rester fidèle

Lecture Hébr. 10, 35-39
C’est en lisant la dernière circulaire de l’Alliance Mondiale des Églises Réformées que j’ai compris à qui s’adressait cette épître. Je vais vous lire un passage…
désolé ; au moment de publier cette prédication, je n’ai pas retrouvé ladite circulaire. Il devait s’agir d’un rapport sur les Églises persécutées.

… Nous par contre, nous vivons en sécurité. Depuis 1945 au moins, les chrétiens de ce pays ont la liberté de célébrer leurs cultes, d’ériger ou de conserver leurs églises et temples, d’afficher par le port de petits bijoux leur appartenance à la foi chrétienne… on dirait que nous vivons au paradis.
Et pourtant… et pourtant, ce n’est pas facile d’être chrétien et de le revendiquer publiquement. Certes, on ne vous attaquera pas pour la petite croix au revers ou en pendentif, mais si vous refusez de suivre une mode à cause de la volonté de Dieu, les choses changent. Il est bien permis de faire n’importe quoi – à condition qu’on ne le fasse pas pour obéir à Dieu, ce qui semble « intégriste » aux uns, « d’esprit retardé » aux autres et simplement stupide aux troisièmes. Si vous affirmez que la Bible, pour vous, est plus qu’un vieux bouquin rempli d’histoires dépassées et souvent inhumaines, vous perdrez immédiatement la part majeure de votre crédibilité.
Il suffit déjà d’aller régulièrement au culte ; vous serez traités alors de grenouilles de bénitier – et personne ne se heurte au manque pertinent de grenouilles dans les bénitiers du monde, encore moins du manque évident de bénitiers dans nos temples !Tout cela au nom d’une sorte de tolérance prétendue, qui lutte contre un soupçon d’intolérance soi-disant existant dans l’église chrétienne. Peu importe d’ailleurs si les soupçons sont justifiés ou non – puisque c’est tellement facile de juger quand on ne sait rien de ce qu’on condamne…
Il y a d’autres adversaires à affronter. Notamment une mise à disposi-tion de tout ce qui, un jour, était cher à notre société et notre civilisation, et qu’on est prêt maintenant à sacrifier sur l’autel de la prospérité économique. Mais aussi, et nous risquons souvent de le négliger, notre propre paresse. C’est tellement plus agréable de rester chez soi, à regarder la télé en sirotant une bière ou un coca, que de sortir pour témoigner du Christ, en paroles et en actes. C’est plus facile, et moins risqué aussi, de rester dans ses quatre murs, et quand déjà on en sort, de faire comme tout le monde.
Eugène Ionesco, auteur franco-roumain, décrit dans sa pièce « Rhinocéros » la transformation lente d’une population en rhinocéros. Un après l’autre, les villageois s’abandonnent à la « rhinocérité », et même le héros se demande souvent s’il n’est pas bien plus facile et bien plus souhaitable de devenir rhinocéros, comme tous les autres. C’est une décision dure, qui le force à renoncer à sa place dans la société lo-cale – ou à renoncer à ses convictions humaines…
Contrairement à Eugène Ionesco, notre passage de l’Épître aux Hé-breux ne veut pas nous accuser. Non – il veut nous encourager. Il ne nous traite pas comme des lâches, qui abandonnent facilement les en-gagements qu’ils ont pris. Notre texte nous traite comme des héros, des endurants. Mais même les héros les plus forts ont besoin de ressourcements ! Pensons à Moïse, dans le combat contre les Amalécites (Exode 17) : « Tant que Moïse tenait un bras levé, les Israélites étaient les plus forts, mais quand il le laissait retomber, les Amalécites l’Emportaient. Lorsque les deux bras de Moïse furent lourds de fatigue, Aaron et Hour prirent une pierre et la placèrent près de Moïse. Moïse s’y assit. Aaron et Hour, chacun d’un côté, lui soutinrent les bras, qui restèrent ainsi fermement levés jusqu’au coucher du soleil. »
Là, ce sont Aaron et Hour qui apportent le renfort aux bras fatigués de Moïse ; ici, c’est l’auteur de l’Épître aux Hébreux qui nous apporte ce renfort. Un renfort, un encouragement dont nous avons bien besoin, en ce début d’année. Alors que le démarrage est difficile, que tellement de choses nous tombent dessus, que nous nous demandons éventuel-lement pourquoi donc nous nous engageons dans l’église, alors qu’à la fin ça ne sert pas à grand-chose, que les autres sont très lents à remplir leurs engagements, et que personne ne viendra nous dire merci… « Encore un peu de temps, très peu même… » … et ce serait dommage, après tous les efforts des années passées, d’abandonner maintenant alors que la fin, le but visé, est déjà très proche. Depuis combien de temps crois-tu en Dieu ? Depuis combien d’années t’engages-tu dans l’église ? Depuis combien d’années essaies-tu de transmettre à tes proches, à tes voisins, tes collègues ce que tu crois et combien ça vaut pour toi ?
N’abandonne pas tout ce que tu as fait pendant ces longues années. Ça avait un sens quand tu as commencé ; ça n’a pas perdu son sens avec les années ! Ne me laisse pas tomber, dit le Christ, car je serais triste de te perdre – et moi, je ne veux pas te laisser tomber. Regarde devant toi en confiance, et ne regarde pas la route ! Lève ton regard vers moi ! Regarde-moi, avec mes yeux je te guiderai, et je viendrai à ta rencontre. Regarde-moi, et ne te soucie pas des attaques de ceux qui ne me connaissent pas. Je serai avec toi, comme j’ai été avec Abel, avec Noé, avec Abram, avec tous les autres. S’il le faut, je t’enverrai une grande foulée de témoins qui te soutiendront. Je ne veux pas que tu baisses les bras ; c’est pourquoi je t’enverrai des amis qui t’aident à porter la charge. Garde les yeux levés vers moi ; c’est moi qui ai suscité la foi en toi, c’est moi qui l’accomplirai. Regarde-moi seulement, et tout sera bien !
Amen.

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