Mystery

Chants : ARC 100  ; 367  ; 374  ;
Lectures : AT : Es. 60, 1-6
Epître : Eph. 3, 2-3a.5-6 Évangile : Mt 2, 1-12
PR : Col 1, 24-27

Mystery. C’est devenu un genre de série télévisée, très apprécié par beaucoup de spectateurs. Mystery. Un format qui promet du suspense, de la tension, des émotions. Souvent, dans ces séries, il y a une personne qui voit ou sait des choses que les autres ignorent. Des choses qui ne sont pas de ce monde, mais au moins à la télé, c’est réel, d’une façon qui peut nous faire peur. Pas trop quand même, ce n’est que de la fiction sur le petit écran, nous le savons bien, mais parfois assez pour nous empêcher de nous endormir.
Les mages venus d’Orient n’étaient pas des fans de Mystery. C’étaient des hommes très instruits, des scientifiques de renommée. Quand ils avaient vu la nouvelle étoile, qui probablement était la conjonction de plusieurs étoiles de sorte qu’on les voyait comme une seule, quand ils avaient vu cela, ils savaient ce qu’elle signifiait  : en Judée, un nouveau roi est né.
Or, il y a deux choses de nos temps qu’ils n’avaient pas  : ils n’avaient pas les papiers en couleurs vives qui racontent à qui veut le lire les détails intimes de la vie des maisons couronnées, et ils n’avaient pas d’avion ni d’autre moyen de transport rapide. Ils avaient des chameaux, ou des ânes. Dieu sait…
Ils arrivent donc à Jérusalem, se présentent au palais royal. Et probablement, même s’ils ne connaissent pas nos papiers colorés, ils s’attendent à une scène avec Romy Schneider et Karlheinz Böhm, l’enfant sur les bras qui certainement n’est plus bébé mais plutôt un joyeux bambin de près de deux ans.
Mais, mystery. Mystery pour Hérode  : qu’est-ce que c’est que ça  ? J’abrège  : Il ne verra jamais l’enfant. Les mages sages, eux, le verront, et ils verront en lui ce que d’autres ne voient pas  : le roi du monde entier.
Mystère. Avec le mystère, il y a toujours de la révélation. Parce que ce qui est absolument invisible, n’est plus mystère, il est comme s’il n’existait pas. Ne peut être mystérieux que ce qu’on aperçoit. Hérode aussi a un aperçu du mystérieux, par la Saint Écriture. Il pourrait deviner le mystère, mais il n’en fait rien.
Le mystère le plus ancien, c’est peut-être Dieu. Dieu qui crée un monde, qui de temps en temps parle aux premiers humains, Dieu qui choisit une famille, puis un peuple parmi tant de nations.
Le comble du mystère de Dieu, c’est que ce Dieu se révèle aux humains. Et ce Dieu, omnipotent et omniprésent, choisit de ne pas se montrer à tous, il choisit des hommes et femmes à qui il se révèle et qui multiplient le message. Paul en fait partie, les mages venu de l’orient aussi.
Ces hommes et femmes voient donc plus clair, voient des choses que d’autres ne voient pas. Comme Paul devant la porte de Damas, quand les yeux lui furent ouverts de sorte qu’il ne pouvait plus voir normalement pendant un bon bout de temps. Et à travers ces hommes et femmes, qui ne gardent, ne peuvent même pas garder pour eux la révélation, la lumière sur le mystère de Dieu, à travers ces hommes et femmes, Dieu révèle son mystère à d’autres.
Ces autres, ce matin, c’est nous. Nous recevons le message de Paul, le récit des mages. Et c’est à travers ces messages que nous rencontrons Dieu. Que Dieu s’invite dans notre vie. Puis, parce que Dieu a pris une place dans nos vies, parce qu’il s’est révélé à nous d’une façon particulière pour chacun, nous devenons porteurs du message de Dieu pour le multiplier parmi nos contemporains.
Mais Paul dit aussi clairement  : ce mystère n’est pas accessible pour tous. Il leur faut du temps, peut-être de nouvelles lunettes ou même une opération aux yeux. Jésus-Christ a vécu pendant des années avec les humains, et peu, finalement, avaient cru en lui de sorte à ce que cette foi les porte. Tout le monde ne peut pas le voir, même quand on lui explique. C’est trop diférent de ce qu’ils connaissent.
En Christ, Dieu est devenu homme, a offert à nous pauvres humains l’espérance de la Gloire. L’espérance de ne plus végéter comme des brigands, des expulsés du Paradis, mais de vivre à l’intérieur comme des enfants de Dieu qui n’ont jamais, jamais transgressé Sa volonté.
Nous sommes, tout comme Paul, témoins de ce mystère révélé. Témoins qui balbutient souvent, témoins qui n’ont pas toujours la bonne parole sur la langue, mais nous en sommes les témoins. Témoins pour ceux que Dieu a choisis à son service – l’apôtre parle de Saints – qu’ils aient une expérience dans la communauté chrétienne ou non.
Nous sommes témoins, avec nos moyens. Comme Annie Vallotton qui n’est pas une femme de parole, mais qui par ses oeuvres nous révèle toujurs d’autres aspects de Dieu. Ces vitraux de notre temple sont une dissertation théologique, sans paroles. D’autres savent peut-être le dire par de belles paroles, le transmettre à travers la musique. Annie Vallotton l’a dessiné.
Nous le disons plus loin. Tout le monde ne peut pas l’entendre, nous l’avions déjà dit, et c’est une consolation. Tout reste à comprendre, même pour les plus rôdés, pour les plus expérimentés dans la vie avec Dieu, il reste de l’inexplicable. Du mystère. À un autre moment, Paul dira que maintenant, nous voyons ces choses-là comme le reflet dans une tôle assez ondulée, mais que le jour venu, nous verrons directement, sans écran interposé. Jusque-là, nous jonglons entre le mystère de ce que nous ne savons pas encore et le savoir ou avoir que nous possédons déjà – dans des termes humains. Comme les héros des séries tv, nous savons des choses que les autres ne veulent savoir à aucun prix. D’autres aimeraient tout comprendre, et n’en apprennent pas plus.
Nous sommes témoins du mystère révélé de Dieu  : il est venu dans ce monde, il est devenu un des nôtres, il a pris sur lui toutes nos fautes, nos erreurs. Sans que nous en sachions la raison – le mystère restera toujours un peu mystérieux. Mais il est là, à longueur de bras, à notre portée, à hauteur de nos yeux.
Les mages venus de loin en avaient vu l’étoile. Avec un détour par Jérusalem, ils sont arrivés à Bethléem, faire la révérence à un enfant dans une maison modeste, comme on en voit des milliers dans toutes les banlieues. Que nous le voyions aussi, que nous l’acceptions pour nous comme le mystère révélé qui veut que nous soyons son multiplicateur. Mais qui veut d’abord que nous soyons dans le cercle des initiés.
Amen.

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