Salarié ?

Chants : —-  ; —  ; —  ;
Lectures : AT : Job 7, 1-4.6-7
Epître : = PR Évangile : Mc 1, 29-39
PR : 1Cor 9, 16-19.22-23

« Annoncer l’Évangile est une nécessité qui s’impose à moi, malheur à moi si je ne le fais pas  ! »
Par ces mots, Paul décrit tout son ministère apostolique, depuis la conversion aux portes de Damas jusqu’à son voyage vers Rome et la mort certaine. J’annonce l’Évangile parce que je ne peux faire autrement.
Et Paul ajoute ce qui pourrait causer des soucis aux pasteurs autant qu’aux curés  : « je ne veux pas de salaire pour le service que je rends en annonçant l’Évangile ! » Or, le droit français est clément avec nous, ni les curés ni les pasteurs ne sont considérés comme salariés. Mais nous n’avons pas besoin de gagner notre vie par un métier productif à côté de notre ministère – alors que des pasteurs évangéliques ont un métier salarié et une activité pastorale pleinement bénévole. Et plus encore que nous ici en « Vieille France », nos collègues en Alsace et Moselle entendent parfois comme ce pasteur à vocation tardive, le jour de son ordination, quand sa tante lui disait  : « Etz häschs g’schafft, Pierri, etz bisch fonctionnaire ! » Maintenant tu y es arrivé, tu es fonctionnaire. Mais, dites-moi, est-ce là une motivation valable d’aspirer au ministère de pasteur ou de prêtre  ? Est-ce qu’on devient ministre de l’Église pour l’argent, pour une bonne situation  ?
Ce passage a aussi servi à certains pour bannir de nos communautés la reconnaissance. Nous avons beaucoup de mal à dire merci à ceux et celles qui s’engagent pour que nos communautés vivent, pour que nous puissions vivre notre foi ensemble, en Église du Christ. « Vergelts Gott », que Dieu t’en récompense – c’est ce qu’on dit souvent en Bavière. Une façon de se passer de reconnaissance, de remerciement, d’avoir une dette envers quelqu’un. Que Dieu te récompense, parce que moi, je n’ai pas l’intention de le faire.
Or, il convient de lire le chapitre en entier pour découvrir qu’au contraire, Paul revendique vivement que les ministres du culte soient entretenus par leurs Églises. Certes, il ne cautionnerait pas le parvenu qui aspire à l’ordination juste pour avoir un bon salaire et une situation sécurisée. Tu as réussi, tu es fonctionnaire – Paul dirait NON de toute force. Et c’est justement pour cela qu’il souligne que lui-même, il n’a jamais accepté de vivre aux frais de la communauté  : parce qu’il y a des gens qui lui reprochent de prêcher le Christ à cause du salaire, de la récompense.
Ma récompense est d’offrir gratuitement l’Évangile, dit Paul. C’est un plaisir pour moi de renoncer aux droits que cet Évangile me confère. Non, c’est une nécessité, je ne peux pas vivre sans prêcher le Christ. Il s’oppose aux calomnies, il n’est pas un profiteur, c’est du travail de ses mains qu’il vit.
Cela ne l’empêche pas de s’engager corps et âme dans l’annonce de l’Évangile. Et il ne l’annonce pas aux convertis, il ne prêche pas aux convaincus. Au contraire, il sort des assemblées, des temples et églises, pour aller rejoindre les hommes et femmes dans leurs vies. Il va partager la vie des gens, il va partager leur façon de penser, leur façon d’être. Les prêtres-ouvriers ont repris ce partage total de la vie de leurs fidèles. Comment parler le langage de quelqu’un dont on ne connaît rien  ?
L’Évangile de Jésus-Christ n’habite pas dans un temple, n’habite pas dans une église. Il n’est Évangile, Bonne Nouvelle, qu’à condition d’être prêché, d’être partagé, d’être dit et entendu. Il ne veut ni ne peut rester entre quatre murs, il ne peut ni ne veut être le domaine privé d’un petit groupe. L’Évangile de Jésus-Christ doit être dit au monde entier, et chaque chrétien est appelé à y participer.
Ainsi, l’apôtre nous appelle ce matin. Il nous appelle à devenir apôtres à notre tour, messagers de la Bonne Nouvelle. Que tu aies 20 ans ou 30, 60 ou 90, que tu aies un emploi ou pas, que tu sois retraité, que tu aies de la famille ou que tu vives tout seul, Dieu a besoin de toi. Et si l’apôtre peut associer à son apostolat le métier, chacun de nous peut associer à son métier, à son gagne-pain, l’apostolat qui lui est confié. Chacun de nous peut être témoin du Christ.
Pas besoin de voyager loin, pas besoin non plus de provoquer les autorités civiles. Il suffit d’être témoin autour de vous. Notre prochain nous attend peut-être déjà sur les escaliers devant la porte de l’église.
Et ne cherchons pas la récompense, qu’elle soit de nature pécunière ou en nourriture, comme du temps de Paul, ou qu’elle consiste en le respect des coreligionnaires. Ne soyons surtout pas messagers du Christ pour obtenir un bien humain. L’Évangile porte sa récompense en lui-même.
Cela n’empêche pas l’Église de nourrir les hommes et femmes qui mettent toute leur vie au service de la communauté chrétienne. Il faut bien qu’ils aient à manger et à boire, et qu’ils aient un logement décent. Mais nul ne peut en faire le motif pour son engagement dans l’Église.
Sur un plan plus large  : personne ne s’achète sa place au ciel en allant parler de Jésus à d’autres. C’est perdu d’avance, autant pour la place au ciel que pour le succès de la prédication. Un prédicateur qui se prêche lui-même, ou encore qui prêche pour son propre bien, n’aura pas l’intérêt des auditeurs, et en même temps ne pourra rien obtenir auprès de Dieu. Le vrai prédicateur se sait déjà racheté, il sait que sa place lui est réservée, et c’est pour cela qu’il peut prêcher le Christ ressuscité.
Allons, sur les places et sur les parvis, dans les familles, aux lieux de travail, allons, soyons des témoins de ce que nous avons vécu avec le Christ. En mots simples, en paroles qui sont bien les nôtres, parlons de ce Christ qui est le centre de notre vie. Soyons des témoins, disciples, apôtres.
Amen.

Prédication à la messe, la communauté protestante ayant été invitée par la paroisse catholique romaine locale.

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