Crois-tu cela ?

Lectures
AT: Lam. 3,22-26.31-32 Epître: 2Tim. 1, 7-10
Evangile: Jn.11, 1-3.17-27(41-45)

C’est un des épisodes bien connus de la Bible. Notre beau vitrail y fait ré-férence et montre Jésus qui rappelle Lazare, que nous voyons sortir de son tombeau. Jésus, qui rend vivant celui qui est mort depuis quatre jours, et dont sa propre sœur a dit « mais… il sent déjà bien mauvais ! » Il était donc en décomposition, mais Jésus peut lui rendre la vie.
Dans notre lecture, nous rencontrons une autre personne : Marthe. Nous la connaissons bien, elle aussi. C’est elle qui se coupait en deux dans la cuisine pour que Jésus et ses amis aient de quoi manger, alors que sa sœur Marie négligeait ses devoirs pour écouter ce que Jésus avait à dire. Au-jourd’hui, nous la voyons bien instruite et bien ancrée dans la foi.
Mais qu’est-ce qu’elle veut vraiment dire quand elle dit à Jésus, « maintenant encore je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera », alors qu’elle refuse la réponse de Jésus « ton frère ressuscitera » en renvoyant cette résurrection au dernier jour ? Croit-elle vraiment que Jésus peut tout demander à Dieu, ou a-t-elle des doutes de la bonne volonté de Jésus – ou de Dieu le père ?
Si nous réfléchissons un moment : quelle est notre foi ? Qu’est-ce que nous croyons vraiment, au fond du cœur, de Jésus et de son influence sur notre vie ?
Si nous disons « tu peux faire toutes choses dans ma vie », en sommes-nous vraiment profondément convaincus – ou cette pensée se perd-elle vite quand nous sommes tourmentés, ébranlés, quand nous avons l’impression que toute notre foi ne sert à rien ? Bien sûr, Dieu pourrait faire toutes les merveilles du monde, s’il voulait, mais… dans ma propre petite vie, il n’en voit certainement pas l’utilité ! Et Marthe, mais c’est sûr que Jésus peut demander n’importe quoi à son Père au ciel, et il l’obtiendra… seulement, pour la mort de son frère, il ne demandera pas. Ce sont les petites choses qu’il fait, chasser des démons et des maladies, mais faire revivre un mort, il ne voudra pas le faire.
Elle n’a pas confiance. Mais, au fait, en qui n’a-t-elle pas confiance ? En le Père, qu’il ne voudrait pas faire vivre Lazare ? Ou en le Fils, qu’il ne voudrait pas déranger le Père pour une demande tellement farfelue, puisque jamais encore on l’avait vu qu’un mort revenait de la tombe ? Certes, il y avait la fille de Jaïrus et le fils de la veuve de Naïn – mais l’une était encore dans son propre lit, et l’autre seulement en route vers le cimetière. Et Lazare, lui, il y repose depuis quatre jours, avec les températures qu’il y a en terre sainte, tu imagines la vitesse de décomposition ?
Marthe veut bien croire que le dernier jour, son frère ressuscitera, avec tous les autres morts. Mais, quelque part c’est facile à croire. Puisque c’est le dernier jour seulement que cette croyance se révélera vraie ou fausse… et que jusqu’alors, on ne peut rien prouver, ni même ébranler cette foi… et si c’était faux, nous n’en aurions pas de souci parce qu’alors, rien de nous ne remarquerait qu’on s’est trompé… oh oui, c’est facile de le croire. Mais de croire que aujourd’hui, en cette heure, maintenant, Dieu peut accomplir dans notre vie un miracle – ça, c’est difficile. C’est ce qui n’arrive pas, d’habitude. D’habitude, nous restons seuls avec notre deuil, avec la place vide dans notre vie, avec nos soucis aussi et nos chagrins. D’habitude, rien ne change, il n’y a pas d’événement surnaturel, ni d’ange aux ailes dorées. D’habitude, tout reste comme d’habitude.
D’habitude… Et l’habitude, n’est-elle pas l’habitude d’un Dieu non seulement trop silencieux mais aussi bien trop loin de nous pour vraiment savoir nos chagrins ? N’est-elle pas l’habitude d’un Dieu désintéressé et ab-sent ? « Si seulement tu avais été là, avec nous, il serait encore vivant », dit Marthe. Et dans sa tête elle ajoute, « mais tu n’étais pas ici quand nous avions besoin de toi, nous ne comptions pas assez. »
Espérer plus, ce serait rêver un impossible rêve. Ce serait rêver d’un monde meilleur, où l’amour aurait le dernier mot et non pas la tristesse. Pour citer Jacques Brel, qui aurait fêté ses 80 ans cette année, « si c’était vrai, tout ce qu’ils ont écrit Luc, Matthieu et les deux autres, si c’était crai le coup des Noces de Cana et le coup de Lazare … Si c’était vrai tout cela je dirais oui, oh, sûrement je dirais oui, parce que c’est tellement beau tout cela quand on croit que c’est vrai. »
Mais, c’est incroyable, impossible…

Après une belle déclaration de foi – mais est-ce qu’elle croit vraiment ce qu’elle affirme ? – Marthe s’éclipse. Elle va chercher sa sœur Marie. Après tout, c’est celle-là qui se connaît mieux avec les questions de foi… Mais Marie, elle, n’a rien à dire à Jésus…
En ce moment de la mort de leur frère ce n’est pas la foi en un au-delà qui porte. Le dernier jour, il est loin… Mais Jésus n’en est pas à son dernier mot. Ce n’est pas parce que nous n’arrivons pas à croire qu’il peut intervenir, qu’il peut vraiment intervenir, qu’il ne le ferait pas. Ainsi, non pas parce que Marthe a tellement cru en lui mais plutôt parce qu’elle ne l’a pas fait, il rappelle Lazare à la vie. C’est impossible, rappelons-le, parce que la putréfaction est bien entamée. Mais l’impossible – ce n’est pas ce qui em-pêche Jésus d’agir, pas plus que notre manque de foi. Et il rappelle Lazare. Il agit dans notre vie, aux moments que nous nous y attendons le moins. Ah, que nous puissions le croire, vraiment y faire confiance…
Amen.

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