Dieu est mon soucy

Chants : ARC 155 ; 607 ; 523 ; 528 ;

Lectures : AT : Dtn 6, 4-9

Épître : 1Jn. 4, 16b-21 Évangile : =pr.

PR : Lc 16, 19-31

La parabole du riche et du pauvre Lazare. Combien de fois ne l’avons-nous pas entendue… et en ce qui me concerne, je l’ai toujours entendue comme un appel à la miséricorde et à la diaconie. Mais est-ce que c’est vraiment la pointe de cette parabole ?

Jésus nous parle d’un homme riche. Bien vêtu, soigné – et aux petits soins pour lui-même. Et d’un pauvre du nom de Lazare. Ce nom peut paraître cynique, car en hébreu c’est Éléazar : Dieu aide. Or, ce pauvre, il envie beaucoup les plats du riche, et personne ne vient soigner sa maladie si ce ne sont les chiens qui lui lèchent les ulcères. Les deux meurent, et l’un se voit porté « dans le sein d’Abraham ». L’autre en enfer. Pourquoi ?

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cultiver la paix

message lors d’un culte oecuménique à l’occasion de la commémoration de la destruction de la ville de Vaux-sur-Mer, le 14 avril 1945.

Lectures : Mi. 4, 1-4
Jn 14, 27-31

La grace et la paix vous sont données de la part de Dieu notre Père et de notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.
Quelle belle vision que nous montre le prophète ! Les peuples du monde entier en pélérinage paisible et pacifique, ensemble ils montent à la montagne du Seigneur. N’est-ce pas un beau rêve ?
Et puis, la vision du prophète va plus loin : les armes sont transformés en outils agricoles. De nos jours, on transformerait les chars en tracteurs, les bateaux de guerre en chalutiers, les bombardiers en avions d’engrais.
Certains grinceraient des dents, en Europe… car l’industrie de l’armement participe pas mal à notre prospérité économique. Nos pays gagnent bien plus d’argent par la fabrication et l’exportation d’armes, de munitions et autres équipements militaires, que par la fabrication et exportation de tracteurs et outils agricoles. Les seuls qui gagnent vraiment des fortunes sur le secteur agricole, ce sont les entreprises du transgénique… et leur manière de faire n’est pas forcément très paisible et respectueuse.
Plus aucune nation – aucune ! – ne lèvera les armes contre une autre. Il n’y a même plus de formation militaire, plus de service national, plus d’armée et plus d’armes. Et cette image qui est bien de chez nous : chacun demeurera sous sa vigne et son figuier, et personne ne viendra le troubler. C’est ce qu’exprime le mot hébreu Shalom, Ssalam en arabe : non seulement l’absence d’agression, même pas seulement l’absence de conflit, mais aussi tout ce qu’il faut pour le bien-être : un domicile décent, un travail qui permet de manger à sa faim, de la nourriture correcte, une famille, des amis. Et tout cela dans une ambiance de paix. La paix avec les autres, la paix avec soi-même.
Le rêve… et pourtant, de nos jours, il est impossible de compter les conflits autour du globe, de donner le chiffre d’hommes, femmes, enfants qui meurent de la violence des autres. Qu’en est-il donc de la prophétie de Michée ?
Jésus dit : je vous donne la paix, ma paix. Et c’est une paix comme on ne trouve pas dans le monde. Une paix qui ne vient pas des engagements humains, mais qui vient de l’Esprit de Dieu.
Mais cette paix dont il parle, où est-elle ? Peut-on la voir, l’avoir quelque part ?
Je crois que tout d’abord, elle n’est pas à notre disposition. Nous ne pouvons la recevoir qu’en cadeau. Mais je crois aussi que même durant le grand conflit mondial qui a mené à la destruction de Vaux sur Mer et des communes voisines, il y a eu de cette paix divine. Je pense aux martyrs chrétiens de la résistance, le père Maximilian Kolbe, le pasteur Dietrich Bonhoeffer – pour n’en nommer que deux. Bonhoeffer écrit qu’il a peur, qu’il ne sait absolument pas comment survivre à ces interrogatoires, ces tortures qu’on lui inflige. Mais quand même, il trouve la force d’être un pasteur pour ses co-détenus, de sorte que même les geôliers sont impressionnés de la force qui émane de lui. Une force qui n’est pas la sienne.
C’est macabre à dire, mais l’expérience des camps a permis aux chrétiens des différentes confessions de passer outre les condamnations qui les séparaient. C’est dans les camps que catholiques et protestants ont pu prier ensemble, communier ensemble sans que le célébrant leur demande leur appartenance ecclésiale.
Et par endroit, des gens ont pu rencontrer des prisonniers de guerre, et ont découvert que cet autre-là, n’est pas d’abord l’ennemi mais avant tout un homme comme toi et moi. Il y a eu ce qu’on appelait alors « fraternisation ». Malheur à celui qui traitait l’ennemi en humain… malheur aussi à ce soldat qui osait ramener à la maison cette jeune femme qui lui avait rendu sa dignité d’homme, qui avait su gagner son coeur malgré le conflit des nations… il fallait souvent beaucoup de patience, beaucoup souffrir avant de se voir toléré. Mais, la paix du Christ a permis, là encore, des réconciliations. Parfois sur le lit de mort.
Il fallait être homme de foi pour mener, quelques années seulement après la guerre, les voisins ennemis sur un chemin de paix et même d’amitié. Une amitié pas souvent facile à vivre, et parfois brouillée par des intérêts politiques de court terme – mais qui tient depuis plus d’un demi-siècle.

