invité à s’engager

Lectures : AT : És. 25, 6-9
Épître : Phil. 4, 12-20 Évangile : =pr.
PR : Mt. 22, 1-14

Grâce et paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et de notre Seigneur Jésus-Christ ! Amen.
Cette parabole, dans la version que nous transmet Matthieu, ne manque pas de violence. Des messagers maltraités et tués en passant par la mission punitive qu’envoie ce roi jusqu’à ce pauvre bougre qui se trouve dans la salle royale visiblement sans savoir pourquoi et comment, et qui pour son ignorance est sévèrement puni.
Est-ce que c’est un passage digne de l’anniversaire de l’ACAT qui s’engage depuis 40 ans contre toute sorte de violence et notamment de violence d’état et de gouvernement ? Et je pourrais aller plus loin et demander si ce passage n’est pas en contradiction avec le message du Christ qui nous demande de tendre l’autre joue et d’aimer nos ennemis. Ce n’est pas ce que fait ce « roi humain » dans la parabole ! Lire la suite

Persévérez !

Chants : ARC 68, 1.4.5 ; 611 ; 475 ; 584 ;
Lectures : AT : Lam. 3, 22-26.31-32
Épître : (2Tim. 1, 7-10) Évangile : Jn 11, 1(2)3, 17-27 (41-45)
PR : Hébr. 10, 35-36(37-38)39

