Du bon constructeur

Lecture : 1Cor 3, 9-15
Si vous avez construit une maison, vous savez bien de quoi parle l’apôtre. Je l’ai bien vu l’an passé quand le terrain voisin de mes parents a été construit : avant tout, on pose un fondement qui porte tout ce qu’on voudra construire dessus. Après, le style et la conception des constructions peuvent varier ; ainsi, sur les fondements de l’ancien château français de Dijon, on a érigé le temple protestant… et certains architectes apposent fièrement leur nom sur la bâtisse dressée.
Paul en parle par rapport aux scissions qui s’étaient formées dans l’Église de Corinthe : les uns se disaient pauliniens, les autres apolliniens, les troisièmes se nommaient d’après Céphas, ce qui est le nom grec de Pierre… un phénomène que nous connaissons. Entre « luthériens », « calvinistes », « catholiques », « orthodoxes », « évangéliques » et autres « baptistes », sans oublier les environ cent trente-six autres dénominations, on risque de perdre le nord. Même si nous nous contentons de regarder le petit monde qui se dit protestant, nous ne voyons pas beaucoup plus clair : rien que la Fédération Protestante de France réunit en son sein 23 Églises et 81 Communautés, Institutions, Œuvres et Mouvements. Sans parler des innombrables Églises qui ne sont pas membres de la fondation…

Paul, regardant avec stupéfaction la concurrence qui se fait entre les différentes dénominations, rejette catégoriquement toute cette diffé-renciation. Car, dit-il, ce n’est pas ce qu’on construit qui détermine la durée, c’est le fondement. Quand la terre tremble ou quand le feu prend la construction, c’est la qualité du fondement qui décide si l’on peut sauver la construction, ou s’il faut l’abandonner. (C’est ce qui a fait la différence entre les destructions des bombardements des deux guerres mondiales : l’explosion des bombes de la deuxième guerre mondiale secouait et faiblissait les fondements des maisons ; alors qu’il était possible de reconstruire les maisons brûlées après les bombes incendiaires de la première guerre…)
Les choses sont claires pour Paul : il n’y a qu’un seul fondement qui peut vraiment tenir. C’est le même pour tous, quel que soit le maître d’œuvre qui l’ait posé – que ce soit Pierre, Paul ou Apollon, ils ont tous posé le même fondement : ce fondement, c’est le Christ. C’est l’unique facteur qui comptera, à la fin. Que nous nous disions réformés, luthériens, baptistes, pentecôtistes, mennonites, catholiques ou autres – ce qui compte, c’est le fondement : c’est le Christ.
Ça, c’est le premier point. Celui qui fonde sa vie sur Jésus n’ira pas en enfer – il n’y a pas le moindre doute.
Après, il y a quand même la question de ce qu’on fait en construisant sur ce fondement… vous connaissez peut-être le conte des trois co-chonnets qui se construisent des maisons. Le premier construit une chaumière. C’est vite fait, il se repose – et se moque de ses frères qui mettent plus longtemps. « Tu n’auras rien contre la pluie », lui dit le deuxième, il construit une cabane en bois et sourit quand il voit son autre frère qui travaille dur en portant des pierres. Mais à la fin, le loup vient, il souffle très fort, et la chaumière s’envole. La cabane en bois ne résiste pas non plus contre le souffle du loup – mais la maison en pierre résiste. Le loup ne peut pas atteindre le cochonnet qui s’y est refugié.
Paul ne nous dit rien d’autre : dans l’épreuve, la construction montrera ce qu’elle vaut. L’un sera sain et sauf dans une maison solide, l’autre sortira bien amoché et égratigné des débris d’une bâtisse fragile… Qu’est-ce qui restera des constructions de nos vies quand le feu les éprouve ? Est-ce que tout tombera en cendres, qu’on balayera avec la poussière ? Est-ce qu’il en reste des débris qu’on ramassera à la pelle mais qui ne serviront plus à rien ? Est-ce qu’il en reste des ruines mais reconstruisibles ? Ou la construction résistera-t-elle fièrement au feu ?
Je suppose que nous voulons tous que la maison de notre vie résiste bien aux épreuves… mais, comment le faire ?
J’ai une amie architecte qui m’a bien expliqué les tensions entre l’architecte et le propriétaire ; ce dernier a souvent des idées qui ne sont guère compatibles au projet de l’architecte. Pour un exemple banal : Si l’architecte prévoit une construction en acier visible, il faudrait les poignées de portes et les robinetteries en métal blanc ou gris… mais le propriétaire veut des poignées et robinets dorés. Cela ne menace pas la stabilité de la maison – mais si le propriétaire demande des fenêtres plus grandes, des portes supplémentaires, la suppression de murs intérieurs qui portent la structure ?
Dieu a un projet de notre vie. Il a un plan bien travaillé. Un plan pour une vie bien construite sur le fondement fiable. Et si chacun est différent, si chaque vie est différente, Dieu a un plan individuel pour chacun entre nous. Jusque là, il n’y a pas de souci – sur le plan, notre maison sera fiable.
Mais – nous avons toujours nos propres idées sur notre vie. Nous cherchons à la peindre nos propres couleurs, à y poser les portes et fe-nêtres de taille et de nombre selon nos idées, aux endroits qui nous semblent appropriés, souvent sans trop nous soucier si c’est dans les plans du créateur. C’est ce qui fait que si souvent, nous transformons un refuge en souricière ouverte à tout venant. Que nous changeons une orangerie éclairée et vitrée en prison murée et sombre. Que nos passerelles et nos escaliers ne mènent nulle part.
Si donc c’est Dieu qui construit la maison, laissons donc à lui les déci-sions ! Je sais que c’est bien facile à dire… mais la Bible nous donne bien des indications si nos idées sont compatibles aux commandements de Dieu. (Nous en avons entendu le condensé tout à l’heure, avant la prière de confession.) Que faire quand vous n’êtes pas sûr de prendre la bonne décision ? La réponse est peut-être trop simple pour être facile : demander à Dieu son avis. Prier pour dire à Dieu « voilà mon problème ; que dois-je faire ? » Je crois fermement que Dieu ne nous laissera pas dans le vide. Il nous répondra, d’une façon ou d’une autre. Et il nous donnera les forces et les moyens de faire selon sa volonté, et ainsi de le laisser bien bâtir la maison de notre vie, pour que, après la mise à l’épreuve, nous n’y soyons pas les mains vides comme les grands sinistrés, mais que nous puissions nous réjouir que notre bâtisse ait tenu bon. Avec l’aide de Dieu qui ne veut pas nous voir en refugiés. Amen.

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