Suis-je le gardien de mon frère ?

Chants : ALL 12-15 v. 6-8 (ou Ps.126, NCTC)  ; 31-21 v. 1-3  ; 31-21 v. 4.7.8  ;
Lectures : AT : Es. 65, 17-25 Epître : Apc 21, 1-7 Évangile : Mt 25, 1-13

PR : Lc 12, 42-48 (le texte sera lu un peu plus tard)
« Trop tard  ! » Qui n’a pas entendu cette réponse, au moins une fois dans sa vie  ? Je voulais encore poster cette lettre – mais, trop tard  ! Le camion est déjà parti, la lettre n’arrivera pas demain. Je voulais encore donner le ticket de loto, mais, trop tard, le guichet est fermé  ! Je voulais prendre le dernier train, mais trop tard, il est parti. Je voulais encore prendre du pain, mais trop tard, la boulangerie est fermée. Et, bien plus dur à supporter  : je voulais encore faire la paix avec mon père, mon frère, mon fils, mais trop tard  : il est mort.
Le passage qui nous est donné pour ce dernier dimanche de l’année d’Église fait partie de toute une série d’admonestations et de paraboles par lesquelles Jésus nous avertit de ne pas rater le bon moment, car il y a bien un jour qu’il sera trop tard. La parabole des dix vierges que nous avons entendue en lecture d’Évangile, est une de ces paraboles bien connues.
A un autre moment, Jésus parle des serviteurs dans la maison qui gardent tout prêt pour la rentrée du Seigneur, et peu importe l’heure du jour ou de la nuit, ils seront prêts à l’accueillir comme il faut. On les voit presque, le majordome derrière la porte, la cuisinière devant ses fourneaux, les valets qui n’attendent que de se charger de la voiture et des chevaux, la servante qui chauffe les lits… tout un ménage qui se tient comme si on entendait déjà la voiture dans la cour et les sabots sur les pavés – même si l’arrivée du Seigneur de la maison peut encore tarder de plusieurs heures.
Mais Pierre pose une question  : « Seigneur, est-ce que tu le dis pour nous seulement ou pour tout le monde ? » Il a bien remarqué que Jésus a des messages pour tous, et des enseignements réservés aux seuls disciples. Ecoutez la réponse de Jésus, comme elle nous est transmise par Luc, au chapître 12  :
lecture Lc 12, 42-48
Au cas où Pierre avait attendu une réponse du style « vous, vous n’avez pas de soucis à vous faire, vous êtes avec moi, donc la question est réglée », il s’est trompé. Au contraire, Jésus lui impose une responsabilité supplémentaire. Cette tâche de diriger la maison et de distribuer la nourriture au moment venu, c’est la responsabilité de l’intendant dans une grande ferme, dont dépendent nombre de ménages d’ouvriers agricoles. C’est le devoir de l’économe dans une entreprise industrielle, sauf qu’il verse le salaire au lieu de donner des céréales.
Si ces hommes ne remplissent pas leur devoir, les ouvriers ne seront bientôt plus en état pour faire leur travail. Le manquement de l’économe ou de l’intendant peut causer la faillite de bon nombre de familles, et de l’entreprise aussi.
Au niveau du Royaume de Dieu, le service d’économe est le ministère apostolique. Autrement dit, le ministère de l’Église.
Mais c’est qui, l’Église  ? Pour beaucoup, c’est une institution. Institution anonyme, en plus. Une institution qui peut faire du bien, mais qui peut aussi se rendre coupable d’horribles crimes.
Et si c’était faux, si l’Église n’était pas une institution anonyme  ? Si l’Église avait une figure, un visage  ?
Oui, l’Église a un visage. Elle a même beaucoup de visages, de bonnes têtes et de moins bonnes… et parmi tous ces visages, les vôtres et le mien. Vous et moi, nous sommes le visage de l’Église pour les personnes que nous rencontrons. Nous le sommes aussi pour nos frères et sœurs.
Par conséquent, c’est à nous aussi de nous charger de la nourriture des personnes qui nous sont confiées, qui – là encore – sont le visage de l’Église. A nous de veiller sur notre frère, sur notre sœur, afin qu’ils ne manquent pas de nourriture. Cela vaut pour la nourriture du corps, et nombreux sont les foyers qui reçoivent de l’aide par l’entr’aide protestante. Mais cela vaut encore plus pour la nourriture spirituelle.
En cette fin d’année de l’Église, Jésus nous met face à nos responsabilités pour notre prochain et nous demande  : est-ce que tu veilles constamment à ce que tu ne retires pas la nourriture spirituelle à ton frère et ta sœur  ? Je tarde à revenir, il est vrai, mais ne te laisse pas aller, veille constamment sur ton frère  ! Tu n’es pas Caïn qui ne voulait pas être le gardien de son frère… tu ne cherches pas ton avancement aux frais des autres, tu ne remercies pas l’ouvrier par des coups comme les Égyptiens jadis, tu es mon serviteur, et je t’ai confié tes sœurs et tes frères.
En effet, être chrétien n’est pas un plaisir gratuit. Jésus nous demande un engagement permanent. Mais la charge n’est pas si lourde qu’elle ne paraît, car c’est lui-même qui nous donne tout ce qu’il nous faut pour l’accomplir, jour après jour. Et n’est-il pas une joie de partager la nourriture spirituelle avec les frères et sœurs  ? N’est-elle pas comme la Manne dans le désert, dont il y avait toujours assez pour nourrir toutes les bouches   ?
Ce pain et ce vin sur la table, qui nous font partager au corps et à la vie du Christ, peuvent nous servir de symbole pour cette manne que nous sommes appelés à distribuer à nos prochains  : nous recevons le pain, nous en mangeons, et nous en donnons à notre voisin. Nous recevons la coupe, nous en buvons, nous la donnons à notre voisin. Le pain et le vin ne restent pas chez nous, mais vont plus loin pour nourrir d’autres, pour créer le lien, pour que tous ceux qui les partagent, reconnaissent la responsabilité qu’ils ont l’un pour l’autre, et qu’ainsi nourris, ils ne manquent pas de veiller sur le bien-être du prochain.
Amen.

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