Dieu te sauve la vie

Lectures :
AT :=pr.
Ep.: Eph. 2, 4-10
Év.: Lc 18,9-14
pr. : 2Sam 12, 1-10.13 (lu plus tard)
C’est une histoire comme tirée des magazines sur papier brillant qui nous racontent la vie des étoiles de ce monde et de ceux qui voudraient l’être…
Le roi David, du haut de son palais, a pu observer une jeune femme qui se lave. Elle est seule à la maison ; son mari est un des officiers du roi, Urie, et il est parti en guerre. David, qui – notons-le en passant – n’est pas avec son armée comme il le devrait, David fait venir la jeune femme au palais, il couche avec elle, et elle se retrouve enceinte.
A l’époque déjà, on sait très bien d’où viennent les petits bébés, et on en connaît les délais de livraison – il faut donc faire quelque chose pour que Urie, le mari de la jeune femme, ne remarque rien. C’est pourquoi David ordonne de le faire rentrer, en permission, pour qu’il aille retrouver sa femme, et qu’il ne se pose pas de questions si neuf mois après, elle lui présente un enfant.
Seulement, cet officier est un homme de conscience : « Le tabernâcle loge sous une tente, mon armée est en campement – je n’irai pas dormir sous un toit et coucher avec ma femme ! » Et il dormira avec les soldats de la garde du roi. Malgré toutes les tentatives de saouler Urie, David ne réussit pas à le faire rentrer chez sa femme.