Et voilà que nous est proposé à nouveau un passage de l’Épître aux Hébreux, comme nous en avions tant en début d’année. Et encore, ce petit passage mérite d’être lu et relu pour que nous comprenions mieux.
L’auteur s’adresse à un groupe qui a été victime de persécutions, et ceux parmi ce groupe qui n’étaient pas eux-même exposés aux injures et persécutions, aux confiscations de leurs biens et aux incarcérations injustifiées, en ont souffert par compassion avec leurs frères ainsi maltraités. Il les encourage à persévérer, à ne pas perdre courage, car, comme il dit, « nous ne sommes pas des gens qui tournent leur manteau selon le vent, ce qui voudrait dire renier Dieu sous la pression, mais nous sommes des gens de foi, et c’est pourquoi Dieu ne nous laissera pas tomber. »
Mais alors – quel message pour nous ? Pour les frères et sœurs qui vivent le supplice en Syrie, en Irak, au Pakistan, en Chine et ailleurs où leur vie et leur existence est constamment menacée, d’accord – mais nous ne risquons pas d’aller en prison pour notre foi, d’être spolié de nos biens, d’être maltraités et ridiculisés… ou bien ?
Ceci dit, si nous ne connaissons pas d’oppression proprement dite de la part de la République, les chrétiens sont observés avec méfiance. On est, comme dit Jean Alexandre, pris dans un piège composé d’incompréhension, de déni et d’accusation. Au point qu’on préfère garder sa foi pour soi.
Mais ça encore n’est pas la grande menace pour nous. Nous avons nos temples où nous fêtons nos cultes, nous pouvons porter la croix huguenote ou même une croix romaine si le cœur nous en dit, lire la Bible dans le hall de gare… et notre discrétion innée sur notre foi est même plutôt bien vue.
Non, la tentation qui nous guette, ce n’est pas de céder à l’oppression sociale ou civile. C’est plutôt le vieillissement de nos communautés, le manque de renouveau, l’épuisement des forces – bref, que notre Église ne va pas mieux que nous-mêmes. J’ai lu hier le dossier synodal – si si, je l’ai vraiment lu ! – et il comporte plein de questionnements sur l’avenir de notre Église. La région aurait besoin de 37 pasteurs, mais ne peut en payer que 30 et trois quarts… (comment faire ¾ de pasteur, je crains que ce soit un massacre!) Le consistoire des Vosges dans l’Est, où j’étais avant, n’a plus qu’un seul pasteur en poste paroissial. Pour deux départements et demi.
Par ailleurs, sur presque 1200 foyers protestants connus dans le secteur des trois Églises, cinq enfants participent à l’École Biblique cette année, et au KT l’an dernier on avait quatre catéchumènes mais rarement plus que deux à la fois. Qu’est-ce que ça va donner ? Qui va prendre notre relève ?
Voilà ce qui nous menace, qui tend à nous faire baisser les bras. La déprime. La résignation. Et donc, on est tenté d’abandonner l’Église, la foi, Dieu.
Persévérez, nous crie l’apôtre, tenez bon, gardez votre assurance, votre ferme attachement à Dieu ! Vous avez tout à y gagner ! Oui, il faut avoir patience, il faut faire preuve d’endurance, car les temps ne sont pas bons. Mais pour l’amour de Dieu, n’abandonnez pas !
Sur plusieurs chapitres, il a expliqué comment la foi est l’essence de toute l’histoire du salut, depuis les premiers héros de la Genèse. Noé, Abraham, Jacob, tous ont agi dans la foi, et Dieu n’a jamais trahi leur foi, leur confiance.
L’apôtre nous invite donc à faire confiance comme eux, et d’endurer sans céder ce qui nous chagrine et qui veut nous faire perdre la foi.
Ne vous chagrinez pas du vieillissement de votre communauté. Continuez à la faire vivre, continuez à la vivre, restez fidèles à Dieu et fidèles les uns aux autres. C’est en vivant la communauté que vous rendrez cette communauté vivante. C’est en étant soutien aux frères et sœurs que vous trouverez l’aide qu’il vous faut. Dans sa faiblesse et même par sa faiblesse, votre communauté peut être forte, et peut être un témoin crédible du Christ.
Ne baissez pas le bras devant le petit nombre d’enfants en catéchèse. Soyez pour eux des témoins de l’amour de Dieu. Accueillez-les, d’où ils viennent, réjouissez-vous de leur présence. Cherchez à trouver un contact aux autres, qui se tiennent à l’écart, mais ne vous en préoccupez pas trop. Dans le souci des absents n’oubliez pas que ceux qui sont là, le sont pour entendre et voir votre joie de vivre avec votre Dieu. Donnez-leur ce qu’il faut pour qu’ils fassent connaissance avec ce Dieu qui vous est cher.
Ne résignez pas devant les caisses vides de l’Église. Tant que vous le pouvez, faites votre possible pour donner à l’Église ce dont elle a besoin de vivre. Et ne vous limitez pas à l’argent. Car l’Église c’est vous. C’est du battement de vos cœurs que bat le pouls de l’Église. C’est de votre inspiration qu’elle tient son souffle. C’est de vos voix qu’elle parle. Si vous ne nourrissez pas l’Église, vous-mêmes allez en souffrir. Il y a eu des années fastes, il y a des temps de jeûne. Les temps de richesse des Églises semblent révolues, maintenant ce sont les années patates. Mais qu’importe tant que vous vivez, que vous mangez à votre faim et que vous avez la joie d’être ensemble Église du Christ ?
Et puis, il y en a qui en ont moins que vous. Qui n’ont pas de pasteur depuis des années pour les reconforter, leur rappeler l’amour de Dieu, les inviter à mieux découvrir la Parole de Dieu dans les Écritures. Ne vous limitez pas à dire « ah, les pauvres », mais soutenez-les. Serrez les coudes avec eux. Et ne soyez pas jaloux si de temps en temps votre pasteur va chez les autres, pallier un peu à leur manque.
Mais ce n’est pas le pasteur qui fait vivre une Église. Il y a des Églises qui ont un pasteur et mettent la clé sous la porte, comme à Châteauneuf. Ce qui fait vivre l’Église, c’est l’engagement quotidien de ses membres. C’est qu’ils sont là pour entendre la Parole de Dieu, pour prier les uns avec les autres et les uns pour les autres, et c’est que dimanche après dimanche ils donnent ce qu’ils peuvent pour le besoin matériel de leur communauté. D’ailleurs, donner n’est pas difficile. Mais comme tous les sports ça va mieux quand on le fait régulièrement. Il est plus facile de marcher 5km par jour pendant dix jours que 30km en une journée, il est plus facile de donner 10 Euros chaque dimanche que d’en donner 250 à la fin de l’année. Et c’est plus efficace et moins douloureux.
Attention : ce n’est pas par le don que vous pouvez gagner l’amitié de Dieu. Par le don vous faites vivre ce corps dont vous êtes membres, dont la tête est le Christ et dont l’âme est l’Esprit Saint. Et il ne peut pas vivre du don seulement. Il y en a qui donnent sans faire partie du corps d’Église. Eh bien, c’est comme une béquille : elle peut aider à avancer, mais elle ne peut pas marcher. C’est comme un dispositif cardio-respiratoire : il peut éviter la mort imminente, mais il ne peut pas faire vivre. La vie d’Église ne vit pas des chèques aussi importants qu’ils puissent être, mais de ses membres vivants. De ceux qui la vivent, jour après jour, en soutien mutuel, en prière, en engagements : En visite auprès des malades et des vieillards. En étant visités. En se réjouissant de celui qui passe. En consolant les attristés. En se laissant consoler. En étant frères et sœurs. Et elle vit parce que son âme est l’Esprit du Christ.
Amen.

