une histoire

Chants : ARC 91, 1.4.5  ; 428  ; 425  ;
Lectures : AT : Gen. 3, 1-19
Epître : Hébr. 4, 14-16 Évangile : Mt 4, 1-11
PR : 2Cor 6, 1-10 (ne sera pas lu)

La communauté chrétienne de Corinthe s’est réunie pour un culte. Le président de l’Église, Eusèbe, se lève  : « Il y a 50 ans, dit-il, on nous a informés que Paul était mort. Souvenons-nous de lui ce matin. » Une dame âgée, elle s’appelle Priscilla, lève la tête  : « oui, je me souviens bien de Paul. J’étais une jeune fille à l’époque, et mon père était fasciné par cet homme. Paul prêchait de l’amour de Dieu et de Jésus, le Christ, et mon père demandait le baptême. Il est devenu un membre actif de l’Église. Plus tard, Paul nous a écrit ces lettres que nous pouvons lire et relire – quelle richesse des pensées ! » – « Voilà ce qui nous intéressera aujourd’hui, ajoute Eusèbe, nous allons procéder comme d’habitude  : Je vous lirai un passage d’une de ces lettres, et nous en discuterons pour essayer de comprendre ce que l’apôtre Paul voulait nous transmettre. De plus, nous avons en notre possession depuis peu deux livres de Luc, l’Évangile et l’histoire des actes des apôtres. Pour nous remercier de nos dons généreux, les frères grecs de l’Église de Jérusalem ont fait copier ces livres et nous les ont envoyés. Mais commençons notre réunion avec une prière  : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos détresses pour nous rendre capables de consoler tous ceux qui sont en détresse, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu. »
Aquila, une maraîchère, soupire. Elle est toujours informée des dernières nouvelles. « Ah, nous avons vraiment besoin de cette consolation. Je viens d’apprendre que l’empéreur Trajan, qui nous gouverne depuis 16 ans, veut absolument que nous servons le culte impérial, mais pas le Christ. Il fait arrêter tous ceux qui n’obéissent pas, et beaucoup ont payé de leur vie leur foi en Christ. Si l’empéreur et ses soldats apprennent que nous sommes chrétiens… »
« C’est la raison qui nous a rassemblés, répond Eusèbe. Il était important pour Paul que nous suivions le Christ. Lui-même ne l’avait pas connu avant sa mort, comme les autres apôtres, mais il l’a rencontré devant la porte de Damas. Cette rencontre a changé sa vie – et la nôtre, si on veut. Plusieurs fois, Paul est venu chez nous, et il nous aimait beaucoup. Mais, maintenant, Aquila, veux-tu lire le passage du jour ? »
Et Aquila lit  : Puisque nous sommes à l’oeuvre avec lui, nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu, car il dit  : Au moment favorable, je t’exauce, et au jour du salut, je viens à ton secours. Voici maintenant le moment tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut.
« Tiens, dit Justin, qui est responsable de la petite bibliothèque de l’Église, ça me rappelle un passage de l’Évangile. Attendez, je vais vous le lire  : On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit  : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur.
Dans le fond, c’est le même message que celui de Paul. Il s’agit de la grâce, du salut et de la libération – et de rien d’autre  ! observe Gaïus. Et c’est d’une importance très concrète pour nous et nos vies. Nous sommes tous égaux devant Dieu. L’an de grâce du Seigneur ne veut rien d’autre  : les esclaves sont libérés et leur bien leur est restitué. Tous ont une nouvelle chance dans la vie. »
Priscilla acquiesce  : « Du vivant de mon père, nous en avons souvent discuté. Vous savez qu’il était un marchand très riche. Depuis son baptême, il a traité les esclaves de notre maison comme des citoyens libres. Ils aimaient vivre dans notre maison. Et dans l’Église aussi, tous étaient égaux et mon père ne se prenait pas pour mieux que les pauvres. C’est Paul qui lui a appris. Depuis sa conversion, il a complètement changé sa vie. On le sentait à la maison  : elle était pleine d’amour. Et il aimait dire que cet amour vient directement de Dieu, je ne fais que lui ouvrir mon cœur. »
« C’est très bien dit, répond Eusèbe, et je me réjouis de trouver parmi nous des chrétiens qui ont connu Paul. Je propose que nous continuons la lecture pour mieux comprendre Paul. Miriam, tu as une belle voix, veux-tu continuer la lecture  ?
Et Miriam, la marchande veuve, lit  : Nous ne voulons d’aucune façon scandaliser personne, pour que notre ministère soit sans reproche. Au contraire, nous nous recommandons nous-mêmes en tout comme ministres de Dieu.