C’est pourquoi David entreprend un complot perfide : il envoie une lettre au général lui ordonnant d’exposer Urie aux combats les plus forts, et de le laisser afin qu’il soit tué par les ennemis. C’est ce qui arrive – et David, après le deuil, fait chercher sa veuve pour en faire sa femme.
Lecture : 2Sam 12, 1-10.13
Le roi a transgressé presque tous les commandements de la deuxième table : « tu ne tueras point », « tu ne commettras point d’adultère », « tu ne diras point de faux contre ton prochain », « tu ne convoiteras point la femme de ton prochain »… mais ce n’est pas le premier reproche du prophète. Il l’accuse : « tu as tout, tu as tout un harem de femmes – mais pour assouvir tes envies, tu as pris la femme d’un de tes officiers qui n’avait que cette femme qu’il aimait et qu’il chérissait. Et pour que tes manigances ne soient pas dévoilées, tu l’as tué ! »
David sait très bien ce qui est juste ou injuste ; il réagit violemment à la parabole que Nathan lui raconte. Mais pour ses propres actes, il reste aveuglé. Ne peut-il pas voir l’injustice qu’il commet, ou ne le veut-il pas s’en rendre compte ? Il est facile, quand on vit dans le luxe et dans la jouissance du pouvoir, il est facile alors d’oublier qu’on n’a pas tous les droits. C’est ce qui risque de nous arriver quand il s’agit de protéger notre monde, notre terre. Quand il s’agit d’explorer ou non les trésors cachés sous les derniers paradis naturels. Mais aussi quand il s’agit d’emmurer nos richesses. Cette semaine, une famille de touristes a été incarcérée pour le seul motif de ne pas être de peau blanche – ils avaient des papiers en règle, et leur fillette de deux ans est de nationalité belge. Jusqu’où allons-nous, quand il s’agit de soutenir notre train de vie ?
L’Éternel Seigneur condamne ce que David a fait. Le verdict est dur, très dur. Mais notre passage ne s’arrête pas là. Car David reconnaît devant Nathan : « J’ai péché contre l’Éternel ! » Et sur cette confession, l’Éternel pardonne le péché – il l’efface comme on efface une dette sur l’ardoise. La confession de David, que notre texte rapporte en quelques mots seulement, nous en trouvons le reflet dans le psaume 51 dont nous avons prié une partie tout à l’heure. Ce n’est pas un banal « ben ouais, j’ai merdé, désolé », c’est un cri du cœur, d’un cœur qui reconnaît qu’il a blessé mortellement, qu’il ne mérite que la mort.
Et notre Dieu ne reste pas de marbre devant un cœur tellement meurtri. Le prophète Nathan l’annonce à David, Jésus le dit du péager, l’apôtre Pierre l’écrit : Dieu fait grâce aux humbles, à ceux qui reconnaissent leurs erreurs, leurs péchés, leur orgueil. Nous avons entendu la phrase si compliquée de l’apôtre Paul aux Ephésiens, qui ne dit rien d’autre que « Dieu nous a relevés, par sa grâce ! » Par cette grâce, en d’autres mots : cet amour paternel qui nous est annoncé dimanche par dimanche au culte, Dieu efface tout ce qui est entre lui et nous.
Mais le feu de cet amour, est-ce qu’il brûle encore en nos cœurs ? Ou nous est-il devenu une habitude, comme la petite table sur laquelle on repose les pieds, le soir ? Quand nous suivons la liturgie du culte avec la confession des péchés – est-elle l’expression de nos cœurs ? « Si tu regardes nos péchés, Devant toi qui peut subsister ? » le pensons-nous, ou le disons-nous seulement parce que c’est affiché au tableau, annoncé par le pasteur ?
David, lui, il le ressent. Il sent au plus profond de ses entrailles combien ses malfaits l’ont éloigné de Dieu. Il en souffre, et du fond de son cœur, il implore Dieu de bien vouloir lui pardonner. Il ne sentira pas moins la joie du pardon, la parole et la main tendue qui le relèvent du sol sur lequel il s’était prosterné. Dans notre Église, nous affirmons à juste titre que Dieu veut des hommes droits, pas des esclaves à genoux… mais le geste de se mettre à genoux, d’être relevé par la main d’un autre – ce geste si parlant nous manque. Nous sommes debout, voire assis, pendant la liturgie de la confession des péchés, alors que ce que nous ressentons devrait s’exprimer par une mise à genoux, voire même une mise à terre…
Car si nous ne ressentons pas le poids de nos fautes, si nous ne souffrons pas de la distance qu’elles mettent entre nous et Dieu – comment pourrons-nous sentir la joie de la délivrance, comment les paroles de grâce peuvent-elles nous parler ?
Je sais qu’il y a des personnes parmi nous qui ont du mal à accepter le pardon de Dieu sur leur vie. C’est l’autre versant de la repentance : quand on s’enferme tellement dans sa culpabilité qu’on ne peut même plus entendre la parole de grâce qui nous appelle à sortir du cageot, à ouvrir les poumons, les yeux, les ailes ! Et pourtant : Dieu nous aime tous, comme nous aimons nos enfants, peu importe qu’ils aient de bons ou de mauvais résultats, qu’ils réussissent tout ce qu’ils entament ou qu’ils soient d’éternels perdants… au contraire : c’est souvent celui parmi nos enfants qui n’a pas la vie facile, pour qui nous avons un petit penchant, auquel nous accordons plus facilement une petite entorse à la règle… j’imagine que Dieu agit aussi comme ça, en ayant une sympathie spéciale pour ceux qui souffrent de ne pas suffire aux normes que d’autres – ou eux-mêmes ! – leur ont imposées.
La Sainte Cène que nous allons partager dans quelques instants, est un signe palpable de cet amour de Dieu. Elle est proposée aux pécheurs, et non pas aux justes, car les justes n’ont pas besoin du Christ… Elle est donc proposée à tous, car nous tous manquons de vertu devant Dieu. Elle veut nous faire goûter à l’amour de Dieu, qui n’a pas hésité à envoyer son Fils dans ce monde pour nous sauver la vie. « Dieu te sauve la vie ! » C’est le message que Nathan transmet à David, le roi repenti, et c’est le message que nous pouvons emporter de ce dimanche, de ce texte biblique mais aussi de la Sainte Cène. Dieu te sauve la vie : il y a un autre qui portera la charge ; tu pourras relever la tête. Désormais, rien ne peut empêcher Dieu à t’aimer comme un père aime son enfant.
Amen.

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