Déchire le ciel !

Chants : NCTC 80  ; 162  ; ALL 31-12  ;
Lectures : AT : (=pr)
Epître : Jac. 5, 7-8 Évangile : Lc 21, 25-33
PR : Es. 63, 15-16.19b.64,1-3

« Ah, si tu déchirais les cieux… » ce cri de détresse, ce soupir de dernier espoir  ! Qui ne s’est pas déjà trouvé dans une situation que seul une intervention du ciel pouvait changer, tourner vers le mieux  ? La perte d’un emploi, la déchirure de la famille, la mort d’un membre de la famille ou d’un ami très proche, la maladie grave d’un enfant… et tant d’autres situations peuvent nous paraître sans issue. Si seulement Dieu déchirait les cieux pour agir, pour changer tout…
Notre passage, ce cri de douleur a probablement été crié après la déstruction du temple et l’exile des nobles de Juda. Tout ce qui faisait la fierté de Juda, la noblesse de Salomon, est détruit  : le palais royal, le temple. Le pays n’existe plus, la nation risque de disparaître. Les ancêtres, Abraham et Jacob, ne peuvent plus garantir l’intégrité du peuple, tout risque de se perdre comme Israël, le pays voisin, il y a quelques générations.
Aucune solution humaine n’est imaginable  ; il n’y a pas la moindre chance qu’un nouveau David puisse réunir à nouveau tous les hébreux derrière lui pour libérer le pays. Les familles capables de telles actions sont exilées, et avec eux les meilleurs fabricants d’armes, les meilleurs architectes et menuisiers, les meilleurs forgerons.
Mais, et c’est ce qui rend ce texte merveilleux, dans toute cette détresse qui fait s’écrouler toute sa vie, le prophète s’adresse à Dieu. Avec toutes ses plaintes, ses reproches, ses accusations, il ne se détourne pas de Dieu. Au contraire, il se tourne vers Dieu, et c’est à Dieu qu’il les adresse. Il ne mâche pas ses mots, il ne ménage pas ce Dieu Éternel Seigneur qu’il rend responsable de tous ses malheurs. Ecoutez les vv. 17-19a que je ne vous avais pas lus tout à l’heure  :
Pourquoi nous fais-tu errer, SEIGNEUR, loin de tes chemins, et endurcis-tu nos cœurs qui sont loin de te craindre ? Reviens, pour la cause de tes serviteurs, des tribus de ton patrimoine.
C’est pour peu de temps que ton peuple saint est entré dans son héritage ; nos agresseurs l’ont écrasé, ton sanctuaire !
Et depuis longtemps nous sommes ceux sur qui tu n’exerces plus ta souveraineté, ceux sur qui ton nom n’est plus appelé.

Pour le prophète, Dieu est responsable de tout ce qui est arrivé à Juda, de l’attaque venue de l’extérieur, par les Babyloniens. Mais il va plus loin  : « c’est toi, dit-il, c’est toi seul qui fais que nous n’arrivons pas à suivre tes lois et tes préceptes  ! Tu nous as pris le sanctuaire et tu t’es retiré de nous. Nous sommes tout seuls, des désespérés, oubliés par leur Dieu  ! Nous souffrons par ta faute  ! » Ah, parfois j’envie cette franchise, d’oser dire à Dieu ce qu’il pense de lui, sans faire de détour, sans dire « mais, je sais que toute chose est pour mon bien », sans tout ce poids d’une tradition chrétienne… juste de dire ce qu’il ressent, et de dire à Dieu, « c’est toi que j’en tiens seul responsable. A toi de changer les choses ! »
Tout cela sonne pourtant un peu étrange, à l’approche de Noël, au mois de décembre quand même les Réformés français osent allumer une bougie dans le temple… mais où est le lien entre ce texte et notre temps de préparation à la plus grande fête de famille de l’année, et à la nativité du Christ  ?
L’intervention qu’attend le prophète, celle qui déchire les cieux, secoue les montagnes et fait bouillonner les eaux, nous l’attendons peut-être encore. Tout comme les premiers chrétiens, dont Jacques l’auteur de l’épître que nous avons lue, et l’évangéliste qui nous transmet les paroles de Jésus. Certes, ce sont des visions apocalyptiques, celle de Jésus encore plus que celle du prophète, et non pas des évocations de la naissance du Christ. Si nous ne nous préparons qu’à la naissance de l’enfant aussi divin qu’il soit, nous risquons de passer à côté de l’essentiel. Car Jésus lui-même a annoncé son retour, et ce retour sera un autre que sa première venue sur la terre. La première fois, il s’est présenté en petit enfant, à notre hauteur voire même en dessous. La prochaine fois, il viendra dans la gloire et la splendeur divine qui lui appartient, et ne se soumettra pas à la méchanceté humaine. Au contraire, il viendra pour la dominer, pour l’anéantir une fois pour toutes. La douceur laissera la place à la splendeur et la gloire. Dieu fera des choses inouïes, du jamais vu.
Et c’est la deuxième merveille de notre texte  : la première était que le prophète ne mâche pas ses mots pour exprimer sa plainte, la deuxième maintenant qu’il ne cesse d’avoir confiance en Dieu  : Dieu fera, Dieu est déjà sur le point d’agir. De sa puissante main, il va bouleverser notre système des choses, il va donner un nouvel ordre au monde, il va créer du nouveau. Les choses anciennes ont disparu, voici, je fais toute chose nouvelle, dit l’agneau sur le trône de l’Apocalypse.
Et le prophète y croit. Il ne peut encore rien voir de tout cela, rien du tout. Mais ça ne l’empêche pas d’y croire, de mettre toute sa confiance en Dieu, ce Dieu que, il y a quelques instants, il avait encore accusé de négligences graves. Dieu va agir.
Est-ce que nous arrivons à croire comme lui  ? Au moins un peu  ? A avoir confiance en Dieu, que non seulement nous pouvons lui dire tout notre mal-être, toutes nos souffrances, sans retenir notre langage, mais qu’en plus nous lui faisons pleine confiance qu’il ne laissera pas la situation en l’état, mais qu’il va agir, bientôt déjà, pour nous tirer de là, pour nous proposer une vie plus viable, plus vivable, qui vaut d’être vécue. Je nous le souhaite. Car Dieu agit, et si nous y croyons, nous pouvons le voir. Et alors, notre situation n’est plus désespérée, n’est plus au fond d’une voie sans issue ni retour possible. Alors, Dieu ouvre devant nous un large espace, il pose notre pied sur le large et nous dit  : va, mon enfant, je t’ai préparé le chemin.
Amen.

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