un seul corps

Lecture Eph. 4, 1-6
Nos trois textes de lecture, comme d’habitude, ne sont pas mis ensemble par pur hasard. Il y a un fort lien entre eux, un lien qui donne un thème à ce culte. Le prophète qui croyait que tout ce qu’il faisait était inutile et vain, il apprend que ses paroles n’atteindront non seulement Israël, mais aussi « les nations », donc les païens. Jésus affirme qu’il est envoyé auprès des Juifs, mais la femme cananéenne fait preuve de foi, et Jésus ne repousse pas une païenne qui croit en lui. La parole de Dieu, l’Évangile de Jésus-Christ, ils dépassent les frontières, ils dépassent les limites du petit peuple juif. C’est pourquoi nous, aujourd’hui, sommes réunis dans ce temple : parce que l’Évangile ne reste pas enfermé dans les bornes d’un petit groupe.
Mais, avez-vous retenu comment Jésus, au début, a refusé la demande de la mère en détresse ? Cette ouverture vers les autres, apparemment, ne va pas de soi. Même Jésus semble faire un effort, un peu malgré lui, pour ne pas rebuter cette jeune femme.

C’est pourquoi aujourd’hui, nos lectures nous rappellent que nous ne sommes pas les seuls à être appelés par Dieu. Que même si, avec un peu de chance, nous sommes presque tous européens, Français pour la plupart, Lorrains et Vosgiens pour une grande partie d’entre nous – il y en a d’autres que Dieu a appelés. Dans d’autres régions, d’autres pays, sur d’autres continents. Et que même si ce matin, nous sommes presque tous protestants réformés – il y a d’autres dénominations dans la grande maison qui s’appelle « église du Christ ».
Et qu’est-ce qu’on ne peut pas trouver dans cette grande maison ? Il y a quelques étages occupés par de grandes familles, comme l’orthodoxie ou le catholicisme. Il faut bien s’y connaître pour comprendre les liens de parenté ou les différences et différends qu’il y a entre orthodoxes et orthodoxes, entre catholiques et catholiques. Puis, il y a l’anglicanisme, très divers dans les divers pays où il est enraciné, et avec quelques filières comme le méthodisme… et on trouve même plusieurs étages pour tout ce qu’on a tendance à appeler « protestants », c’est un peu comme les combles des grandes maisons bourgeoises, avec beaucoup de minuscules petites chambres pour le personnel… bien sûr, il y a les respectables demeures luthérienne, réformée-calviniste, et depuis presque 200 ans, leur salon commun qu’est l’Union. Auxquelles s’ajoutent ce qu’on appelle fréquemment « évangélique », que ce soit de couleur baptiste, mennonite, assemblée de Dieu, ou autres. La Fédération Protestante de France réunit une grande foulée d’églises et associations, et il en reste bien autant qui ne sont pas membres de la FPF.
Pour revenir à notre lecture biblique : il n’est pas facile d’accepter que les autres habitants de la grande maison église sont des chrétiens au même rang que nous. Nous avons bien tendance à nous croire supérieurs aux autres, à vouloir leur prendre un peu de la plénitude de la grâce… et nous sommes bien vexés si les autres en font autant.
Quand le Vatican disait dans une circulaire que selon ses critères, les Églises protestantes ne sont pas Église, nous protestants étions contrariés. Il arrive pourtant à certains d’entre nous de traiter les croyants catholiques de faux chrétiens, de serviteurs d’idoles – et j’en passe. Les uns ne sont pas plus justes que les autres sur ce domaine, comprenez-moi bien. Nous tous avons beaucoup à apprendre. Avant tout, l’humilité et le respect de l’autre.
Mais je trouve important un aspect qui risque de passer inaperçu ; je vous redis le verset 3 : « Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit Saint par la paix qui vous lie les uns aux autres. » L’avez-vous remarqué ? L’apôtre ne nous demande pas de créer l’unité, de la bâtir, ni même de la promouvoir, de la faire grandir. Il nous demande seulement de la maintenir, de ne pas la détruire – et celui qui crée l’unité, ce n’est pas un homme, c’est l’Esprit Saint, donc Dieu lui-même.
L’Esprit Saint crée l’unité entre les chrétiens, et nous n’avons plus qu’à la vivre. On ne nous demande pas de créer, on nous demande seulement de ne pas détruire. De voir en l’autre avant tout un enfant du même Père céleste. De respecter que Dieu est en lui comme en nous, que Dieu agit à travers lui comme à travers nous. Qu’il a la même foi, la même espérance que nous : que le Christ a sauvé le monde par sa mort et sa résurrection, et que Dieu, après notre mort, nous fera entrer dans son Royaume parce que le Christ nous a sauvés. Cela nous permet de reconnaître l’autre comme frère ou sœur, au lieu de le dire seulement (car, c’est plus facile de dire que de ressentir au fond du cœur !), et cette fraternité nous permet de nous sup-porter avec amour. De voir en la personne devant nous non pas celle qui risque de nous faire de l’ombre, mais l’être aimé par Dieu. De la voir comme Dieu la voit. Cet amour divin nous permet de supporter les différences, les habitudes, marottes et opinions de l’autre, en douceur et pa-tience – et de la même douceur et patience il supportera les miennes, car si son comportement m’intrigue, il sera autant intrigué par le mien !
Tout cela permet d’élargir le « nous » au-delà de nos limites bien serrées, d’inclure l’autre les bras étendus au lieu de le refuser le doigt bien pointu sur ses différences. De devenir église avec un é minuscule car c’est l’église universelle du Christ, de devenir église au lieu de demeurer ecclésiola, petit bout d’église seulement. Personne ne nous rebutera pour ce que nous sommes et comment nous sommes, personne ne nous forcera à changer – à une chose près : Dieu lui-même nous demande d’ouvrir les portes, d’accueillir les frères et sœurs, d’insister sur ce qui nous unit et non pas sur ce qui nous sépare – et en toute humilité d’éviter des propos et actes qui risquent de les blesser.
(Dans quelques instants, nous allons célébrer la Sainte Cène. Comme tou-jours, nous y invitons toute personne qui reconnaît en Jésus-Christ son Seigneur et Sauveur. Néanmoins, nous savons que pour des raisons bien ancrées dans leur Église, il est difficile pour les frères et sœurs catholiques de participer à la Sainte Cène. Si donc pour quelqu’un la communion du repas du Christ n’est pas possible, je l’invite de se joindre au cercle malgré cet empêchement, de passer simplement le pain et la coupe à son voisin – mais, de faire part du cercle, petit symbole du corps du Christ dont nous faisons partie, nous tous qui croyons en lui, peu importe de quelle Église nous nous confessons.
Il y a un seul corps et un seul Saint Esprit, de même qu’il y a une seule espérance à laquelle Dieu vous a appelés.
Amen.

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