un « VIP » à soigner

Chants : ARC 96  ; 528  ; 544  ;
Lectures : AT : =pr
Epître : Rom. 1, 16-17 Évangile : Mt 8, 5-13
PR : 2Rois 5, 9-19a

Plusieurs centaines d’années séparent ces deux récits. Mais les parallèles frappent aux yeux :
Un militaire étranger demande de l’aide à un « homme de Dieu ».
L’aide lui parvient non pas par une rencontre directe entre l’homme de Dieu et le malade, mais à distance.
Le militaire demande à l’homme de Dieu une action autre que prévue.
Mais la différence importante est également évidente : si Naaman s’indigne que le prophète ne lui rend pas l’honneur de venir le voir en personne, l’officier romain refuse catégoriquement que Jésus entre dans sa maison…
Si ces textes, l’un comme l’autre, montrent que Dieu ne réduit pas son engagement sur les juifs seulement, nous y trouvons encore un autre message. Ou plutôt une question qui nous est adressée :
Comment est-ce que tu pries ? Et qu’en est-il de ta confiance en Dieu ? Si tu viens lui demander quelque chose, grande ou petite, est-ce que tu as confiance qu’il fera ce qui est bien pour toi ? Est-ce que tu as confiance en la Parole de Dieu ? Naaman, lui, semble plutôt méfiant. On pourrait dire qu’il avait toute raison, après s’être trouvé à la mauvaise adresse… mais Élisée avait bien signalé qu’il pourrait aider l’étranger. Naaman s’y rend donc, et le narrateur insiste bien sur les circonstances.
Si nous imaginons la scène au 21e siècle, nous verrons la grande limousine qui s’arrête devant la maison du prophète. Son passager ne sort même pas – mais le prophète lui aussi reste dans sa maison et fait transmettre un message : « Va te laver sept fois dans le jourdain. Cela guérira ta peau. »
Naaman, dans sa grande limousine, est mécontent : « Nous avons bien des fleuves dans notre pays, des fleuves plus grands et plus propres que ce ruisseau sale et sablé qu’est le Jourdain. Je veux que le prophète vienne me faire un acte magique, qu’il touche ma peau malade. » Puisque le prophète n’y pense même pas, Naaman s’en va, furieux.
Quelle autre attitude montre le centenier romain ! Il ne vient pas en limousine et avec l’attitude d’un grand seigneur. Non, il s’approche à pied et présente humblement sa demande. En plus, il ne demande pas pour lui-même, mais pour son serviteur, son esclave. N’oublions pas qu’aux yeux de beaucoup, les esclaves ne valent pas plus qu’un hamster ou un perroquet. Cet homme prie donc Jésus de l’aider. Il ne fait point état de son rang ou de la puissance impériale qu’il a derrière lui ; il présente sa demande comme tout juif aurait pu le faire. Et loin de s’indigner de la proposition que Jésus lui fait, au contraire : il se trouve indigne d’accueillir Jésus sous son toit.
Cet officier dont nous ignorons le nom nous donne maintenant une leçon. « Je suis militaire, dit-il, je sais ce que c’est que de commander. Si je dis à un de mes soldats de faire ceci ou cela, il le fera parce qu’il me doit obéir. Moi-même, je dois obéir à la parole de mes supérieurs. Peu importe qu’ils soient directement devant mon nez, ou qu’il faille envoyer un messager. Toi, Jésus, tu as le pouvoir de commander aux esprits et aux maladies. Ils t’obéiront, que tu ailles faire un geste ou que tu prononces juste un ordre – même d’ici, loin de la couche de mon esclave. »
Quelle confiance en Jésus ! Quelle confiance en ses pouvoirs ! Mais où en sommes-nous en notre vie de foi ?
N’arrive-t-il pas facilement que nous nous disions, « Dieu n’a pas écouté et exaucé mes prières » ? N’avons-nous pas si souvent des idées bien précises comment Dieu doit faire ce que nous lui demandons ? Notre prière, notre demande ne devient-elle pas souvent commande ?
D’un autre côté : si nous prions, avons-nous vraiment confiance que Dieu peut nous venir en aide ? N’y a-t-il pas au fond de nos cœurs ou de nos tripes le doute, « si vraiment Dieu existe, il ne s’intéresse pas à moi » ? « Qu’il te soit fait selon ta foi », dit Jésus… qu’en est-il si nous avons si peu confiance en Dieu ?
« Soyez comme les petits enfants », dit Jésus. Les petits enfants demandent tout à leurs parents, et ils ont pleine confiance que leurs parents feront ce qui sera le mieux pour eux. Mais nous… souvent nous nous comportons plutôt comme des adultes, à vouloir impressionner Dieu, à vouloir marchander avec lui, à vouloir lui faire des promesses, « si tu me fais ceci ou cela, j’irai plus souvent au culte, je donnerai à l’église, je … » Ou à vouloir lui imposer comment il doit agir, comme cet homme qui avait fait naufrage avec son petit voilier. Il avait prié Dieu, « viens me sauver ! » Un chalutier arrive, l’homme le renvoie : « Dieu va me sauver. » Plus tard, un hélicoptère de la garde des côtes arrive, il le renvoie : « Dieu va me sauver. » Puis, il succombe au froid et à l’eau. Mort, il se retrouve devant Dieu, et il commence à lui faire des reproches : « Je t’avais prié, et tu m’as laissé mourir. Pourquoi ?!? » Dieu le regarde : « Je t’ai envoyé un chalutier et un hélicoptère. Tu les a renvoyés. Qu’est-ce que tu voulais de plus ? » 
Ou bien nous nous comportons comme les adolescents, qui n’attendent rien de bon de leurs parents. « Dieu ? Bah, il ne s’intéresse pas vraiment à moi. Je peux lui demander ce que je veux, il ne m’écoutera jamais. Faudra bien que je me débrouille moi-même. » Et nous ne voyons pas combien Dieu se soucie de nous, combien il nous protège, nous aide, nous chérit.
Que nous retrouvions l’esprit d’enfant, qui attend tout de Dieu, et qui lui fait confiance qu’il fera toujours pour le mieux !
Amen.

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