guerre civile

Chants : NCTC 42, 1.7-9  ; 223  ; 249  ;
Lectures : AT : Job 14, 1-6 Epître : Rom 14, 7-9 Évangile : Lc 17, 20-30

PR : Lc 11, 14-23
Croyez-vous qu’un pays peut prospérer quand il se trouve constamment en guerre civile  ? Quand ses habitants se font la guerre, au lieu de s’allier contre l’ennemi commun  ? Quand ils font la guerre, au lieu de travailler pour leur pain quotidien  ?
Et pourtant, c’est ce que semblent croire les adversaires de Jésus. S’il expulse des démons, il doit le faire en commandant le prince des démons, Béelzeboul.
Mais Jésus objecte  : le Diable ne peut pas garder son pouvoir si Béelzeboul, Sa Majesté des Mouches, opère contre lui. Si les officiers se tournent contre leurs armées, ils sont perdus. D’ailleurs, Jésus n’est pas le seul à chasser des démons  ; les autres agissent-ils à force diabolique  ? Certainement pas  !
Or, Jésus ne s’attarde pas trop sur les démons. Certes, ils ont du pouvoir, mais il y a un plus fort qui peut les chasser. Lui-même, Jésus le Christ, chasse et désarme tout démon.
Et Jésus attire notre attention sur nous-mêmes  : « qui n’est pas avec moi, est contre moi. Et qui ne rassemble pas avec moi, disperse. »
La réflexion sur le pays menacé par la guerre entre ses citoyens, elle ne concerne pas seulement le royaume diabolique, mais elle vaut également pour l’Église. Comment peut-on penser promouvoir le Royaume de Dieu sur cette terre, si ce même Royaume souffre de terribles guerres civiles, d’horribles attaques fratricides tous les jours  ? Comment imaginer les citoyens du Royaume de Dieu tenir ensemble contre l’ennemi, s’ils ne sont pas en paix entre eux  ?
Or, de l’unité de l’Église, n’en parlons pas. Rêvons-en, plutôt…
Même si, par exemple, le conflit d’Irlande du Nord est tout sauf un conflit entre communauté protestante (ou anglicane, pour être exact) et communauté catholique, il y a tant de conflits dans et entre les Églises sur cette terre. Au niveau mondial, les orthodoxes qui se prennent pour la seule vraie Église parce qu’ils ont six des sept patriarchats historiques, les catholiques romains qui se prennent pour la seule vraie Église parce qu’ils ont le pape, les protestants qui ont inventé la Bible et sont donc la seule vraie… euh, les six mille seules vraies Églises, parce qu’être protestant, c’est souvent synonyme avec un particularisme qui frôle le sectarisme. En 1529, les réformateurs ont débattu longuement, ont trouvé que si sur 14 points ils arrivaient à se mettre d’accord, c’était impossible pour le 15e. Ils s’appelaient mutuellement à prier les uns pour les autres et à respecter l’autre en espérant que Dieu les éclaire. Ce fut le début des conflits luthéro-réformés qui ont trouvé une fin provisoire en 1973 par la Concorde de Leuenberg. Mais cette année encore, j’ai entendu des propos anti-réformés dans l’ÉELF et des propos anti-luthériens dans l’ERF, et ce en plus dans nos régions qui travaillent sur un projet de mariage. On coupe les cheveux en quatre voire en seize pour prouver que l’autre a tort – au lieu de reconnaître que les différences n’ont rien de théologique et ne sont dues qu’aux 450 ans de vies séparées.
Par contre, quand il s’agit de jeunes Églises protestantes, qu’on appelle communément « évangéliques » – là, les protestants traditionnels sont bien capables d’oublier leurs différends…
Et le Royaume de Dieu dans tout cela  ? Cette sécession dans le corps du Christ, n’est-elle pas l’oeuvre de l’Adversaire de Dieu, connu sous le nom du Diable  ? N’est-elle pas strictement contraire à la volonté du Christ, qui a prié pour que ses disciples soient tous UN  ?
Mais, et c’est horrible à dire, la scission ne sépare pas que les différentes dénominations protestantes, et les différentes confessions chrétiennes  : non, elle passe même à l’intérieur d’une même Église, séparant deux communautés qui pourtant adhèrent à la même Union, séparant les membres d’une seule communauté locale. Quand on parle du frère avec mépris à la place de l’amour, quand on préfère qu’il soit loin, quand on repousse la main tendue qui demande de l’aide, quand on refuse la communion – c’est qu’on n’est pas sous le règne de Dieu, mais sous celui du Diable. Il n’y a point de vide entre ces deux  ; soit tu es avec le Christ, soit tu es contre lui. Soit tu rassembles les fidèles avec Jésus, soit tu oeuvres pour les disperser, et alors tu es anti-christ.
Un chrétien digne de ce nom accueille son frère ou sa sœur avec joie, car toutes différences possibles deviennent insignifiantes quand on est tous les deux chrétiens. Un chrétien digne de ce nom ne cherche pas l’uniformité, mais se réjouit de la diversité que Dieu a offerte aux humains pour le louer.
Avant de nous réunir autour de la table de communion, examinons nos cœurs. Et prions le Seigneur qu’autour de cette table, s’unissent des frères et sœurs, libérés du démon du schisme et remplis d’Esprit de Dieu.
Amen.

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