Lumière !

Chants : ARC 359 ; 370 v.2 ; 364 ; 370 v. 1+3 ; 362 ; 360 ; 352
Lectures : AT : (=pr)
Epître : Tite 2, 11-14 (non lu) Évangile : Lc 2, 1-14(15-20)
PR : Es. 9, 1-6

Mon ami est pasteur en Norvège. Non pas à Oslo, mais dans le Nord du Pays. Il pourrait nous raconter comment on vit quand pendant des mois, on vit dans les ténèbres. Sans voir le soleil, sans trop pouvoir distinguer le jour de la nuit. Déjà que c’est difficile de vivre le jour polaire qui dure des mois, quand il faut s’imposer le sommeil parce qu’autour, tout est éclairé et nous empêche de dormir. Mais la nuit polaire, vivre dans les ténèbres pendant de longues semaines – c’est l’horreur. Durant cette nuit polaire, il y a trois fois plus d’enterrements que le reste de l’année  : enterrements de gens qui n’ont plus supporter de vivre dans le noir ou le gris foncé, et qui ont mis fin à leur vie.
Nous avons besoin de lumière pour vivre. Nos yeux sont notre principal organe d’orientation, si nous ne voyons rien, nous avons du mal à trouver nos repères, à reconnaître ceux que nous rencontrons, même notre sens d’équilibre peut être trompé. Mais au-delà de ce que nous pourrions voir, le soleil, la lumière brûlante nous donne de la chaleur, nous chauffe la peau, et les rayons invisibles font que notre corps produit un certain nombre de substances qui contribuent à notre bien-être.
Le peuple dont parle le prophète, des siècles avant Jésus, ne vit certainement pas en Norvège, ni ailleurs dans le cercle polaire. Au proche-Orient, on ne connaît pas la nuit polaire. Cependant, il est bien possible qu’une personne, ou même tout un peuple, ne voie plus que du noir. Nous parlons bien, dans notre langage à nous, de « sombrer », sombrer dans la dépression, sombrer dans le deuil, sombrer dans le désespoir.
Parfois, comme dans le cas d’Israël du temps d’Ésaïe, le désespoir et ses raisons sont bien visibles. Parfois, on le voit beaucoup moins. Il est intéressant que de nos jours, on parle d’une dépression économique, qui ne toucherait que le système d’économie – mais en même temps, on constate une crue de désespoir dans la population.
Même une Église peut sombrer. Quand elle ne voit plus d’avenir, quand elle n’a plus de perspectives, plus envie d’aller de l’avant, quand elle se contente du souvenir d’un passé meilleur, quand elle regarde le petit nombre – alors, elle sombre, elle est en dépression.
Et puis, que dire de chacun de nous, qui sait ce que nous cachons bien au fond de nos cœurs, en désespoirs, en blessures, en souffrances, en pensées noires. Peut-être justement en ce soir de veille de noël. Que ce soit pour des soucis de santé, par crainte pour un ami ou un membre de la famille, à cause de la solitude – les enfants ont préféré fêter ailleurs, avec d’autres  ; l’an dernier encore on était à deux sous le sapin  ; la lettre de licenciement est encore sur la table  ; depuis longtemps aucun emploi n’est stable  ; etc. etc. etc.
A tous les sombreurs, le prophète promet la lumière qui chasse leurs ténèbres, qui dissipe les nuages lourds et les pensées noires. Il promet la joie immense, et une grande allégresse.
Pourquoi  ?
Déjà quand on est tellement dans le noir, on a du mal à croire qu’il y aura un changement, même qu’un changement peut être possible, ne serait il que très modeste. Et là, Ésaïe arrive en disant, votre tristesse se transformera en joie, et vos larmes en rires, vos marches funèbres en danses de joie.
Pourquoi  ? Parce qu’un enfant va voir le jour, un garçon nouveau-né qui gouvernera le monde de sorte à ce qu’il n’y ait plus de tristesse. Il n’y aura plus de guerre entre peuples, ni de conflits entre particuliers. Plus de maladie, ni de tristesses.
Car « établir le droit et l’ordre de Dieu », comme le dit le prophète, c’est bien plus que réaliser le respect de la loi, le respect des principes fondamentaux de la république – même si ceux-là, qu’ils le veulent ou pas, sont inspirés par des idées chrétiennes. Le nouveau roi, qui va juste naître, changera toutes les lois humaines en une seule loi, celle de l’amour. Cet amour qui reconnaît à tout individu la qualité d’enfant de Dieu, qui lui laisse la liberté d’être celui qu’il est, comme Dieu l’a créé, et à la place que Dieu a prévue pour lui. Cet amour qui ne cherche pas à façonner l’autre, mais qui cherche à lui apporter toute aide, tout soutien dont il pourrait avoir besoin.
Tout cela, l’oeuvre d’un nourrisson  ?
Mais oui  : ce nourrisson que les bergers vont voir en laissant leurs troupeaux, ce nourrisson que chantent les anges… il a d’énormes pouvoirs. Mais il les exerce d’une façon tout aussi paradoxe que sa naissance. Il sera le roi des pauvres, le roi des tristes, le roi des sans-abri, le roi même des criminels condamnés à mort. Ce roi des paradoxes renverse tout notre système – et il peut le faire même dès aujourd’hui.
Ce soir encore, il peut faire de sorte que nous ne voyons plus le monde des mêmes yeux. Il nous fait le voir sous une autre lumière, SA lumière. Sa lumière qui ne s’éteint pas, qui éclaire les derniers coins de notre petite vie, qui ne laisse plus de chance au noir, aux pensées sinistres, aux situations sans issue – elle change tout simplement tout parce qu’elle change notre regard sur tout.
Comme une petite lumière, une bougie dans une cathédrale, comme un rayon de soleil à l’horizon norvégien, la lumière de cet enfant nous permet de voir, de vivre. Plus de ténèbres, car de la crèche nous vient une lumière infiniment puissante. Christ, le sauveur, est né.
Amen.

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