Dieu tient ses promesses

Lectures : AT : Ex. 19, 1-6
Ep. Rom. 9, 1-8.14-16
Ev. Lc19,41-48
Lecture 2 Rois 25, 8-12

C’est la Une des journaux de ce jour en l’an 587 avant J.C. : « Jérusalem n’existe plus ! Après près de deux ans de siège, les Babyloniens ont ouvert une brèche dans la muraille. Le roi, s’étant enfui, a été arrêté près de Jéricho. (Je vous passe quelques détails particulièrement dégoûtants.) La ville brûle, le Temple construit par Salomon n’est plus qu’un tas de cendres. Des milliers de personnes ont été arrêtées avec toutes leurs familles pour être déportés vers Babylone. Seuls les cultivateurs resteront en Juda. »
L’état de Juda est anéanti. Ses nobles sont déportés, la famille royale a été massacrée, la capitale n’existe plus. Juda devient province babylonienne. C’est la catastrophe. Et les judéens ne savent que trop bien ce qui suivra ; ils ont vu ce qui est arrivé aux cousins certes peu aimés, au grand royaume d’Israël. Tombé sous le joug des Assyriens, Israël avait cessé d’exister, la noblesse avait été enlevée, des Assyriens occupent maintenant la terre – bien que leur Empire se soit effondré il y a quelque temps déjà, face aux Babyloniens. Juda connaîtra-t-elle le même sort ?
A ce moment de la réflexion, s’impose la question : qu’est-ce que ça nous intéresse, la disparition d’un petit pays presque oublié en Proche-Orient, de plus que 2594 ans nous séparent des faits ?

(En plus, notre temple existe toujours, il a été miraculeusement préservé de la rage folle des guerriers en retraite, alors que la moitié de la ville disparaissait…)
Le problème qui peut nous lier à cette vieille histoire, c’est quelque chose qui n’est pas inscrite dans ce passage-même, mais que nous retrouvons dans les messages des nombreux prophètes que Dieu a appelés pour parler à son peuple. Il n’y avait jamais autant de prophètes que pendant la période de l’exile…
Car la défaite de l’armée judéenne, encore plus la destruction du Temple, posent et imposent une question douloureuse : si Dieu n’a pas empêché la défaite de son peuple, si Dieu ne protège même pas son temple, la maison où on l’adore et où on suppose son domicile – qu’en est-il de ce Dieu ? Est-il impuissant ? Ou peut-être même inexistant ? On peut se demander ce qui serait pire…
Il n’y a qu’une seule fois depuis que le peuple juif s’est posé cette question avec autant de véhémence : pendant les années de la Shoah, quand des millions d’hommes, de femmes et d’enfants laissaient leurs vies dans les chambres à gaz…
Face à la catastrophe, la question s’impose ce que vaut la fidélité à un Dieu qui semble impuissant, qui semble absent ou peu intéressé par le sort de son peuple choisi parmi les nations. Si ce Dieu ne peut pas nous protéger, pourquoi lui sacrifier, pourquoi lui adresser nos prières, pourquoi obéir à sa Loi ?
Je l’ai déjà dit : la période suivant cette catastrophe militaire, politique et religieuse est suivie par l’envoi de plusieurs prophètes. Notamment Ézéchiel ne cesse pas de répéter que la défaite était voulue par Dieu, mais que néanmoins – non : d’autant plus, Dieu a un plan avec son peuple. Il cherche à regagner la confiance et l’amour de son peuple qui s’était détourné de lui bien avant la conquise par les Babyloniens. Il cherche à leur dire la parole de Dieu : « Je suis avec toi, peu importe où tu te trouves. Je suis avec toi – même en terre ennemie, même en Babylonie je suis avec toi. Je ne te laisse pas, et je bénis le travail de tes mains, je bénis la terre que tu retournes, je bénis les enfants que tu auras. Mon histoire avec toi n’est pas finie, au contraire : elle entre dans une nouvelle phase. »
C’est le message qui reste, le message qui dépasse la défaite devant les Babyloniens, la défaite devant les Romains une génération après Jésus, et même la shoah : Dieu reste fidèle à son peuple. Un message valable pour Israël, mais aussi pour nous, chrétiens dans l’Église. Il nous rappelle de respecter les amis juifs comme premiers enfants de Dieu. Pendant longtemps, l’Église chrétienne avait tendance de se substituer aux juifs, en se prenant pour la nouvelle Israël. C’était oublier que notre Dieu reste fidèle à ses engagements même si les hommes n’entendent pas sa voix… Ce rappel peut en même temps nous consoler, quand nous même sommes en détresse, face aux petites et grandes catastrophes de la vie qui peuvent nous faire douter de l’amour de Dieu. Il ne nous répond pas à la question du « pourquoi », mais il nous rassure, comme les prophètes ont rassuré les Judéens : Dieu n’a pas cessé d’avoir un projet avec nous. S’il nous fait passer par des passages difficiles, il ne nous oublie pas pour autant. Même contre toute apparence – Dieu tient ses promesses.
Amen.

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