vivre la foi est être responsable de l’autre

Chants : ARC 36 ; 562 ; 428, 3-5 ; 534 ;
Lectures : AT : Gen. 28, 10-19a
Épître : (Rom. 8, (12-13)14-17) Évangile : Lc 17, 11-19
PR : 1Thess. 5, 14-24

En cette fin de sa première lettre aux Thessaloniciens, et peut-être sa première lettre tout court, Paul rappelle à cette jeune communauté que ce n’est pas tout de croire en Jésus, que la conversion n’est pas la fin du voyage mais le début, et que cette foi a de graves conséquences pour la vie du croyant.
On peut dire que c’est une façon de décliner le double commandement de l’amour. Même si Paul commence par l’amour du prochain.
« Reprenez les désordonnés. » Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas de se faire policier pour l’autre. Il y a eu des temps où les pasteurs, notamment réformés, veillaient très strictement sur le comportement de leurs ouailles. De sorte que les paroissiens refusaient que les pasteurs fassent des visites ; ils ne voulaient pas avoir la police religieuse à la maison.
Bien sûr, les désordonnés, ce ne sont pas ceux qui n’entretiennent pas leur maison selon le modèle des grands catalogues. Le mot grec est « atactos », donc quelqu’un qui a perdu le rythme, la régularité de sa vie. Et reprendre ne veut donc pas dire réprimander, mais aider à retrouver le chemin, le bon rythme. Peut-être lui mettre un peu de feu sous les pieds pour lui faire bouger plus vite. Peut-être tout au contraire le freiner pour pas qu’il s’emballe, pas qu’il vive au-dessus de ses forces. C’est une façon de prendre soin du frère ou de la sœur. Tout comme de donner du courage à celui qui a perdu son élan, et de porter celui qui n’a plus de force. Lire la suite

Église – une responsabilité partagée

Chants : ARC 119, 1.3-4 ; 427 ; 426 ; 532 ;
Lectures : AT : Gen. 4, 1-16a
Épître : (1Jn. 4, 7-12) Évangile : Lc 10, 25-37
PR : Ac. 6, 1-7

Ce petit récit nous montre (une fois de plus, après l’histoire d’Ananias et Saphira qui n’étaient pas honnêtes quant à leur don à l’Église), que déjà la première communauté chrétienne du monde souffrait de ce qui n’est que trop humain.
Qu’est-ce qui s’est passé ? Éh bien, avec les dons des membres, l’Église entretient une sorte de soupe populaire – mais dont l’accès n’est ouvert qu’aux pauvres de la communauté, avant tous aux veuves. Et il y a deux groupes dans la communauté, les uns originaires de Jérusalem, Judée et Galilée, les autres ayant grandi quelque part bien ailleurs, depuis Rome jusqu’en Mésopotamie. Les uns parlent araméen, la langue commune des autres est le grec. Et ces derniers, issus donc de la dissémination juive, se plaignent que leurs pauvres sont mis à l’écart durant la distribution. C’est bien humain : on a facilement l’impression que l’herbe du voisin est plus verte, que son gobelet est plus plein et son assiette aussi. Lire la suite

Ce qui tient ou ne tient pas

Chants : ARC 136, 1-5.9-10 ;253 ;  ; 536 ;
Lectures : AT : És. 29, 17-24
Épître : (Ac. 9, 1-9(10-20)) Évangile : Mc 7, 31-37
PR : 1Cor. 3, 9-15

