une rencontre renversante

Chants : ARC 84  ; 367a  ; 496, 1-3  ;
Lectures : AT : Ex. 3, 1-10
Epître : 2Cor 4, 6-10 Évangile : Mt 17, 1-9
PR : Apc. 1, 9-18

En ce dimanche de la transfiguration, dernier dimanche après l’Épiphanie et aussi dernier dimanche de tout un cercle de péricopes traitant du mystère, ce matin nos lectures nous racontent des recontres avec Dieu. Il y en a bien plus dans la Bible, à commencer par Abraham, en passant par Jacob et par les prophètes, jusqu’à Paul à Damas.
Il est commun à toutes ces rencontres avec le Dieu vivant, qu’elles ne laissent pas indemnes. L’humain continuera à en porter les signes. Pensons à Abraham qui porte la circoncision, comme toute sa descendance. Pensons à Jacob qui boite désormais. Moïse, le fugitif, devient porte-parole de son peuple devant le Pharaon. Le berger Amos devient prophète. Jésus descend de la montagne, la figure changé – nous parlons de transfiguration. Saül, aveuglé, tombe du cheval et devient Paul. Jean tombe raid comme mort. Mais la main du Christ le relève, lui rend une vie qui n’est plus sa vie antérieure. Jean devient scribe de Dieu, prophète comme d’autres devant lui.
Et au début de ce ministère, il rencontre le Christ vivant dans sa gloire. La description change entre beaucoup de petits détails et en même temps Jean avoue que le Christ dans sa gloire brille comme l’astre solaire – il ne pouvait donc pas en voir beaucoup. En effet, les détails ne sont pas seulement une description du Christ comment il sera le jour quand il viendra dans la gloire – et n’oublions pas, il se peut que cela se passe cet après-midi encore  ! – mais aussi un rattachement très fin et sophistiqué aux Saintes Écritures, car pour chaque élément du Christ nous pouvons trouver des points d’ancrage dans ce que nous appelons Ancien Testament. Jean voit donc de ses propres yeux l’accomplissement de tout ce qui a commencé bien des siècles avant lui et qui était l’espérance du peuple de Dieu.
Il voit le Christ dans sa gloire, non pas le Christ humain tel que le connaissaient les disciples, même pas le Christ déjà touché par la lumière divine ce qui nous rappelle Moïse descendant du mont Horeb, les tables de la Loi en main. Il voit le Christ qui a revêtu la plénitude de la gloire de Dieu, non pas illuminé mais lumière lui-même, d’un éclat comme le soleil. Tout comme il est impossible de regarder dans le soleil, Jean ne peut pas regarder directement ce Christ divin qui vient vers lui. Ébloui, il voit avec le cœur.
Et ses paroles ont beaucoup de mal à décrire ce qu’il a vécu. Il est impossible pour nos peintres de reproduire la vision de Jean de Patmos, même dans les vitraux d’un lieu de culte. Le Christ dans la Lumière de Dieu, Lumière lui-même plus claire que le soleil, ne peut être peint dans un vitrail. Annie Valotton, qui a pourtant représenté l’enfant dans la crèche comme astre lumineux du monde, a renoncé à peindre sur le verre le Christ Lumière. Elle n’a indiqué que les deux lettres A et O au-dessus de la porte de sortie, il faudrait lire alpha et omega, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec. Alpha et Omega qui déjà tous seuls sont une confession de foi, puisque par là nous est dit que le Christ était avant toute créature, et que c’est lui qui l’amènera à son achèvement. Alpha et Omega, ou A et O que nous voyons en quittant ce temple pour aller dans le monde, ils sont le symbole du Christ-Roi, du Christ qui gouverne le monde et qui nous appelle à être ses témoins. Symbole du Christ, ce Jésus-Christ que, je l’espère, vous rencontrez le dimanche dans les lectures, la prédication, mais aussi les prières du culte. Symbole du Christ qui s’est donné entièrement comme sacrifice, afin que nous n’ayons plus à souffrir la mort. Qui nous a promis de ne jamais nous laisser seuls.
Ce matin, se clôt donc le cycle de prédications ayant pour thème ou motif le mystère de Dieu. Le mystère du Dieu qui se révèle à qui il veut, même à des mages orientaux. Le mystère du Dieu qui nous rencontre dans la simplicité, et qui choisit la faiblesse au lieu de la force. Le mystère du Dieu qui aide qui il veut, et comme il veut. Le mystère finalement du Dieu glorieux, splendide à détourner les yeux, mais que le prophète Jean ne doit pas craindre. Mystère des contradictions  : « je suis le premier et le dernier. Je suis le Vivant, alors que je fus mort, et voilà, je vis pour les ères des ères, et c’est moi qui tiens les clés de la mort et de sa forteresse. »
Mystère révélé, le mot Apocalypse ne veut dire rien d’autre que révélation. Dieu révèle tant d’aspects de son être à Jean que nous, de nos jours, avons encore beaucoup de difficultés à comprendre. Nous ne savons pas quelles parties du récit sont à prendre au pied de la lettre (ce qui risque de nous faire peur jusqu’à la moëlle des os), et lesquelles sont plutôt un langage symbolique, à nouveau mystérieux parce que ce que Jean a vraiment vu est impossible à décrire en langue d’homme. Si Thomas et les 10 avaient vu le Christ de la même façon que Jean dans notre lecture de ce matin, ils n’auraient pas osé lui parler, ils seraient tombés raides morts comme Jean. Ils n’auraient pas mangé avec lui au bord du lac. Mais Thomas n’a pas moins reconnu en lui « mon maître et mon Dieu ». Jean parle-t-il en langage symbolique  ? Ou a-t-il eu une révélation d’un niveau supérieur  ? Paul, lui, qui pourtant n’est pas très mystique, parle de révélations de différents niveaux. Le mystère est révélé, mais il nous reste encore beaucoup à cheminer pour comprendre. Nous ne voyons pas très clair, comme Paul le dit aux Corinthiens. Il nous reste beaucoup à découvrir, et je devrais dire il reste beaucoup que Dieu ne nous a pas encore révélé entièrement parce que de nos forces nous n’arriverons pas à découvrir ce que Dieu ne nous découvre pas. Il nous reste du chemin à faire. Comme les disciples devaient descendre de la montagne de la transfiguration. Comme Moïse avait devant lui encore beaucoup de rencontres avec Dieu, pendant plus de 40 ans, et beaucoup de chemin dans le désert avant de pouvoir voir la terre promise. Mais comme eux, nous pouvons cheminer avec notre Dieu à nos côtés.
Amen.

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