Sept sceaux

Chants : ARC 270  ; 24 v. 1+4+5  ; 304 v. 1+4+5  ;
Lectures : AT : Jér. 23, 5-8 Epître : Rom 13, 8-12 Évangile : Mt 21, 1-9

PR : Apc 5, 1-14
« Cela m’est un livre à sept sceaux » dit-on en allemand quand on veut exprimer qu’une chose est absolument incompréhensible et se refuse à toute tentative de comprendre. Un livre à sept sceaux… un savoir impossible, une connaissance interdite… le livre dans la vision de Jean contient toute notre histoire, nos réussites et nos échecs, et aussi notre futur – et en plus de ça, le pourquoi du comment.
Il y a dans ce livre des choses que nous aimerions oublier. Des souvenirs pénibles. Il y a les moments que nous n’arrivons pas à comprendre. Mais nous y trouvons aussi notre futur. Or, souvent, nous en avons peur  : qu’est-ce que l’avenir m’apportera  ? Vais-je garder mon emploi, ou vais-je en trouver un  ? Trouverai-je un partenaire  ? Pourrai-je préserver mon couple  ? Vais-je enfin avoir un enfant  ? J’espère que je ne suis pas enceinte… Mon papa va-t-il survivre la nuit  ?
Parfois, on aimerait bien pouvoir ouvrir les sceaux pour voir dans le futur. Juste un petit peu… juste pour savoir à quoi il faut se préparer pour demain… Mais  : non. Nous n’avons pas le droit.
Un seul est capable de porter cette responsabilité, d’ouvrir le livre et lire ce qu’il y a écrit de notre avenir, lire nos mésaventures, lire les raisons pour lesquelles tel moment s’est passé de telle sorte et pas autrement. Dans la vision, il est appelé « le lion de Juda » et « le rejeton de David ».
Un homme comparé à un lion, fort et serein de sa suprématie – c’est celui qu’il faut. Quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux, qui comme un lion ne perd jamais son calme, et qui domine son entourage par sa seule apparence. Un homme qui ne se laisserra pas déstabiliser par l’annonce d’un avenir périlleux et sinistre. Un vainqueur. Les jeunes diraient, un type qui assure grave.
Mais, ô grand paradoxe, juste dans le verset suivant – que je ne vous ai pas lu, pour ne pas prendre trop de temps – cet homme n’est pas appelé lion, mais l’agneau immolé.
Pas le vainqueur, pas le lion qui domine la scène, pas le type qui assure… mais, un agneau. Le symbole même de l’innocence, de la douceur, mais aussi de l’impuissance face au méchant. Pensez aux fables de Lafontaine que vous avez apprises à l’école…
Et pourtant, c’est l’agneau qui reçoit le livre. Et dans les chants de l’assistance, nous apprenons que c’est justement parce qu’il a été immolé, mis à mort, qu’il est digne de recevoir ce livre et de l’ouvrir.
Le vitrail du 6e jour de la création, au fond à ma gauche, nous montre l’agneau entre les pattes du lion. Et avec le lion, nous trouvons le taureau, l’aigle et l’humain, compagnons du trône de Dieu dans le chapître précédant notre lecture. Ces quatre sont devenus symboles pour les Évangélistes, témoins particuliers de Jésus-Christ. Ce Jésus qui montre et démontre sa puissance justement en se rendant impuissant, comme nous le voyons dans le vitrail central.
Il est bon d’avoir quelqu’un qui peut lire le livre. Qui peut relire notre histoire. Qui peut lire dans l’avenir. Qui peut nous affirmer dès aujourd’hui que notre vie a un sens, qu’elle pointe vers un but à atteindre, et que ce que nous vivons et endurons a un sens, même si ce sens nous reste encore caché. Et il faut que ce lecteur du livre soit l’agneau. Car dans le monde nouveau, c’est par l’esprit et non pas par la force que seront gagnées les batailles. C’est l’agneau qui règne, l’agneau pur et innocent. Pas le lion aux pattes ensanglantées. Les jeux de puissance de notre monde n’y marchent plus. L’agneau, fort comme le lion, vaincra ce qui nous empêche de vivre. Le lion, doux comme un agneau, nous guidera sur le droit chemin. Voilà le gouvernement d’un mis à mort, voilà la victoire de la victime immolée, le règne de celui qui était, qui est et qui va venir.
Au début de cette nouvelle année d’Église, notre passage veut être une promesse. La promesse que nos inconnus ne manquent pas de sens. Que nos vies ne sont pas aléatoires. La promesse que Dieu installe son Royaume. Certes, nous ne connaissons toujours pas notre avenir. Mais nous savons que nous en avons.
Nos chants d’avent, nos coutumes veulent nous rassurer, nous entourer d’habitudes bien connues. Et c’est très bien. En ce début d’année, nous en avons besoin, pour pouvoir ouvrir tout grand la porte de notre cœur, comme le disait le psaume que nous avons chanté, pour pouvoir nous ouvrir à la venue du Christ que nous annonçons dimanche pour dimanche, et que nous attendons. Pour pouvoir continuer à vivre, à endurer ou à nous réjouir, nous avons besoin de Lui. Et parce qu’il est l’agneau immolé, il a le pouvoir sur tout ce qui nous fait peur. Il nous permet d’avancer, de vivre. De vivre malgré tout ce qui nous fait peur, malgré la mort, la maladie, la souffrance. Parce que lui-même, il a connu tout cela, et parce qu’il fait route avec nous.
Amen.

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