dans cette prière. Car nous avons encore besoin d’eux.
Amen.

Publicités