Eusèbe lève la main  : « Voyez, c’est tout Paul modeste, serviable, et surtout irréprochable. Quand l’Église voulait le payer pour son service, il a refusé. J’ai un métier, a-t-il dit, je me nourris bien moi-même. Impressionnant  ! Et nous allons entendre combien sa vie était difficile.
Ecoutons ses paroles  : nous nous recommandons nous-mêmes en tout comme ministres de Dieu par une grande persévérance dans les détresses, les contraintes, les angoisses, les coups, les prisons, les émeutes, les fatigues, les veilles, les jeûnes, par la pureté, la science, la patience, la bonté, par l’Esprit Saint, l’amour sans feinte, la parole de vérité, la puissance de Dieu, par les armes offensives et défensives de la justice, dans la gloire et le mépris, dans la mauvaise et la bonne réputation, tenus pour imposteurs et pourtant véridiques,
Excuse-moi de t’interrompre encore, dit Eusèbe, mais là c’est trop à la fois  ! Typiquement Paul  : il tisse les mots, les idées, comme un grand poème. Qu’est-ce qu’il a dû vivre  ! Tous ne l’ont pas aimé, ne l’ont pas écouté, n’ont pas été convaincus, bien que sa vie et ses discours fussent si convaincants. Combien de fois a-t-il été attaqué, par ceux qui avaient peur de nouvelles idées et d’un autre style de vie. Nous entendons tout cela dans ces paroles. »
Théodore prend la parole. Il est peintre en bâtiment. « J’aime ce passage où il parle de l’amour sans feinte. Quand je peins des maisons, on me demande souvent des trompe-l’oeil. Et même – rien que la couleur change une maison. On ne voit plus de quoi elle est faite. Et puis, on me fait ajouter des portes, des fenêtres – peintes. Feintes. Mais c’est quand on voit le mur nu qu’on voit ce que vaut la maison. C’est comme l’amour sans feinte  : on voit clairement que je suis profondément sincère et ne fais pas semblant. Et l’idée que l’Esprit Saint oeuvre en nous. On ne peut vraiment pas le dire mieux que l’apôtre Paul. »
Gaïus, qui est douanier du port et employé de l’administration impériale, reprend la parole. « Vous le savez, je suis citoyen romain, comme Paul. Et je suis chrétien. Ma mère déjà a été convaincue par Paul, et elle m’a élevé dans la foi. Si le préfet de Corinthe apprend que je suis chrétien, qu’est-ce qui va m’arriver  ? Vais-je perdre mon travail  ? Serai-je arrêté et interrogé, va-t-on me forcer à assister au culte de l’empéreur, quand il se fait vénérer comme un dieu  ? J’en ai peur. Je comprends Paul quand il parle de ses peurs  : de persécutions, d’arrestation, de coups, et de la mort. Je prie Dieu qu’il m’en préserve. Mais je veux servir Dieu dans l’Église, assister ceux qui sont plus pauvres que moi, aider la communauté de Jérusalem – car c’est là qu’a vécu notre Seigneur Jésus-Christ. Je veux bien le faire, avec plaisir. Mais j’espère vivement que je n’aurai pas à donner ma vie, comme Paul. Je pense à mes enfants, Paul n’en avait pas. »
« Merci de cette remarque importante, fait Eusèbe. Est-ce que nous devons sciemment chercher la souffrance, ne serait-ce que par insouciance, ou devons-nous, au service de Dieu, vivre, aimer, faire le bien et mener notre vie en sincérité – et apprendre à vaincre nos peurs avec l’aide du Saint Esprit  ? Ecoutons encore Paul  ! Miriam, veux-tu continuer la lecture  ?
Et Miriam lit, de voix ferme  : nous nous recommandons nous-mêmes en tout comme ministres de Dieu tenus pour inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons, châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres, et faisant bien des riches, n’ayant rien, nous qui pourtant possédons tout !
Eusèbe se lève devant la communauté et dit  : « veuillez emporter ces dernières paroles avec vous, afin qu’elles vous accompagnent durant la semaine  : Nous sommes tenus pour inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons, châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres, et faisant bien des riches, n’ayant rien, nous qui pourtant possédons tout !
Et avant de vous inviter au nom du Christ Jésus à la cène commune, je vous dis la bénédiction de nos échanges, encore avec des paroles de Paul  :
Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.

D’après une prédication du pasteur Folker Thamm, Hanovre.
Amen.

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