Qui aurait pensé, il y a 70 ans, qu’un jour un pasteur et un curé, un Allemand et un Français célébreraient ensemble cette commémoration et cette prière pour la paix ? Que pour les petits-enfants des combattants, les frontières des pays ne constituent plus une barrière ?
Mais la paix ne se laisse pas posséder. Elle ne peut que s’offrir, se donner. C’est donc un travail quotidien de la soigner, l’entretenir, la faire fleurir.
C’est une tâche permanente de nous tourner vers l’autre, de tolérer, puis accepter qu’il est différent, d’ouvrir les yeux et le coeur pour vouloir découvrir qui est cet autre. Jour après jour, nous devons décider si nous voulons être serviteurs de paix – ou porteurs d’indifférence et de haine. Jour après jour, l’Esprit de Dieu nous appelle de sa douce voix à ouvrir les yeux du coeur. Ces yeux qui ne voient pas de nationalité, de confession, de couleur de peau – mais qui voient leur semblable, en voyant dans le coeur.
Jour après jour. Chaque fois que nous rencontrons un inconnu, est un moment qui nous permet d’être serviteurs de paix. De dépasser cette cage dans laquelle nous nous sentons en sécurité, cette cage de la nation, de la culture, de la confession… cette cage qui nous enferme avec nos semblables en nous séparant des autres. C’est, à chaque fois, un acte de foi d’aller vers l’autre. Dietrich Bonhoeffer écrit dans un poème : « déploie les ailes, et plein de confiance, jette-toi dans le vide. Et la grâce de Dieu te portera. » Elle nous portera vers l’inconnu. Elle nous rendra forts pour résister au Mal, à la violence, à l’abus, au mépris. Elle fera de nous des messagers de paix, des réconciliateurs, des prophètes.
Que la grâce de Dieu nous offre le Shalom, la paix extérieure et intérieure, entre peuples, entre religions et confessions, entre nations, entre voisins, entre membres d’une même famille. Et qu’elle nous permette d’être messagers de paix, promoteurs de ce rêve du prophète où chacun pourra manger son pain à l’ombre de son figuier.
Amen.

déliés

Chants : ARC 177 ; 364 ; 368 ; 178 ;
Lectures : AT : Es. 49, 13-16
Épître : 1Jn. 1, 1-4 Évangile : =pr.
PR : Lc. 2, (22-24)25-38(39-40)

Dimanche dernier, nous avons médité une rencontre. Rencontre entre deux femmes, deux enfants, deux mondes. Aujourd’hui, ce thème nous est à nouveau proposé. Avec un brin d’ironie, nous sont présentées deux rencontres dans l’enceinte du temple.
Marie et Joseph sont allés accomplir leur devoir rituel selon la Loi : présenter le premier-né au temple et faire le sacrifice prévu à ce moment-là. Les jeunes parents accomplissent la Loi – et ils ne disent pas un mot. Lire la suite

Symbole

Lectures : AT : Mi. 5, 1-4a
Épître : Tit. 3, 4-7 Évangile : =pr.
PR : Lc. 2, (1-14)15-20

Voilà que les anges sont partis. Le messager lumineux, le chœur céleste glorieux – la multitude des armées célestes, dit Luc – ils ont disparu, le ciel est aussi noir qu’avant. C’est un peu comme à la sortie du cinéma quand on a vu un très bon film, qu’on est encore un peu tiraillé entre le monde du film et la vraie vie – et qu’on met un instant à se situer. Où suis-je, où est la limite entre réel et imaginaire, et qu’est-ce que je vais en faire ?
J’imagine que les bergers en ont discuté. Qu’ils se sont demandés s’ils ont rêvé, si la gnôle était peut-être pas bonne, ou si les esprits de la nuit leur ont joué un tour.
Qu’est-ce qu’on fait quand on entend que Dieu s’est incarné non pas en un vaillant guerrier sur son cheval blanc, mais en un bébé dans des couches parfois pas très blanches ? Qu’est-ce qu’on fait quand on entend que Dieu est devenu – je dirais mieux : que Dieu s’est fait l’un des nôtres ? Qu’est-ce qu’on fait en apprenant que Dieu n’est pas le tout-fort, le miraculeux, qu’il ne change pas le monde par un coup de tonnerre et de baguette magique, mais qu’il est bébé, né dans des conditions de misère, dépendant pour tout, mais vraiment pour tout de la bonne volonté des adultes qui l’entourent ?
Est-ce qu’on se dit : ah, chouette, c’est pas du tout ce que j’attendais, mais ce sera certainement merveilleux ? Ou est-ce qu’on n’aurait pas tendance à se dire, cause toujours, ce que tu racontes là ce n’est pas mon Dieu, c’est une invention pure et simple ? Lire la suite

Il retourne tout !