Ma grand-mère avait un jeu de six petites cuillères à café en argent. Ma grande-tante avait les mêmes, en or. Avant la guerre, c’était un jeu de douze, toutes en or. Elles avaient été séparées, la moitié dans la maison de ville, l’autre dans la maison au bord de la mer. Après le bombardement de Hambourg, les cuillères retrouvées dans les débris de ce qui avait été leur maison, avaient perdu leur dorure. Leur âme, si j’ose dire, était en argent, et c’est elle qui est restée.
Ces cuillères ont passé par le feu, ont été éprouvées, et leur véritable nature a été révélée.
Ce dont parle l’apôtre ici aux Corinthiens, ce n’est pas l’enfer. Ce n’est pas non plus un temps de punition avant d’entrer quand même au paradis. Rien à voir.
Mais il écrit aux Corinthiens dans un souci œcuménique, si on veut. Il y a dans la communauté des gens qui se réfèrent à Paul, d’autres à Apollos, d’autres à Pierre ou à d’autres apôtres. Un peu comme nous nous référons à Calvin, Zwingli, Luther, et d’autres se réfèrent au pape. Et bien évidemment, chacun est convaincu que c’est lui seul qui détient la vérité, et que ceux qui ont d’autres références, sont dans l’erreur. Lire la suite

Vivre avec la faute

Chants : ARC 222, 1-3.5-6 ;608 ;  ; 429 ;
Lectures : AT : =pr.
Épître : Eph. 2, 4-10 Évangile : Lc 18, 9-14
PR : 2Sam 12, 1-10.13-15a

David, le roi, est au sommet de son pouvoir. Il a des enfants prometteurs, il a réussi à unir les tribus d’Israël, il a conquis Jérusalem et en a fait sa capitale, il a des chefs d’armée tellement compétents qu’il n’a plus besoin de partir lui-même en campagne. Il reste au palais et écoute les rapports.
Il faut croire que tout ça faisait que David avait le temps long. Du haut de son palais, il observe une jeune femme dans son bain. L’envie le prend, il la fait venir au palais. La femme est mariée.
Et bientôt elle se trouve enceinte. Son mari est officier du roi, parti se battre. David le fait rentrer au pays, mais l’homme ne veut pas dormir chez sa femme tant que ses camarades dorment sous des tentes. Même une grande beuverie avec le roi n’y change rien. Finalement, pour sauver son honneur et peut-être la vie de la femme, David donne ordre au général de faire combattre le mari en première ligne, où il se fera tuer. A son insu, l’homme sera le messager de son verdict… Lire la suite

Israël

Chants : ARC 151 ;550 ;  ; 552 ;
Lectures : AT : Ex. 19, 1-6
Épître : (Rom. 9, 1-8.14-16) Évangile : Lc 19, 41-48
PR : Rom 11, 25-32

Depuis la naissance de l’Église chrétienne, elle a pour ainsi dire un problème avec les juifs. Disons pour être plus précis, avec les juifs non-chrétiens ou non-messianiques. Si le plan de Dieu est de faire de Jésus le Christ la clé et la porte du paradis et donc du Salut, que penser des enfants d’Abraham, Isaac et Jacob qui ne veulent rien savoir de Jésus ?
Les premiers chrétiens sont des juifs convertis par Jésus lui-même. Et des juifs, judéens et galiléens, touchés par le témoignage des apôtres. À eux, se joignent très vite « des juifs et des prosélytes », comme dit Luc dans les Actes des Apôtres, venus des pays voisins et de l’Empire Romain.
Tant que les judéens et galiléens dominent la communauté, il n’y a que peu de soucis avec les autorités du Temple, représentant les juifs non convertis. L’intervention d’un chrétien issu de la diaspora juive, Etienne, suscite des hostilités – et, nous dit Luc, motive la mission pour Saül d’avertir les communautés juives de la diaspora : la foi en Jésus est incompatible à l’orthodoxie juive.
Saül devenu Paul fréquente d’abord les synagogues pour évangéliser, mais se heurte à une opposition assez forte. Les nouveaux baptisés se voient expulsés des communautés juives auxquels ils appartenaient, et en même temps en communion avec des païens baptisés, qui n’ont pas le moindre lien à Abraham.
Cela suscite des questions. Les païens baptisés, « paganochrétiens » du terme technique, doivent-ils s’intégrer dans la communauté juive ? C’est le débat entre Paul et Jacques : la circoncision est-elle nécessaire pour être pleinement chrétien ? Ou le baptême prend-il la place de la circoncision comme rite d’entrée dans la communauté ? Dans ce cas, est-ce que l’Église a pris la place de la filiation d’Abraham ? Lire la suite