Chants : ARC 33,2-5 ; 171 ; 173 ; 307 ;
Lectures : AT : Es. 52, 7-10
Épître : Phil. 4, 4-7 Évangile : =pr.
PR : Lc. 1, (39-45)46-55(56)

C’est une belle histoire que Luc nous présente ce matin : une jeune femme vient d’apprendre que deux enfants vont naître. L’un de ces enfants est le sein, l’autre celui d’une parente déjà bien âgée. Et la jeune femme n’attend pas longtemps, elle fait ses valises et se met en route pour aller rendre visite à sa parente. Il se peut bien que, vu son âge, celle-ci aura besoin d’un soutien et surtout d’un bon coup de main.
Mais là n’est pas le vrai intérêt de ce passage. Son importance, c’est d’abord la rencontre. La rencontre entre deux femmes, l’une âgée et l’autre jeune, et la rencontre entre leurs enfants respectifs.
Elisabeth, ici, représente l’ordre ancien. Fille de prêtres, femme d’un grand-prêtre, elle est décrite comme une femme juste et pieuse. Elle rappelle autant Sara, la femme d’Abraham, qu’Anne, la mère de Samuel. Son fils, quand il sera adulte, appellera à la pénitence tous ceux qui n’ont pas respecté la loi de Dieu à la lettre.
Marie, quant à elle, fait partie du monde qui vient. Elle n’a pas l’héritage de la Loi, mais elle porte en elle la grâce de Dieu. Tellement que la loi ne peut pas lui interdire sa grossesse, alors que – quelle horreur à l’époque et même encore il n’y a pas longtemps – elle n’est pas mariée. Mais, remplie de grâce, elle porte en son sein celui qui incarne la grâce, l’amour de Dieu. Quand il aura grandi, il prêchera l’amour de Dieu, la consolation. Lire la suite

Mais s’il vient ?

Chants : ARC 72 ; 306 ; 302 ; 309 ;
Lectures : AT : Es. 40, 1-8
Épître : 1Cor. 4, 1-5 Évangile : =pr.
PR : Mt. 11, 2-6

Les enfants en Allemagne et en Autriche connaissent un jeu appelé « jeu de l’homme noir ». On demande « qui a peur de l’homme noir », réponse : « personne ! » – « Mais s’il vient ? » – « Alors nous courons ! »
Parfois j’ai l’impression que c’est comparable à l’attente du Christ. Qui est-ce qui en craint ? Personne. Mais s’il vient ? Probablement nous nous poserions un paquet de questions, est-ce que c’est vraiment lui, ou quand même pas, il a dit lui-même « si on vous dit ici ou là, n’y allez pas », et si ce n’est pas lui, il faudra encore attendre…
C’est, selon notre passage, ce qui arrive à Jean le Baptiste. Depuis quelque temps il est en prison parce que sa parole n’avait pas convenu au régent. Précisément, nous apprenons son arrestation au chapitre 4 juste après l’épisode de la tentation du Christ dans le désert. Juste au moment où Jésus commence son ministère de prédicateur. Là, nous sommes au chapitre 11, bien des choses se sont passées autour de Jésus – et Jean envoie ses amis pour demander à Jésus : es-tu celui que nous attendons ?
Lui, qui avait désigné Jésus comme celui qu’il annonce, qui avait dû le baptiser, qui s’était déclaré indigne de nouer les lacets de Jésus – maintenant il doute. Lire la suite

En chemin vers la fête

Chants : ALL 31-18, 1-4 ; 31-09, 1-4 ; 31-21, 1-3.5.8 ; ;
Lectures : AT : Es. 63, 15-64, 3
Épître : Jac. 5, 7-8 Évangile : =pr.
PR : Lc. 21, 25-33

Les enfants – et quelques grands – ont un calendrier de Noël. Quand s’ouvrira la 24e porte, généralement un peu plus grande que les autres, la fête est là.
Nous autres adultes, nous avons nos propres façons d’approcher un grand jour, de compter à rebours. Que ce soit une fête, la retraite, ou la naissance d’un enfant que de nos jours on calcule au jour près, souvent même qu’on programme…
Mais certains événements sont moins prévisibles. Comme la première neige par exemple. Ou le premier jour de plage de l’année. Personne ne pourra dire aujourd’hui quel sera le premier jour à plus de 20°C en 2015 à Royan. Personne.
Par contre, nous pourrons dire que ce jour viendra. Lire la suite